Solstice à Stonehenge

La semaine dernière je me trouvais à Stonehenge pour assister à un moment particulier du calendrier solaire, à savoir le solstice d’été, qui correspond au plus long jour de l’année dans l’hémisphère nord. Je n’étais bien sûr pas le seul en ce lieu, puisque pas moins de 13’000 personnes avaient également fait le déplacement. Assister à un tel événement m’a permis de constater à quel point certains sites archéologiques peuvent susciter de l’intérêt, en dehors de la communauté archéologique. En premier les adeptes de différents courants spirituels, comme les tenants de la Wicca, du druidisme et autres paganismes. Mais les représentants de ces différentes communautés n’étaient de loin pas les plus nombreux dans le site, car c’est plutôt en famille ou entre amis, que jeunes et plus vieux sont venus se rassembler pour assister au coucher puis au lever du soleil, en passant la nuit à la belle étoile. Comme les tentes, sacs de couchage et autre matériel de camping sont bannis sur place, c’est enveloppé dans une couverture à même le sol sur le vert gazon autour du monument que mon épouse et moi-même avons passé cette courte nuit. Heureusement il faisait beau et chaud, même en Angleterre. Couché vers 21h30, le soleil était de retour vers 5h, précédé d’abord par la planète Vénus puis par un dernier croissant de Lune qui ajoutaient deux magnifiques touches de lumière astrale dès que parut la fille du matin, l’aube aux doigts roses.
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Lever du soleil sur Stonehenge, le 21 juin 2017

Le lendemain, en visitant le Salisbury & South Wiltshire Museum, je suis allé à la rencontre d’un autre voyageur, qui il y a environ 4’400 ans, a quitté les Alpes pour se rendre jusqu’à Stonehenge. Les raisons de son déplacement ne sont pas établies avec certitude, mais la richesse des objets qui l’accompagnaient laisse supposer, avec une bonne part de vraisemblance, qu’il était porteur d’un savoir lié aux débuts de la métallurgie européenne, car en plus des plus anciens objets en cuivre (3 lames de poignard) et en or (2 ornements pour les cheveux) trouvés en Grande-Bretagne, sa tombe contenait une pierre de touche pour le travail des métaux. Les cinq gobelets, les 16 pointes de flèches ainsi que les 2 brassards d’archer ensevelis avec ce personnage, surnommé l’Archer d’Amesbury ou parfois aussi Roi de Stonehenge, permettent sans nul doute de le ranger parmi les porteurs de la culture campaniforme. Située à environ 5 kilomètres de Stonehenge, cette découverte faite en 2002, ainsi que d’autres sépultures du même type réalisées dans les environs, semblent témoigner de l’influence culturelle du Campaniforme précédent la dernière phase de la construction de Stonehenge. A cette époque, lorsqu’on se plaçait à l’intérieur du cercle de mégalithes de Stonehenge le jour du solstice d’été, on devait voir se lever le Soleil en direction du nord-est juste au-dessus d’une pierre dressée, the Heel Stone (ou Pierre talon), à l’extérieur du cercle mégalithique. Ce n’est plus tout à fait le cas de nos jours en raison du déplacement de l’axe de la Terre, responsable de la précession des équinoxes, qui modifie avec le temps l’obliquité de l’écliptique par rapport au plan de l’équateur terrestre selon un cycle de 41’000 ans environ, qui fait apparaître le soleil légèrement plus à gauche de la Pierre talon.  Mais selon de récentes hypothèses, de nombreux archéologues sont d’avis de croire que les mégalithes de Stonehenge étaient disposés pour célébrer le coucher du soleil au solstice d’hiver et non son lever au solstice d’été. Avouons cependant que pour les profanes observateurs du soleil, il est plus agréable d’assister au second phénomène qu’au premier.

