Age of Pop into Classics !

En passant par Toulouse, j’ai eu la chance de visiter au musée Saint-Raymond, juste avant sa fermeture, une exposition particulièrement ludique et intéressante : « Age of Classics ! L’antiquité dans la culture pop » dont le titre résonne en lui-même comme un jeu vidéo (Age of Empire, Age of Mythology). Le texte d’introduction de l’exposition résume bien ce que ses concepteurs souhaitaient apporter, à savoir que « les périodes médiévales et modernes n’ont pas fait disparaître l’héritage antique. Elles l’ont absorbé, préservé, assimilé et transformé. Le monde contemporain et la culture populaire (« pop »), se sont à leur tour emparés des modèles classiques pour donner naissance à de nouveaux héros et à de nouvelles formes d’art dans un contexte mondialisé. « Age of Classics » fait ainsi dialoguer des objets antiques avec des productions réalisées après l’année 2000, pour interroger notre rapport au monde gréco-romain dans ce qui fait notre quotidien : littérature, bande dessinée, cinéma et séries, arts plastiques…Comment l’Europe réinterprète-t-elle son héritage ? Quel est le lien entre Grèce. Rome et Etats-Unis d’Amérique ? Pourquoi l’Asie explore-t-elle l’histoire occidentale dans ses productions ? Pourquoi l’Antiquité n’a-t-elle jamais cessé de circuler, d’être confrontée aux différents temps présents ?
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« Pollice Verso » de Gérôme, derrière Alexios, le héros d’Ubisoft

Dans l’espace d’exposition une cinquantaine d’œuvres très variées associaient art contemporain et figures antiques. Ainsi, le héros du jeu vidéo « Assassin’s Creed Odyssey » est confronté à la fameuse scène du pouce inversé du tableau de Jean-Léon Gérôme, qui a inspiré le geste de la mise à mort dans les péplums. La commissaire scientifique de l’exposition, Tiphaine Annabelle Besnard, dont le projet de thèse de doctorat « (Re)présenter l’Antiquité grecque et romaine dans l’art actuel. Ou les vicissitudes des références antiques à l’heure de la mondialisation » a servi de base à ce dialogue entre anciens et modernes. Pour ce faire, elle a étudié plus d’un millier d’œuvres actuelles produites par des artistes européens, américains et asiatiques qui font de manière explicite référence à l’Antiquité gréco-latine dans leur art. Cette réception de l’Antiquité dans les différents supports de la culture populaire est également le point de convergence d’un groupe de chercheurs réunis dans l’association « Antiquipop » publiés sous l’enseigne du carnet scientifique édité par Fabien Bièvre-Perrin : « l’Antiquité dans la culture populaire contemporaine ». Sans doute, comme le démontre les publicités intégrées dans la vidéo de présentation de l’association que l’on peut associer à cette réflexion la démarche entreprise en son temps par le musée archéologique de Strasbourg dans son exposition « Archéopub ».

Pourquoi Rome s’est effondré ?

L’interconnexion des populations occidentales dans le monde globalisé d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler celle qui a lié toutes les populations comprissent dans l’espace culturel que l’histoire a retenu comme étant l’Empire romain. Cet empire pu conserver pendant au moins deux siècles l’intégrité de ses frontières grâce à la supériorité logistique et technologique de ses légions bien retranchées derrière le limes. Mais si la puissance de Rome fut aussi grande, elle le doit aussi a une période particulièrement favorable appelée « optimum climatique romain », qui a permis de nourrir et de faire croitre sans difficulté sa population, jusqu’à atteindre 75 millions d’individus. Pour expliquer la fin de cet Empire, on évoque le plus souvent les invasions des peuples dit barbares (car ne parlant ni le grec ni le latin). En fait, loin d’être une cause, cette invasion ne semble avoir été qu’une conséquence de déséquilibres hors du contrôle des empereurs ou du Sénat et du peuple de Rome, suffisamment discrets pour qu’ils aient échappé jusqu’à peu à la réflexion des historiens.
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Destruction par Thomas Cole

