Les momies défient le temps

Pourquoi les momies intéressent autant les vivants ? Sans doute parce qu’elles nous confrontent à notre propre finitude et à ce que nous laisserons de nous une fois mort. Face à notre désincarnation programmée, nous ne pouvons que nous sentir interpellé par ces êtres, humains ou animaux, dont l’enveloppe charnelle continue à posséder une forme très reconnaissable défiant les paroles divines : «tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ». Bien que le mot momie fait directement référence au processus d’embaumement pratiqué dans l’Ancienne Egypte, la nature elle-même est capable de différentes manières de conserver des corps au-delà de leur existence, que cela soit sous l’effet du froid, de la sécheresse ou de la chimie particulière de certains sols. C’est ainsi que deux expositions, l’une à Bâle jusqu’au 30 avril 2017, l’autre à Delémont jusqu’au 27 août 2017, nous invitent à nous pencher sur les circonstances et les conditions particulières qui permettent à des corps de braver le retour à la poussière.
Momie
Assemblage de momies andines (Photo : Gregor Brändli)

A Bâle, plus de 60 momies d’animaux et d’humains sont exposées au Musée d’histoire naturelle. Sous le titre « MUMIEN. Rätsel der Zeit » (Momies. Mystères du temps) la base de cette exposition a été conçue par le Musée Reiss-Engelhorn, à Mannheim (D) et a été adaptée à Bâle en incluant des momies helvétiques jamais présentées au public. La visite commence par l’effet de la glaciation qui permet dans les glaciers des Alpes ou le permafrost de la Sibérie de retrouver de nombreux animaux, comme des bouquetins, des chamois ou des mammouths, mais également Ötzi. A défaut de pouvoir montrer l’original de la célèbre momie des glaces jalousement conservée dans le musée de Bolzano, un dispositif interactif permet de procéder à une auscultation scientifique détaillée de toutes les parties de son corps, comme s’il avait été placé sur une table de dissection d’un médecin légiste. La visite se poursuit par les corps enlacés de deux hommes découverts dans la tourbe des marais de Weerdinge aux Pays-Bas, puis par des salles présentant des momifications naturelles par la sécheresse, comme celles de ces chats emmurés dans des habitations, d’un fennec dans une cavité volcanique désertique ou de cette grenouille remontant à 20 millions d’années, momie devenue fossile. Les éléments humains de cette section sont la présentation d’une mère morte en couche de l’enfant qu’elle portait au XVIIème siècle, et qui ont été retrouvés ensemble dans le cercueil d’un caveau funéraire de l’église des Dominicains à Vác en Hongrie ou celle d’une femme opulente de la même époque retrouvée dans l’ancienne église des Cordeliers à Bâle. L’exposition se termine sans surprise par la présentation de momies précolombiennes d’Amérique du Sud et pharaoniques de l’Egypte. A Delémont, c’est sous le titre « Le retour de la momie » que l’exposition invite à suivre l’histoire et le parcours de deux momies péruviennes à partir de leur culture d’origine jusqu’à leur arrivée dans les collections du Musée jurassien d’art et d’histoire (MJAH). Mais pour éviter toute discussion concernant la présentation de corps morts, chacun peut choisir, en son âme et conscience, de les voir ou non, dans la dernière partie de l’exposition. A cet effet, une mise en garde adaptée par le MJAH à partir d’un document réalisé dans le cadre de la récente exposition «Mumien der Welt» du musée Roemer-und Pelizaeus à Hildesheim (D), se révèle utile à lire avant la visite de ces deux expositions avec des enfants.