Les Palafittes suisses ont un nouveau guide

En fin d’après-midi du jeudi 11 mai, le Laténium a été le cadre d’une cérémonie officielle, celle de la présentation d’un nouveau Guide d’art et d’histoire de la Suisse, édité par la Société d’histoire de l’art en Suisse (SHAS) et le Swiss Coordination Group UNESCO Palafittes, intitulé : Les Palafittes suisses. Depuis qu’en 2011 les « Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes » ont été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, il manquait une information claire et facilement accessible pour le grand public sur ces sites classés. C’est maintenant chose faite avec cette publication en quatre langues, français, allemand, italien et anglais. Comme le décrit son quatrième de couverture, « ce guide donne un aperçu de la découverte et des recherche entreprises sur les palafittes, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui. Les sites suisses et leurs vestiges y sont présentés par le biais de vingt itinéraires de promenades et musées, à travers trois régions du Plateau ». Une version électronique avec liens interactifs est également disponible au même prix que l’édition papier. Pour juger de l’importance des sites helvétiques dans le contexte des Palafittes, il faut savoir que sur les 111 sites qui font partie de l’objet sériel classé au patrimoine mondial, 56 se trouvent en Suisse et les 55 autres sont répartis entre la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche et la Slovénie.
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Les artisans du guide « Les Palafittes suisses »

D’un certain point de vue, ce guide, par rapport aux autres ouvrages de la série, représente une gageure : celle de décrire des vestiges que l’on ne peut pas voir, sinon par l’imagination ou en plongeant le regard sous les ondes de nos lacs, ce qui n’est pas à la portée du plus grand nombre. C’est certainement pour palier à ce manque de visibilité que le réalisateur Philippe Nicolet et son entreprise NVP3D, sous les conseils avisés de Pierre Corboud, co-auteur du guide, développe le projet d’un documentaire en 3D sur l’archéologie des villages littoraux de la Suisse occidentale. Un teaser de ce film a été présenté en avant-première au Laténium à la fin de la cérémonie de présentation du guide et peut être visionné à partir du site Internet de NVP3D. Cela devrait contenter un autre public acquis aux nouvelles technologies qui dès 2011 avait déjà pu se faire une idée du potentiel archéologique lacustre à l’aide d’une application dédiée «Palafittes Guide », téléchargeable sur Apple Store et Google Play. Mais pour les amateurs et les spécialistes qui voudraient en savoir encore plus et entrer dans le détail de chaque gisement, le site de l’association Palafittes permet grâce à sa base de données d’obtenir des renseignements sur 410 autres sites associés en Suisse, en plus des 56 sites classés.

Patrimoine vaudois à brader

Les Vaudois, dans le domaine de la protection du patrimoine ont été des précurseurs en promulguant en 1898, sous l’impulsion de l’archéologue Albert Naef, Chef du Service des monuments historiques du canton, la première législation et organisation cantonale en Suisse pour la protection des monuments et des antiquités. En 1997, le canton de Vaud se posait des questions concernant la gestion de son patrimoine naturel, historique et archéologique. Cette réflexion menée par une quinzaine de professionnels du domaine réunis sous la bannière des Etats généraux de l’Association pour le patrimoine naturel et culturel du canton de Vaud, se concrétisa sous la forme d’une déclaration d’intention intitulée : « Le patrimoine vaudois existe, nous l’avons rencontré ». En avant-propos de ce plaidoyer on pouvait y lire l’engagement des autorités vaudoises d’améliorer la situation, à travers les commentaires des trois conseillers d’états concernés par le sujet. Dans l’esprit de ses instigateurs, cette déclaration dite de Chillon, devait être un premier essai d’évaluation de la situation patrimoniale dans le canton de Vaud et aurait dû déterminer la direction à prendre dans le futur pour toutes les actions en lien direct avec les divers aspects du patrimoine. C’est ainsi que le patrimoine, en tant que notion essentielle à la vie sociale, fut pris en compte dans la Constitution vaudoise du 14 avril 2003, en stipulant à l’article 52 que «L’Etat conserve, protège, enrichit et promeut le patrimoine naturel et le patrimoine culturel.»
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A brader, patrimoine historique et archéologique