Dans « Comment l’Empire romain s’est effondré », Kyle Harper, professeur d’histoire à l’Université d’Oklahoma démontre que plusieurs vagues de grandes pandémies conjuguées avec l’arrivée d’un changement climatique, le petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive, furent des causes bien plus importantes que les grandes invasions. Etonnamment, c’est là où l’on pensait que l’Empire romain avait été le plus efficace, c’est-à-dire dans la construction de routes sur l’ensemble de son territoire, le développement des villes et leur réseau d’adduction d’eau et d’égouts qui serait la cause de son effondrement. Sans connaissances approfondies en médecine la promiscuité des populations à l’intérieur des villes ainsi que le réseau dense des échanges par voies terrestres et maritimes, favorisèrent la propagation d’au moins trois épidémies de pestes particulièrement mortelles. D’abord les pestes dites antonines en l’an 165 et de Cyprien en 251 voient la population de l’Empire stagner, avant de diminuer considérablement lorsque survint la peste bubonique de Justinien à partir de 541. La détérioration du climat, amenant une succession de mauvaises récoltes et des famines, la démographie ne put compenser les pertes dues aux épidémies. En l’espace de deux siècles, la population de la ville de Rome passa ainsi de près d’un million d’habitants à seulement 20’000. Ce qui est arrivé à Rome pourrait bien aussi nous arriver. Nous ne sommes pas définitivement à l’abri d’un effondrement dû au réchauffement climatique associé à de nouvelles maladies décimant les populations.

Ce n’est pas le radeau de la Méduse

C’est demain, jeudi 1 er août à 9h00, que le radeau de l’association Pierre-à-feu doit l’arguer ses amarres devant le Parc et musée du Laténium, pour tenter de rallier, d’ici dimanche prochain, le village préhistorique de Gletterens. En plus de son équipage humain de cinq personnes, le radeau transportera comme cargaison un bloc erratique de près d’une tonne. L’embarcation propulsée à l’aide de perches et de rames, longera les rives du lac de Neuchâtel pour arriver à son but, soit un parcours d’environ 26 km. Le trajet du radeau pourra être suivi en temps réel sur le site de l’association grâce à une balise GPS et une carte présente sur leur site Internet. Une fois arrivé à bon port, le bloc de granit devra être hissé et déplacé selon des techniques anciennes grâce à des rails et des rondins de bois, jusqu’au village lacustre de Gletterens, où il sera dressé comme un menhir. Cette mise en terre deviendra un des événements marquant le 1er rassemblement préhistorique organisé sur le site de Gletterens, qui aura lieu du samedi 3 août au dimanche 11 août 2019. Ces neufs jours réuniront des spécialistes de l’archéologie expérimentale et des curieux de la préhistoire dans l’échanges de pratiques de différents artisanats comme la taille de silex, le façonnage de vannerie et de poterie, la fabrication de pirogues, le travail de l’os, de la corne et du cuir ou la confection d’arcs et de flèches, de sagaies, d’outils en cuivre et en bronze.
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Le radeau en cours de construction devant le Laténium

Il a fallu quelques jours, à l’association Pierre-à-feu pour construire ce radeau avec des moyens modernes. L’embarcation est constituée par 18 troncs d’épicéas maintenus ensemble par quatre traverses en hêtre et liées par des cordages.  Le tout forme un radier d’une taille de huit mètres sur quatre. Même si aucune construction navale de ce type n’a été attestée en fouilles, l’hypothèse que de telles embarcations ont pu être utilisées aux fins de transport de lourdes charges sur de longues distances est une hypothèse intéressante qui demande au moins d’être vérifiée par l’expérimentation. Des sites mégalithiques situés sur des îles, comme celle de Gavrinis en Bretagne, ou certaines des pierres amenées à Stonehenge, semblent indiquer que de tels transports ont pu avoir lieu en Europe dès le Néolithique. De ce fait, l’absence de tels vestiges n’est pas une preuve de leur absence. En effet, un radeau, contrairement à un bateau, ne coule pas, mais continue à flotter, jusqu’à se désagréger, pourrir et disparaître. Ainsi, l’espoir de retrouver une telle construction est bien moindre que pour tous autres types d’embarcation.  Par ailleurs, nous savons que de grands radeaux faits de rondins de balsa et utilisant des voiles pour la navigation ont joué un rôle important dans le commerce maritime sur les côtes de l’océan Pacifique, en Amérique du Sud, de la période précolombienne jusqu’au 19ème siècle. Je souhaite, dès demain, une bonne navigation aux membres de l’association Pierre-à-feu, loin de l’image du radeau de la Méduse.