L’archéologie en blog et en péplum

Il y a exactement dix ans aujourd’hui, je commençais ce blog. Le but de ce blog était de présenter ma vision de l’archéologie et de me faire l’écho des découvertes et des interrogations que l’archéologie peut susciter dans le grand public. Dans ma première note je me réjouissais de la fermeture du Mystery Park à Interlaken en m’étonnant des moyens publics et privés importants mis en œuvre pour sa création, malgré sa thématique plus que critiquable. Depuis, ce parc d’attractions a trouvé les moyens financiers de rouvrir ses portes une partie de l’année sous une nouvelle appellation « Jungfrau Park » cherchant à attirer par des dispositifs ludiques les enfants jusqu’à l’âge de 10 ans. Mais les animations d’origine, relevant de la para-archéologie basée sur les écrits d’Erich von Däniken et regroupées dans l’espace « Mystery World », demeurent accessibles pour les enfants et leurs parents, et tant pis si le contenu reste le même et toujours aussi peu scientifique. Cependant, j’ai pu mesurer, grâce aux statistiques de consultation de mon blog et aux mots clés utilisés pour aboutir sur mes notes, qu’un intérêt pour les civilisations disparues est bien présent, même si ce ne sont pas toujours les informations les plus pertinentes qui semblent être recherchées. Selon les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS), de tous les domaines de la culture, les contenus et les services audiovisuels sont très nettement les plus prisés et c’est le plus souvent sous forme de documentaires, de films et de téléfilms, vus à la télévision, au cinéma ou en DVDs que le public peut se faire une image du passé.
Cleopatra
Scène de tournage du Cléopâtre de Mankiewicz

Ayant assisté jeudi dernier à une conférence de Claude Aubert, ancien professeur de latin, réalisateur et éditeur de la revue “12e heure” consacrée au péplum, j’ai pu constater, en raison de la forte affluence du public, la vaste portée de ce thème et l’intérêt qu’il peut susciter. Ce que nous autres archéologues et historiens essayons de transmettre plus ou moins bien à l’aide nos écrits, le cinéaste essaye lui aussi, plus ou moins bien à travers ses images, de décrire le passé. Sa tâche se révèle bien souvent difficile, car voyager dans le temps a un prix. Comme l’a écrit Michel Eloy, spécialiste des films péplum et de l’antiquité, en parlant des décors du Forum romain dans Cléopâtre « il doit tenir compte des nécessités de la production qu’il s’apprête à mettre en scène, du budget et des moyens matériels dont il dispose, de l’environnement du plateau (buildings, antennes TV, etc) et aussi – sans doute – de ce que s’attend à voir le public (arcs de triomphe, colonnes votives, temples de marbre), dans l’imaginaire duquel s’est imposée l’image des maquettes célèbres de P. Bigot (1911) et d’I. Gismondi (1937) : la Rome du IVe siècle de notre ère ». En ouverture de l’introduction à son ouvrage « L’Antiquité au cinéma. Vérités, légendes et manipulations » (2009), Hervé Dumont, historien du cinéma et ancien directeur de la cinémathèque suisse à Lausanne, citait Stanley Kubrick qui affirmait qu’« une des choses que le cinéma sait le mieux faire que tout autre art, c’est de mettre en scène des sujets historiques », c’est-à-dire représenter le passé. Pour notre plus grand plaisir de découverte, il a mis en ligne gratuitement une « Encyclopédie du film historique » qui répertorie plus de 15 000 films et téléfilms, avec illustrations et commentaires. Dans ce flot d’images, quelque 2200 films concernent l’Antiquité et peuvent être qualifiés de « péplum ». Le site Internet d’Herve Dumont représente le fruit de 40 ans de recherches. Ce blog, juste 10 ans de réflexions. Merci de me lire et de parcourir tous les liens que je vous donne au fil de mes notes.

Errare humanum est

En faisant mes achats ce dernier samedi à la Coop, je me suis vu remettre une série de pochettes contenant chacune cinq vignettes à coller dans un album au titre accrocheur : « Voyage dans le monde du savoir ». Comme je suis toujours curieux, même à mon âge, je n’ai pas hésité à acheter pour 3fr.50 l’album de 64 pages pour coller les images offertes et entrer, moi aussi, dans « le monde du savoir » en compagnie de Felix. Je commence tout naturellement à explorer le domaine qui m’est le plus familier : l’histoire. En parcourant les textes, je découvre avec surprise que Néfertiti est devenue un pharaon d’Egypte (elle n’était que l’épouse du pharaon Akhenaton), que Rome était une colonie (de quelle nation ?) avant de se transformer en une gigantesque puissance mondiale, que César s’est déclaré le souverain unique de Rome (alors qu’il n’a jamais pris ce titre) , que l’Empire romain a connu sous Auguste une période de paix qui dura 40 ans (c’est oublier toutes les campagnes militaires sous son règne), que les amazones étaient des gladiatrices célèbres chez les Romains (je pensais qu’elles allaient se faire voir chez les Grecs), que les premières incursions de pirates remontent au 14ème siècle en Egypte (avant ou après J.-C ?), que la ville de Coire est la plus ancienne ville de Suisse (sur quel fondement ?), que la grande mosquée de Djenné (classée dans les édifices remarquables) se trouve au Soudan (pas au Mali ?), et je m’arrête là pour ne pas lasser les lecteurs. Première conclusion après ce rapide survol : ce n’est pas parce qu’une chose est écrite qu’elle est forcément juste, d’autant moins si on lit attentivement le texte pour y dénicher toutes les fautes de syntaxe et d’orthographe, dues sans doute à une traduction fautive et une mauvaise relecture.
CoopMondeDuSavoir
Image de la page d’accueil Internet du « Monde du savoir »