Vingt ans plus tard, en vue des élections pour le Conseil d’Etat du canton de Vaud qui se déroulent aujourd’hui, certains des initiateurs de ces Etats généraux, aujourd’hui à la retraite, ont à nouveau interpellé leur gouvernement dans une lettre ouverte qui lui a été adressée, en jugeant que le patrimoine historique et archéologique vaudois est actuellement en danger. La principale demande des onze signataires de cette missive, qui se font par la même occasion les porte-paroles de tous les actifs du domaine qui ne peuvent s’exprimer publiquement sans exposer leur carrière professionnelle, est que : « la Division patrimoine du Service immeubles, patrimoine et logistique ne soit plus rattachée au Département des finances et des relations extérieures. Depuis que le Patrimoine a quitté le Département des infrastructures et des ressources humaines en 2012, nous constatons qu’il subit de graves atteintes dues à l’absence d’une vision politique à long terme et à une volonté d’économiser sur les budgets de fonctionnement. Si le Département des finances accorde des subsides en tout dernier ressort et après de longues années d’atermoiements (l’abbatiale de Payerne, le théâtre romain d’Avenches, le château de La Sarraz), s’il est prêt à délier sa bourse pour des dépenses de prestige (le château Saint-Maire et le portail Montfalcon de la cathédrale à Lausanne), il n’octroie en revanche pas les moyens nécessaires pour assurer la protection globale de notre riche héritage historique ». Cette lettre ouverte “Patrimoine vaudois en danger“, transformée en pétition en ligne à la fin du mois de mars, a reçu le soutien de plus de 1200 personnes en l’espace de 4 semaines. Elle a été remise au chancelier de l’Etat de Vaud, le mardi 25 avril. Espérons que cette lettre ouverte ne restera pas lettre-morte et que le nouveau Conseil d’Etat vaudois qui sortira des urnes saura en tenir compte lorsqu’il s’agira de réorganiser les départements.

Mobilisation pour la protection du patrimoine culturel

Vendredi 24 mars, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté à l’unanimité la résolution 2347 visant à la protection du patrimoine culturel en situation de conflit armé. Le texte de la résolution affirme que le fait de lancer une attaque contre des sites et des bâtiments consacrés à la religion, à l’enseignement, à l’art, à la science ou à la bienfaisance, ou contre des monuments historiques peut constituer, dans certaines circonstances et en vertu du droit international, un crime de guerre et que les auteurs de ce genre d’attaque doivent être traduits en justice. Pour appuyer cette résolution les pays du G7 se réunissent ce jeudi et ce vendredi à Florence sur le thème de «la culture comme instrument de dialogue entre les peuples ». Le but poursuivit depuis quelques années par l’Italie vise à développer une force d’intervention pour la défense du patrimoine, sorte de « casques bleus de la culture », qui compte actuellement une soixantaine de spécialistes, alors que la France cherche à alimenter un fonds international pour la protection du patrimoine culturel en péril en période de conflit armé qu’elle a institué le 3 décembre 2016 lors de la Conférence Abou Dhabi. La réunion à Florence des ministres de la Culture du groupe des sept pays les plus riches de la planète devrait aboutir sur un document final instituant le G7 de la culture. Mais, depuis que l’humanité connait la guerre, des destructions suivies parfois de reconstructions ont toujours existé et les bonnes résolutions d’aujourd’hui ni changeront rien.