Premières journées d’archéologie en Europe

Du 14 au 16 juin, la Suisse ainsi que 16 autres pays européens, ont connu leur première édition des Journées d’Archéologie en Europe, basées sur le modèle des Journées nationales de l’archéologie mis en place en France depuis 2010. Ces journées qui ont lieu traditionnellement la deuxième semaine de juin sont organisées par le ministère français de la Culture et coordonnées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Elles ont pour ambition de sensibiliser les publics les plus variés à l’archéologie, à ses enjeux, à ses métiers, à ses méthodes et à ses lieux. Ce blog se permettait déjà de rêver à ce que de telles journées soient instituées en Suisse il y a huit ans.  Il aura fallu une table ronde à Lausanne en 2013, avec Pascal Ratier, coordinateur des Journées nationales de l’archéologie en France, ainsi que du temps, pour en arriver là.

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Résultats de la recherche pour l’Espace Mittelland

L’ensemble de la Suisse a été découpée en sept régions. Tout naturellement, compte tenu de la proximité linguistique avec la France, c’est en Suisse romande que la majorité des événements liés à ces journées eurent lieu, soit dans 13 lieux sur les 22 annoncés. Le reste se déroula en Suisse alémanique, mais rien en Suisse italienne. Pour ce qui concerne l’Espace Mittelland, l’entier des activités furent déployées dans le canton de Neuchâtel et dans aucun des autres cantons compris dans cette région. Pour cela, tous les acteurs de l’archéologie cantonale se sont mis ensemble pour définir un programme susceptible de satisfaire les personnes intéressées par le sujet. La visite du laboratoire de restauration du Laténium de même que les visites de la grotte de Cotencher ainsi que des ruines du château de Rochefort connurent un grand intérêt public le samedi, alors que le dimanche une cinquantaine de personnes prirent part à une balade entre lieux archéologiques et historiques dans la campagne bucolique du centre du Val-de-Ruz. Cette déambulation de trois heures entre Fontaine et Valangin, via Engollon et Fenin, fut un vrai succès, car en tant qu’organisateur, j’en espérais deux fois moins.  Vu l’intérêt et l’enthousiasme manifesté par les participants à ces journées, nul doute que nous répondrons présents à l’appel de la deuxième édition des Journées d’archéologie en Europe qui aura lieu les 19, 20 et 21 juin 2020.

Souvenirs, souvenirs !

Que nous le voulions ou non, nous sommes tous liés à une histoire, celle de notre famille, des lieux où nous avons grandit ou de ceux que nous avons visités. Plus concrètement ce lien s’exprime à travers nos souvenirs, parfois matérialisés par des objets ou des photographies. C’est de ce postulat que sont issus plusieurs initiatives privées ou publiques pour exhumer ce passé personnel et le mettre à la disposition du collectif. Dans sa nouvelle exposition « Émotions patrimoniales», visible jusqu’au 5 janvier 2020, le Laténium nous propose ainsi de découvrir les photographies et les témoignages de particuliers en rapport avec le patrimoine archéologique ou historique de la Suisse. Ces éléments sont issus de la vaste collecte nationale réalisée l’année dernière de mai à octobre 2018 sous le slogan « Montre-moi ton patrimoine ». Cette année, à l’occasion de la Journée Internationale des musées du dimanche 19 mai et des 40 ans du canton du Jura, le Musée jurassien d’art et d’histoire (MJAH) à Delémont a entrepris une collecte similaire d’objets, de photographies ou de documents qui dans l’histoire des personnes évoquent aujourd’hui une facette du dernier-né des cantons suisses. Une centaine de personnes, dont moi-même, ont répondu à cet appel d’un jour et furent photographiés avec l’élément prêté. Les objets et témoignages ainsi récoltés sont eux susceptibles d’être exposés de juin à septembre au MJAH.
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Un guide de balades locales