Mais en plus, il y a des images pour accompagner le texte. Comme le dit l’auteure de cet ouvrage, Christina Braun, dans un entretien publié dans le journal Coopération, elle s’est attachée à établir une association idéale entre les textes et les images. J’ai ainsi commencé à coller les images reçues avec mes achats du week-end pour constater que le choix des illustrations n’est pas des plus sélectif. Rien que sur les deux pages consacrées à la Rome antique, une pièce en or du roi Fréderic VIII du Danemark côtoie deux pièces en or présentant des profils d’épouses impériales romaines (est-ce pour nous signaler que les Danois utilisent aussi des lettres latines ?), que la vignette 100, liée au texte « Qui était César ?» présente une statue de l’empereur Auguste, et que celle en relation avec le texte « Qui était le premier empereur ? », où l’image d’Auguste aurait été vraiment à sa place, on découvre une statue de l’empereur Nerva.  De plus ces deux statues ne sont pas des vestiges de l’Antiquité car elles font partie de l’ensemble de statues d’empereurs romains illustres mises en place à Rome en 1932 le long de la Via dei Fori Imperiali par le régime fasciste de Benito Mussolini. Plus loin, dans la partie « les héros et leur époque », l’ouvrage pose la question « Qu’est-ce qu’un murmillo ?» (traduction en français: mirmillon) ; je n’ai pas encore la vignette 113 qui doit l’illustrer, mais l’image du casque posé au-dessus du cadre de la question est manifestement celui d’un hoplite grec stylisé et pas du tout celui d’un gladiateur romain.  Seconde conclusion, à défaut de plonger dans un réel « monde du savoir » comme nous le laisse entendre la publicité faite autour de cette action de la Coop, les enfants, ainsi que leurs parents, pourront au moins découvrir une chose s’ils y prêtent attention, c’est que l’erreur est humaine.

La femme un Homo sapiens comme un autre

Existe-t-il une différence de perception de l’environnement spatial entre homme et femme ? C’est à cette question que la conférence d’Ariane Burke, professeure titulaire en archéozoologie à l’Université de Montréal, donnée dans le cadre de l’association ArchéoNE donnait mercredi dernier des éléments de réponse sous le titre « Frayer son chemin dans le monde. Le rôle du sexe, de la cognition et de la perception visuelle dans les dispersions paléolithiques ». Des différences moléculaires et physiques sont indéniables entre les sexes. Depuis 1959 on sait que sur les 46 chromosomes contenus dans nos cellules, deux sont propres au sexe, les célèbres chromosomes X et Y, et physiquement les différences anatomiques sont indéniables. Mais qu’en est-il du cerveau ? Selon certaines hypothèses, il existerait une différence entre homme et femme remontant au Paléolithique, époque où les seuls modes de subsistance de l’humanité étaient la chasse et la cueillette. En réponse à ces hypothèses qu’est-ce que l’archéologie peut montrer?
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Les femmes savent suivre une direction (Image : Cap Fémina)

La chasse, ou du moins le dépeçage de carcasse avec l’aide d’un outil lithique est démontré chez nos ancêtres depuis au moins deux millions d’années. A côté de cela ils se livraient certainement à la cueillette, sans que cela puisse être démontré vu l’absence de traces matérielles due à la nature des vestiges. Des moulages endocrâniens ou endocastes d’hominidés fossiles montrent comment l’évolution du cerveau s’est développées dans l’arbre phylogénétique de l’espèce humaine. Ainsi, selon des chercheurs, au vu de la forme et de l’irrigation de leur encéphale, les Néanderthaliens n’auraient pas eu les mêmes capacités exploratrices que les Cro-Magnon ou l’homme actuel, ce qui aurait limité leur dispersion et permis à Homo sapiens sapiens de s’imposer afin de conquérir le globe. Au court de cette longue période de temps des différences d’aptitudes cognitives innées auraient été obtenues par chacun des deux sexes, avec en filigrane l’idée que les hommes se consacraient à la chasse et les femmes à la cueillette. Partant de là, les hommes seraient plus aptes à lire une carte et les femmes à retrouver le beurre dans le réfrigérateur. Les plus récentes études IRM (imagerie cérébrale par résonance magnétique) démontrent cependant qu’il n’y a rien qui puisse distinguer l’activité cérébrale d’un homme de celle d’une femme et valider cette hypothèse. Pour preuve, il apparait que si l’on retire la différence physique qui permet aux hommes de parcourir plus vite les distances, les femmes entrainées à la course d’orientation ont des capacités aussi bonnes que les hommes à s’orienter sur des terrains inconnus. En conclusion, s’il y a une différence entre les sexes elle est due à des différences socioculturelles, qui font que les apprentissages et les activités des filles sont différents de ceux des garçons. C’est l’expérience vécue par les unes et par les autres qui influence le fonctionnement cérébral et détermine des aptitudes cognitives différentes entre les individus et non pas leur sexe. En d’autres termes, l’acquis est nettement plus important que l’inné.

Du charme des ruines au trafic d’art

« Archives des sables – De Palmyre à Carthage » tel est le titre évocateur choisi par le Laténium pour l’exposition inaugurée officiellement le mercredi 24 août, mais ouverte au public dès le 9 juillet. Réalisée en collaboration avec la Bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph à Beyrouth et en partenariat avec l’Institut suisse pour la conservation de la photographie à Neuchâtel, la présente exposition témoigne du travail de pionnier effectué par Antoine Poidebard dans le domaine de l’archéologie aérienne. A travers la sélection d’une soixantaine de clichés réalisés par ce père jésuite et d’autres reproductions photographiques, on se plonge dans une époque révolue, celle de l’effondrement de l’ancien Empire ottoman et de l’ouverture de la steppe syrienne à l’exploration archéologique. On découvre ainsi le site de Tell Brak, photographié et sondé par Antoine Poidebard, avant que ce site ne soit fouillé de 1937 à 1939 par Max Mallowan. Selon une citation que l’on attribue à tort à son épouse Agatha Christie : « Un archéologue est le meilleur mari qu’une femme puisse avoir : plus elle vieillit, plus il s’intéresse à elle ». Qu’est-ce qui nous fait donc aimer les ruines ?
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Le site de Tell Brak de nos jours (photo: Zoeperkoe / Wikimedia Commons)

C’est à cette question qu’Alain Schnapp, professeur d’archéologie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, donne une réponse dans un cycle de conférences en ligne qui explore le rapport indissoluble que chaque civilisation entretient avec les ruines et qui sera la matière de son prochain ouvrage « Histoire universelle des ruines ».  Quand on pense aux destructions effectuées en Irak et en Syrie par Daech, et plus particulièrement à Palmyre, il est nécessaire de se pencher sur la question de savoir ce qui pousse les hommes à ruiner le passé, ou, au contraire, à le sacraliser de manière romantique. Comme le disait Chateaubriand : « Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence ». Autrement dit, selon Goethe, cité par Alain Schnapp dans l’émission « Histoire vivante » sur La Première de la RTS du lundi 29 août : « Nous ne comprenons pas les ruines avant de devenir nous-même ruine ». Cependant, comme le souligne ce professeur, « on ne réagit pas (de la même manière) devant l’infini des ruines quand on a en face de soi les pyramides ou quand on a Palmyre, que si on a quelques éclats de silex qui affleurent dans le sable du Sahara, et, pourtant, ces quelques éclats de silex sont tout aussi des ruines que ces grands ensembles ». Cette réflexion engage notre conscience face au pillage et au saccage des antiquités qui prive l’humanité d’une part de sa mémoire. Pour en savoir plus, à voir le documentaire : « Trafic d’art, le grand marchandage » sur TSR 2, dimanche 4 septembre, à 21h00.