Mais hors des institutions officielles, des initiatives privées démontrent aussi l’attachement que chacune et chacun d’entre nous peut entretenir avec son passé. Ainsi à Asuel, dans le canton Jura, ou à Rochefort, dans le canton de Neuchâtel, des personnes se sont mobilisées pour mettre en valeur et sauvegarder les ruines du château dominant leur village. Avec l’aide et l’assistance de leur Office du Patrimoine, des bénévoles recrutés aux alentours ou par l’intermédiaire d’une association, se chargent de dégager les vestiges des murs, dans lesquelles certains d’entre eux ont des souvenirs qui remontent à leurs jeux d’enfants. Dans le canton du Jura, ce sont encore deux passionnés du passé, Stéphane Stegmüller et Josy Beuchat, qui se sont mis ensemble pour extraire de leur mémoire et d’anciens documents tous les toponymes de la Commune et de la Bourgeoisie d’Undervelier, leur village, afin qu’ils ne tombent pas dans l’oubli en raison des nouvelles dénominations des rues et des bâtiments imposées par la Poste ou les cadastres communaux. Le résultat de cette recherche fut la publication en novembre de l’an passé, d’une brochure avec textes, cartes et photographies, dont les deux cents exemplaires (limite imposée par les droits de Swisstopo) se sont écoulés avec succès dans la population locale en quête d’identité. Pas plus tard qu’aujourd’hui et de même que hier, c’est en compagnie de mon épouse native elle aussi de ce village que j’ai arpenté les terres d’Underich et comme Johnny, j’en suis venu à fredonner : «Souvenirs, souvenirs, je vous retrouve dans mon cœur ».

À la claire fontaine

Depuis l’exposition à l’Espace Schilling de l’artiste espagnol Desiderio Delgado qui a peint les fontaines de Neuchâtel, je suis devenu plus attentif à la présence des fontaines qui m’entourent. Je réalise progressivement à quel point elles sont encore nombreuses, bien que le plus souvent discrètes. Leur présence, est là pour nous rappeler que l’accès à l’eau courante n’était pas une chose aussi simple qu’elle semble l’être aujourd’hui quand il suffit de tourner les robinets de nos cuisines ou de nos salles de bains. J’ai essayé de me remémorer toutes les fontaines qui a un moment ou a un autre de mon existence ont pu me marquer ou m’attacher et je réalise qu’elles sont bien trop nombreuses pour toutes les citer ici, à moins d’en faire une longue liste prenant toute la place dans l’espace que je réserve à ce texte. Les premières fontaines auxquelles je pense, parmi les plus anciennes, sont celles de la Rome antique. L’Urbs, selon le consul romain Sextus Julius Frontinus, nommé administrateur des eaux de Rome en l’an 98 de notre ère, était une ville de fontaines. La ville disposait de neuf aqueducs alimentant 39 fontaines monumentales et 591 bassins publics, sans compter l’eau fournie à la maison impériale, les bains et propriétaires de villas privées. Chacune des fontaines principales était reliée à deux aqueducs différents, au cas où l’un d’entre eux serait fermé pour cause d’entretien. A ce propos, je me souviens que mon premier travail de séminaire en archéologie classique a concerné l’étude de la Fontaine de Juturne sur le Forum romain.
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Flyer de l’exposition Delgado à Neuchâtel

Depuis peu, je fais aussi partie de la Commission des biens culturels de mon canton. Parmi les décisions que les membres de cette commission ont prises dernièrement a été celle de mettre sous protection l’ensemble des six fontaines publiques du village de Lignières, classées toutes ensemble comme un patrimoine sériel, reflet de l’importance de la relation entre l’approvisionnement en eau et la présence d’une population. La plus ancienne fontaine de ce village date de 1750. Elle est aussi celle dont le bassin a la plus grande contenance, puisqu’elle est évaluée à 5000 litres. Ce bassin a été creusé dans un bloc de calcaire mesurant 4m de longueur, pour 2,62m de largeur et 1,20m d’épaisseur, formant une masse estimée à 20 tonnes. La trace laissée par l’extraction monolithique de la pierre est encore visible sur un rocher dans une forêt située à 1km du village. Un chroniqueur de l’époque nous rapporte que c’est à l’aide d’un traineau fait de troncs d’arbre glissés sur des rondins en bois, tiré par 40 paires de bœufs, encadrés par une centaine de personnes que ce grand bassin fut amené au centre du village. Ce travail fut fait, non sans danger, dans le froid et la neige de janvier et dura huit jours. Après cela les habitants du village purent laver leur linge, abreuver leur bétail et se ravitailler en eau à la claire fontaine, avec le sentiment d’un bel ouvrage accompli.