La grande histoire d’Aventicum en 3D

Les Site et Musée romains d’Avenches auront été à l’honneur en ce mois de juillet qui se termine. D’une part ils ont été choisi comme « site du mois » par ArchaeConcept. D’autre part, dans le sillage des manifestations organisées l’année dernière lors du bimillénaire de la cité, un spectacle de sons et lumières désigné sous l’appellation « La Grande Histoire d’Aventicum » a été créé tout spécialement pour mettre en valeur la Capitale des Helvètes. L’idée du projet a germé dans l’esprit de Martial Meystre, directeur d’Avenches Tourisme, séduit par le documentaire de Philippe Nicolet « Aventicum D-Couverte. La capitale des Helvètes dévoile ses joyaux après 2000 ans », film en 3D sur la vie quotidienne dans la cité romaine. Le professionnel du tourisme a proposé au cinéaste de monter un spectacle biannuel sur cette base, en lui donnant carte blanche pour établir le scénario et en faire la réalisation. Le budget devisé à 950 000 francs ne peut que laisser songeur les archéologues qui chaque année peinent à obtenir ceux de leurs interventions. Au final, le premier volet de cette grande histoire, intitulé « L’esclave et le Hibou », se présente sous la forme d’un film d’une durée de 70 minutes projeté en plein air sur trois écrans géants, dont le principal en image 3D haute définition, nécessite comme il se doit actuellement au cinéma le port de lunettes spéciales.
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Le dispositif multi-écrans en place devant les gradins

L’action principale du film « L’Esclave et le Hibou » se situe en l’an 179 de notre ère, à la fin du règne de l’empereur-philosophe Marc-Aurèle et s’inspire d’un récit, l’Âne d’Or, composé par un de ses contemporains, Lucius Apuleius dit Apulée, dans la seconde moitié du IIe siècle. L’intrigue met en scène divers protagonistes, dont l’esclave Fotis, la magicienne Anna, le noble Quintus, le menuisier Lucius et le prêtre Caïus. Le teaser du film est suffisamment explicite pour prendre connaissance ou se rappeler des moments clés de l’histoire qui, in fine, offre une hypothèse à la découverte du buste en or massif de l’empereur Marc-Aurèle, le 19 avril 1939 dans une canalisation située sous le Sanctuaire du Cigognier, trésor archéologique le plus célèbre et emblématique d’Aventicum. L’ensemble du spectacle permet de découvrir en 3D, au fil du récit, quelques éléments majeurs des collections du musée romain, dont un mystérieux objet de bronze appelé dodécaèdre, et, dans la mise en scène en plein air, de porter un éclairage sur certains monuments antiques moins connus que les arènes ou la colonne du Cigognier, comme la porte de l’Est, la Tour de la Tornallaz – seule survivante des 73 tours qui renforçaient l’enceinte de la ville – ainsi que les thermes du Forum. De plus, sont intégrés dans le film, quelques vues aériennes de la ville antique reconstituée en images de synthèse par Neng Xu, et dans la bande son quelques belles pensées de Marc-Aurèle qui nous invitent à le relire.  Si tout va bien, rendez-vous nous est donné dans deux ans pour un nouvel épisode de « La Grande histoire d’Aventicum ».

Hors-jeu olympique à Lausanne

Sur le chantier des nouveaux bâtiments administratifs du Comité international olympique (CIO), les archéologues ont mis au jour les vestiges du port romain de Lousonna, dont l’emplacement exact était jusqu’alors inconnu, mais dont on ne pouvait que pressentir l’existence vue l’importance de la navigation pour le transport des marchandises à l’époque romaine. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que sur la Table de Peutinger, unique copie d’une carte romaine du IVe siècle, le lac Léman est nommé Lacus lausannensis. Vu l’emplacement choisi pour le futur siège du CIO sur les berges du lac, non loin à l’ouest des ruines connues de Lousonna et à deux pas du Musée romain de Vidy, on peut s’étonner que des investigations plus précoces n’aient pas été entreprises sur les 24’000 m2 de la surface prévue pour l’édification de ce bâtiment pour permettre aux archéologues de prendre le temps de dégager ces vestiges important pour l’histoire de la localité. De la céramique, plusieurs monnaies et des pilotis en bois et des enrochements de quai figurent parmi les objets découverts sur le site situé sur les berges de Vidy à Lausanne. Lieu de rupture de charge, le vicus gallo-romain de Lousonna profitait alors d’une situation stratégique privilégiée, à la fois portuaire et routière, propice au transfert de marchandises entre les bassins fluviaux du Rhône et du Rhin.
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Le nouveau siège du CIO prévu à Lausanne (Image : 3XM)

C’est la raison pour laquelle Denis de Techtermann, le président de la section vaudoise de l’association Patrimoine suisse, a exprimé des regrets concernant ce dossier. En effet on peut s’étonner que des dispositions n’aient pas été prévue par les maîtres d’œuvres pour préserver et mettre en valeur, autant que faire se peut, les traces du passé de Lausanne, dont l’existence et le nom dérive directement de ces installations portuaires. Alors qu’à Rome ou à Athènes, deux villes qui ont accueillis les Jeux Olympiques, et dont les infrastructures nécessaires comme le métro, ont permis la découverte de précieux témoins de l’Antiquité on a su intégré les éléments du passé dans les constructions, quitte à prendre du retard dans le planning des chantiers, il semble qu’à Lausanne aucune directive particulière n’aient été prise dans ce sens. Au contraire, sous prétexte de préservation des intérêts privés, ceux du CIO, il est hors de question pour les autorités de faire prendre à la construction, devisée à 160 millions de francs, le moindre retard, ni même de demander aux architectes danois du bureau 3XN de revoir leur projet pour y intégrer d’une manière ou d’une autre les éléments significatifs de ce patrimoine, comme a su si bien le faire, l’architecte Bernard Tschumi, lors de la construction du nouveau Musée de l’Acropole à Athènes. Selon Jan Ammundsen, l’un des architectes partenaires de 3XM, le nouveau siège du CIO a été conçu selon les trois éléments clés :  mouvement, flexibilité et durabilité. Manifestement, en restant sourd et immobile envers les critiques de Patrimoine suisse, en ne voulant pas modifier les bases du projet et en ne contribuant pas d’une manière ou d’une autre à la sauvegarde d’un patrimoine millénaire, le projet du CIO manque à l’évidence de ces trois éléments et doit être dénoncé hors-jeu.

La Fedpol délaisse le trafic des biens culturels

La semaine dernière l’Office fédéral de la police (Fedpol), dirigé par Nicoletta della Valle, avait convoqué une conférence de presse à l’occasion de la publication de son dernier rapport annuel. Parmi les éléments principaux à retenir pour l’année 2015, l’importance donnée au terrorisme, mais aussi à la cybercriminalité et au blanchiment d’argent, des domaines criminels qui ont fortement augmenté. Dans ce rapport on peut lire, entre autres, que « l’Etat Islamique (EI) pratique un racket organisé (une soi-disant imposition) sur le territoire qu’il occupe et administre à la manière d’un Etat. Il se procure des fonds par le biais de cambriolages de banques, de brigandages et d’expropriations. Il tire ses revenus de l’agriculture, du contrôle et du commerce de matières premières et du pillage et de la vente de biens culturels ». En relation avec ce dernier aspect, la Suisse est a priori bien préparée. En effet, demain, 1 juin 2016, cela fera exactement 11 ans que la loi fédérale sur le transfert international des biens culturels (LTBC) aura été mise en vigueur. Si bien que nous sommes prêts, légalement, à faire face à toutes les tentatives de l’EI à se procurer des ressources financières par ce biais. Cependant, rien n’est moins sûr.
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Tablette restituée à l’Egypte (Photo : © Ministère public genevois)