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Comme beaucoup de passionné(e)s d’archéologie, j’ai été attiré par un film qui promettait beaucoup : « l’Apollon de Gaza ». Le synopsis en lui-même était de nature à susciter l’intérêt et la curiosité de tout un chacun : « En 2013, une statue d’Apollon, vieille de plus de 2000 ans, est trouvée au large de Gaza avant de disparaitre subitement. Dieu des Arts, de la Beauté et des Divinations, l’Apollon suscite toutes les rumeurs, même les plus folles. A la fois film-enquête et réflexion sur l’Histoire, l’Apollon de Gaza nous immerge dans la réalité méconnue d’un territoire qui paie encore le prix des guerres et d’un blocus impitoyable, mais où la vie subsiste, insoumise. Apportant un peu de lumière dans le ciel de Gaza, la statue et son histoire stupéfiante pourrait redonner une part de dignité et d’espoir à tout un peuple ». Le teaser que l’on trouve sur le site Internet de la société de production ou celle de distribution m’a donné également l’irrésistible envie d’aller le voir.

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Image extraite de l’affiche du film

A l’issue de la projection du film, je me suis confronté à des questions auxquelles je désirais avoir des réponses. Statue vraie ou fausse ? Datée de 332 av. J-C, comme l’affirme un des protagonistes du film ? Après avoir lu l’article du Monde du 12 avril 2014 de Laurent Zecchini, qui fut, pour Nicolas Wadimoff  le réalisateur du film, l’élément déclencheur  de cette enquête et examiné les rares images publiées de cette découverte, ma conviction personnelle, confortée par les avis de la plupart des acteurs de ce documentaire, est que cette statue est bien originale. Reste à savoir où elle a vraiment été mise au jour et de quand elle date? Dans son état actuel je doute, comme certains protagonistes du film, qu’elle ait séjourné très longtemps dans la mer. Une hypothèse intéressante est qu’elle a été mise au jour lors de la construction d’un des nombreux tunnels sous Gaza. Ceux qui l’ont découvert, désirant rester discrets et cachés, compte tenu de la nature de leur ouvrage, auraient décidé de l’extraire et de la balancer en mer, dans un espace qui n’appartient à personne. Quant à sa datation, d’un point de vue stylistique et historique, je la vois comme une copie d’époque romaine (entre les 1er siècle avant et après J.-C) d’une statue grecque du Ve siècle avant J.-C, comme l’Apollon de Piombino qui se trouve exposé au musée du Louvre. Seule, bien sûr, une étude complète de la statue permettrait d’en savoir plus. Il ne nous reste plus qu’à attendre, pour boucler l’enquête, que ceux qui tiennent l’Apollon de Gaza en otage le relâche . Dans ce cas cette statue pourrait être l’élément emblématique d’un futur musée de Gaza qui attend depuis un certain temps d’être inauguré.

 

La Trinité retrouvée près de Cap Canaveral

Selon l’Unesco, cité dans la brochure 2018 du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), 3 millions d’épaves reposent sous les eaux du Globe. Parmi les découvertes à venir s’annonce celles des premiers navires français ayant sombré en Amérique du Nord. En marge de la célébration du 450 anniversaire de l’arrivée des français en Floride, en 2012, un regain d’intérêt historique et archéologique s’est produit en France et aux Etats-Unis sur cet événement. En France cela se manifesta par la création d’une Association des descendants et du souvenir de Jean Ribault, qui pris possession de la Floride en mai 1562 au nom du roi de France Charles IX, afin d’y établir une colonie de huguenots. Cette première colonisation française de l’Amérique du Nord tourna au drame lorsque l’escadre de ravitaillement fit naufrage au cours d’une tempête le 10 septembre 1565, en plein combat contre les espagnols, qui non content de détruire l’établissement français de Fort Caroline, exécutèrent de façon horrible presque tous les colons et les naufragés sous prétexte qu’ils étaient protestants.
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Jean Ribault prenant possession de la Floride