Pour endiguer le trafic de biens culturels il faut aussi avoir des policiers aptes à pouvoir reconnaître les objets susceptibles de provenir de ce trafic. Or, Jean-Robert Gisler, le seul archéologue employé actuellement par la Suisse pour coordonner la lutte contre le trafic de biens culturels avec les partenaires internationaux prendra prochainement sa retraite et personne n’est prévu pour le remplacer sous prétexte d’économie et de restructuration en cours à l’Office fédéral de la police. Comme cela a été dit de manière succincte lors de la conférence de presse de la Fedpol relayée par l’ATS, « la lutte contre le terrorisme passe aussi par une plus grande flexibilité et la fixation de priorités, a expliqué Mme della Valle. 24 nouveaux postes ont été promis mais, programme d’économie oblige, fedpol devra mettre la pédale douce dans d’autres domaines comme les stupéfiants ou l’archéologie ». Comment croire, alors que la Fedpol annonce de nouvelles arrivées, qu’un seul poste d’archéologue, dans un office qui ne compte pas moins de 350 collaborateurs, est un luxe que la Suisse n’est plus apte à s’offrir ? France Desmarais, directrice de l’observatoire du trafic international des biens culturels auprès du Conseil international des musées (ICOM) annonce dans son fil Twitter le ressentis des spécialistes du domaine : « La Suisse abolira le poste d’archéologue au sein de son service de police. Perte d’une expertise précieuse. Dommage! ». Pour preuve : l’Office fédéral de la culture et l’Administration fédérale des douanes ont procédé à 382 contrôles de biens culturels en 2015. Une trentaine de ces contrôles ont débouché sur l’ouverture d’enquêtes par les procureurs cantonaux. Enfin, depuis l’entrée en vigueur de la LTBC en 2005, 85 condamnations ont été prononcées en Suisse, comme le seront sans doute les personnes impliquées dans la procédure pénale ouverte pour escroquerie par le Ministère public genevois pour le vol d’une tablette des sept huiles sacrées, restituée à l’Egypte le 2 mars 2016. Un archéologue parmi les policiers, n’est-il vraiment pas nécessaire ?

Mémoire 21 Valais-Wallis, la fin du début

Après deux années de réflexion, de discussion et de concertation entre spécialistes, dans le cadre des Etats généraux du patrimoine historique enfoui et bâti, Claire Epiney-Nicoud, présidente de l’Association valaisanne d’archéologie (AVA-WAG), cheville ouvrière du projet, a pu présenter à la population le plan d’action pour la sauvegarde du patrimoine. Ce plan a été remis officiellement jeudi 28 avril à la conseillère d’Etat Esther Waeber-Kalbermatten dans le cadre solennel de la Salle du Grand Conseil à Sion. Ayant pu suivre le projet « Mémoire 21 Valais – Wallis » depuis ses débuts, je ne voulais pas manquer cette occasion d’en prendre connaissance en primeur, avant sa publication prévue au mois de juin.  Ce plan a été structuré en sept défis (société, gouvernance, protection intégrée, recherche, conservation, médiation et promotion), réparti en dix lignes directrices d’action. Il en résulte un plan d’action qui s’organise autour de trente-deux mesures à réaliser par étape dans les dix années à venir. Parmi les éléments à retenir, il faut savoir que le patrimoine historique est une ressource non renouvelable, au même titre que certaines ressources naturelles, et à l’exemple de la sauvegarde de la biodiversité, on doit envisager la notion d’archéodiversité, immobilière ou mobilière, constituée de sites archéologiques, de monuments, d’artefacts, d’archives et de documents scientifiques. Une faible promotion du patrimoine historique auprès de la population entraine un manque de compréhension et de soutien, soit en définitive, une perte de légitimité.
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Stèle néolithique du Petit-Chasseur à Sion (Photo : Mémoire 21)