Au Etats-Unis, à la fin de l’été 2014, une équipe d’archéologues d’un musée maritime entrepris une mission visant à découvrir la flotte française perdue de 1565, mais sans succès. En revanche, en septembre 2015, une compagnie de recherche maritime, Global Marine Exploration, mis au jour au large du célèbre Cap Canaveral aux Etats-Unis, sous 8m d’eau les vestiges d’une épave du XVIème siècle, qui se révéla être celle de « La Trinité », navire amiral de la flotte de Jean Ribault. Parmi les objets retrouvés au fond de l’eau se trouvaient une dizaine de canons en fer, trois canons en bronze ornés de la fleur de lys et une borne en marbre qui aurait dû servir à marquer les territoires revendiqués par l’explorateur.  A l’été 2018, au terme d’un long procès opposant la France à la société américaine ayant fait la découverte, les droits de la France furent reconnus en vertu de la loi américaine de 2004, le “US Sunken Military Act”, qui stipule que les épaves des navires militaires étrangers, retrouvées dans les eaux territoriales américaines restent toujours la propriété du pays d’origine du navire. Il reviendra au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) de mobiliser des archéologues français et américains pour réaliser les premières fouilles sur l’épave de la Trinité. Les spécialistes du DRASSM devraient s’appuyer sur la société Search Inc pour assurer une première reconnaissance scientifique du site courant 2019.

Paul Collart et le temple de Baalshamîn à Palmyre

L’exposition « Cités millénaires. Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul » présentée à l’Institut du monde arabe, est prolongée jusqu’au 17 février 2019. Cette exposition montre de manière particulièrement spectaculaire certains sites dévastés par les conflits armés, en particulier ceux de la Syrie et de l’emblématique Palmyre, classée en 1980 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, dont une grande partie des vestiges ont été sauvagement dynamités par des fondamentalistes. Mais au lieu de pleurer sur ces ruines, l’exposition montre aussi comment il est possible de procéder à une documentation et un archivage numérique des monuments. Dans cette présentation, la scénographie a ainsi mis en lumière l’activité d’une jeune société française, Iconem, qui depuis 2013 s’est donnée comme but de numériser les objets menacés du patrimoine. Par exemple, en 2016, c’est à l’aide de drones, qu’Yves Ubelmann, le fondateur d’Iconem, avec une équipe d’archéologues, a passé quatre jours à Palmyre afin de prendre quelque 35’000 clichés pour garder en mémoire l’état de la cité antique après destructions. Grâce aux techniques photogrammétriques, des modèles 3D ont été réalisés, qui permettent au public de se rendre compte des dégâts, mais qui ouvrent aussi des perspectives pour envisager une nouvelle manière de sauvegarder le patrimoine.
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Restitution de la cella du temple de Baalshamîn © ICONEM / UNIL

Pour le sanctuaire de Baalshamîn, sur le site Palmyre, détruit en août 2015 par les guerriers de l’Etat islamique, la société Iconem peut bénéficier de l’apport des archives léguées par l’archéologue suisse Paul Collart (1902-1981) à l’Institut d’archéologie et des sciences de l’antiquité de l’Université de Lausanne (UNIL). Collart était professeur aux Universités de Lausanne et Genève, et a pris entre 1954 à 1956 la direction de la fouille du sanctuaire de Baalshamîn. Cette fouille a été la première mission archéologique engagée par la Suisse en dehors de son territoire. Depuis 2017, pour valoriser ce fonds, l’UNIL a lancé le projet « Paul Collart et le temple de Baalshamîn à Palmyre ». Placé sous la direction de l’archéologue Patrick Michel, ce projet vise à numériser l’ensemble de ces archives qui se présentent essentiellement sous la forme de photographies, de plans, de cahiers et de lettres. D’ores et déjà, plusieurs centaines de photographies sont à disposition sur la banque d’images Tiresias de l’UNIL. En outre, en janvier 2018, a été créé une association « Paul Collart au Proche-Orient», qui vise à soutenir financièrement la réalisation de ce vaste programme. Si le projet aboutit, « la numérisation des archives Collart sur Baalshamîn ne servira pas aux seuls archéologues » comme le rapporte le résumé de présentation du projet. « Elle donnera lieu à plusieurs actions de médiation culturelle, destinées à différents publics, à travers des expositions, à travers un projet original à visée éducative et humanitaire, ainsi qu’à travers des médias audio-visuels, des conférences et des publications. Cette médiation passera aussi par la production et la mise en ligne d’une application pour smartphones et tablettes qui permettra une expérience immersive et une visite du sanctuaire de Baalshamîn à travers toutes les étapes de son histoire ». J’attends avec impatience de voir aboutir ce beau projet !