En recevant officiellement ce rapport stratégique, au nom des autorités cantonales, la conseillère d’Etat nous a donné l’espoir dans son message que ce document  « n’est pas le terme mais le début d’un processus ». Bien que parfois difficile à reconnaître, le patrimoine historique enfoui et bâti du Valais peut s’appuyer sur des bases légales solides, comme le démontre l’évaluation présente dans le rapport de la Commission archéologie et aménagement du territoire de l’association Archéologie suisse. L’exemple valaisan est donc utile pour les autres régions du pays, car les bases stratégiques font encore défaut en Suisse pour la protection du patrimoine. Mais, comme l’avertit dans son message Nina Mekacher, représentante de la section Patrimoine culturel et monuments historiques de l’Office fédéral de la culture, « bien des stratégies restent lettre morte ». Le plan d’action doit donc être poursuivit avec persévérance et avec le soutien des acteurs privés et publics. En ce sens le projet « Mémoire 21 Valais-Wallis » va tout à fait dans la direction envisagée par la Déclaration de Namur, adoptée le 24 avril 2015 lors de la 6ème conférence des ministres du patrimoine culturel du Conseil de l’Europe, qui dans son article 2 précise que : « Le patrimoine culturel est un élément constitutif primordial de l’identité européenne ; il relève de l’intérêt général et sa transmission aux générations futures fait l’objet d’une responsabilité partagée ; il est une ressource unique, fragile, non renouvelable et non délocalisable ». C’est aussi pour cette raison que le domaine « relations publiques et médiation culturelle » a été fixé comme l’un des nouveaux axes prioritaires du Message culture de la Confédération pour la période 2016-2020, et dans cette perspective, la démarche entreprise par le canton du Valais est vraiment pionnière et novatrice. Mais il ne suffit pas d’avoir des idées, il faut encore se donner les moyens financiers pour les réaliser. Ce n’est donc que la fin d’un début prometteur. A suivre !

Être Ami des Musées ou ne pas être

Ce mois de mars qui se termine aura été marqué pour moi par ma participation à différentes assemblées générales des nombreuses sociétés d’amis des musées dont je suis membre. Ayant été élu lors d’une de ces assemblées générales à la présidence de l’une de ces associations, je me dois, en tant que nouveau président, de me poser la question de la place qu’une telle organisation doit prendre auprès du Musée, qui dans mon cas est consacré à l’archéologie. Pour cela, il faut d’abord se pencher sur les statuts d’une telle association. Un rapide tour d’horizon des buts permet de constater qu’une telle société vise généralement à réunir les personnes qu’intéresse l’archéologie, à soutenir et promouvoir les activités du Musée et à faire connaître les collections qu’il abrite en participant à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine archéologique local. Je prends ainsi conscience du rôle d’ambassadeur qui m’est dévolu pour concourir au rayonnement de cette association et à tout l’engagement qu’il me faudra mettre en œuvre pour organiser au mieux la collaboration entre le Musée et la société des Amis que je préside dorénavant.

FMAM

Sigle de la Fédération des Amis de Musées (FMAM)

Au-delà du cas particulier que chaque société d’amis de musée prise individuellement entretient avec son institution de référence, j’ai découvert qu’il existait une organisation faîtière de ces organisations : la Fédération Mondiale des Amis de Musées (FMAM) dont est membre actif, entre autres, la Fédération Française des Sociétés d’Amis de Musées (FFSAM). Cette dernière regroupe actuellement 290 sociétés d’amis de musée de France. L’un des premiers rôles de la FMAM fondée officiellement en 1975 consiste à cultiver des lignes de communication entre les associations membres et à promouvoir l’idée des Amis de musées à travers le monde. Elle tient une Assemblée Générale chaque année, ainsi qu’un Congrès international qui a lieu tous les trois ans dans différents endroits du monde. Depuis 1989, la FMAM est reconnue par l’UNESCO comme une Organisation Non Gouvernementale. En 1996, elle adopte un Code d’Ethique des Amis et Bénévoles des Musées. Le document contient les principes fondamentaux que chaque membre doit observer lorsqu’il agit au nom de son association. Le Code d’Ethique de la FMAM est officiellement approuvé par le Conseil international des musées (ICOM), à tel point que deux articles qui reconnaissent le rôle des Amis et qui promeuvent une action commune sont inclus dans le Code de déontologie de l’ICOM pour les musées. La FMAM compte aujourd’hui 18 Membres Actifs qui sont comme la FFSAM des fédérations nationales, et 27 Membres Associés (associations individuels ou groupes) qui ensemble représentent deux millions d’amis des musées et de volontaires ce qui lui permet de jouer un rôle important dans le monde de la culture. Dois-je envisager à affilier la Société des Amis que je préside à la FMAM ou pas ? Telle est la question !