Rome Reborn 3.0 face à Assassin’s Creed

Après 22 ans de travail, l’application « Rome Reborn » a été officiellement lancée lors d‘une conférence de presse internationale tenue à l’Association de la presse étrangère à Rome, le 21 novembre de cette année. En fait de lancement, il s’agit de la version 3.0 de cette application dont les versions 1.0 et 2.0 avaient chacune fait l’objet d’une note dans ce blog. Au départ, « Rome Reborn » est une initiative universitaire internationale lancée en 1996, visant à reconstruire la Rome antique à l’aide des technologies numériques. Bernard Frischer, âgé maintenant de 67 ans, est toujours présenté comme le responsable de ce projet d’archéologie virtuelle, qui a pour but la restitution numérique de la ville éternelle en l’an 320 de notre ère, quand l’urbs comptait plus d’un million d’habitants à son apogée, avant que la capitale de l’Empire ne se déplace à Byzance sous l’empereur Constantin. Quoi de neuf dans cette version ? D’abord, contrairement aux versions précédentes qui étaient accessibles gratuitement, en particulier dans Google Earth, cette nouvelle version est payante. La reconstruction 3D est utilisée comme ressource pour une série d’applications fonctionnant sur ordinateurs (Mac, Windows) et des casques de réalité virtuelle (Oculus Rift, Samsung GearVR et HTC Vive).  Elle est développée dans le cadre par une startup appelée Flyover Zone Productions. La version de base permet un survol, comme à bord d’un ballon, des 14 km2 de la ville éternelle enceints dans la muraille aurélienne. Des modules complémentaires, eux aussi payants, permettent actuellement la visite du Forum romain et de la basilique de Constantin et Maxence. D’autres modules sont en préparation, comme la visite du Panthéon et du Colisée, qui devraient être disponibles dans les mois prochains.
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Image écran du trailer de « Rome Reborn »

En consultant le site internet de Rome Reborn, on apprend que Flyover Zone Productions, en charge de la commercialisation du projet, est à la recherche d’un animateur indépendant capable de créer des avatars d’hommes et de femmes, enfants et adultes d’antiques Romains. Mais cette personne, aussi talentueuse soit-elle, doit s’attendre à être rétribuée plus modestement que dans les grands studios produisant des films d’animation ou des films publicitaires. Ceci montre le souci des concepteurs de Rome Reborn d’animer la visite des monuments par des rencontres avec des habitants virtuels de la Rome antique. Avec cela, Rome Reborn pourrait s’approcher de ce que l’entreprise Ubisoft a réalisé dans le jeu vidéo « Assassin’s Creed ». A partir de l’épisode « Origins » de la saga, sorti l’année dernière, situé dans l’Egypte des Ptolémées en 49 av. J.-C. et dans le dernier épisode « Odyssey » sorti cette année, et placé en 431 av. J.-C., un mode découverte permet aux joueurs de déambuler librement et de survoler avec un aigle des décors et des paysages reconstitués avec grand soin par des historiens. Ainsi, j’ai été particulièrement séduit par une visite dans le sanctuaire de Delphes ou chaque monument, chaque trésor, chaque temple, est reconstitué dans son état et son emplacement d’origine. Face aux centaines de millions de dollars investis par Ubisoft dans chacun des épisodes de la saga et les 3 millions de dollars investis pendant 22 ans par Rome Reborn, il y a une différence de moyen qui se traduit immanquablement dans le résultat final des restitutions. Au lieu de chercher un développeur d’animation, Flyover Zone Productions, ferait mieux de s’associer aux producteurs d’Ubisoft pour développer avec eux un épisode d’ « Assassin’s Creed » situé dans la ville éternelle utilisant les données rassemblées par les chercheurs pour « Rome Reborn ».