Sarajevo
La bibliothèque de Sarajevo, incendiée puis reconstruite (Photo : Christian Bickel)

A titre d’exemple, la semaine dernière, mardi 21 mars, en marge du printemps culturel 2017 « Carrefour Sarajevo », j’ai eu l’occasion d’assister à la conférence de Nadia Capuzzo Derkovic, sur la préservation et la reconstruction du patrimoine culturel en Bosnie-Herzégovine. Dans ce pays aussi, dans et autour de sa capitale Sarajevo, des destructions souvent ciblées ont mis à mal une partie importante de son patrimoine culturel entre 1992 et 1995 lors du siège de la cité. Bien avant la destruction en 2001 des Bouddhas de Bamiyan, des mausolées de Tombouctou, des cités antiques de Palmyre ou de Ninive, pas moins de 713 édifices ayant une valeur culturelle ont été complètement détruits et 554 autres, incendiés. A l’issue de la guerre, réglée par les accords de Dayton, la Bosnie-Herzégovine se voit partagée en deux entités territoriales, la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine et la République serbe de Bosnie, que se partagent trois ethnies : bosniaque, croate et serbe. Comment à partir d’une telle division un programme de reconstruction a été mis en œuvre et selon quels critères ? L’exemple bosnien montre que des choix identitaires président à la volonté de reconstruire ou de mettre en valeur certains types de monuments et pas les autres en fonction de la zone ethnique dans laquelle ils se trouvent. Ainsi une mosquée, même réduite au bulldozer à ses fondations pendant la guerre est susceptible d’être reconstruite en zone bosniaque, alors que rien ne sera fait pour elle dans la zone serbe. Le conflit a eu comme conséquence de réduire significativement la diversité ethnique dans les différents cantons du pays. Comme l’exemple bosnien nous l’a montré il y a 25 ans, la destruction et la reconstruction d’éléments relevant du patrimoine relèvent de valeurs et d’enjeux directement en prise avec les populations locales qui sont prêtes ou pas à reconnaître ces objets comme faisant partie ou non de leur patrimoine. Dans ce contexte, la restauration de la cité antique de Palmyre doit d’abord dépendre de la volonté des Syriens de la reconstruire quand le calme sera revenu chez eux. En attendant une éventuelle reconstruction en dur, un projet de restitution virtuelle a été mis en œuvre.

De la conservation des boîtes de conserve

L’Antarctique est encore un continent à découvrir. Pendant ces dernières semaines, le journaliste de la RTS Bastien Confino était à bord du navire scientifique Akademik Treshnikov pour rendre compte de la mission “Antarctic Circumnavigation Expedition” (ACE), la première mission organisée sous l’égide du Swiss polar institute. Cette expédition consistait à faire le tour de l’Antarctique en bateau pour réaliser de nombreuses expériences scientifiques. Dans ce reportage, un des interlocuteurs du journaliste relevait qu’il faut plus de temps pour rallier une base antarctique en bateau qu’il n’en faut à des astronautes pour rejoindre la Lune. Hier soir, j’assistais à la conférence de Lizzie Meek, chef de programme pour le Antarctic Heritage Trust de Nouvelle-Zélande, dont la tâche principale consiste à veiller à la conservation des huttes des premiers explorateurs de l’Antartique, à savoir : Scott, Shackleton, Borchgrevink et Hillary. Depuis plus d’une dizaine d’année la Nouvelle-Zélande a entrepris un véritable programme de conservation du matériel et des bâtiments abandonnés en Antartique dans la baie de Ross par les premières expéditions de ce dernier continent découvert par l’humanité. De fait, en association avec ces quatre camps de base, c’est une collection de plus de 20’000 objets qu’il faut traiter et conserver. En comparaison, sur la Lune, les astronautes de la mission Apollo 11 n’ont laissé qu’une centaine d’objets.

CANS
Le CANS en conserve

Parmi les objets abandonnés en Antarctique se trouvent des boîtes de conserve. Breveté au début du 19ème siècle, les boîtes représentent une importante innovation technologique et l’un des symboles de la société de consommation. Elles sont présentes dans de nombreuses collections de musées. Cependant, leur conservation est problématique, car de graves phénomènes de corrosion peuvent se produire sur elles, soit en relation avec leur environnement, soit en fonction des propriétés basiques ou acides de la matière organique qu’elles contiennent. La problématique de la conservation des conserves alimentaires présentes dans les collections muséales était le sujet d’un atelier qui s’est tenu aujourd’hui à Neuchâtel par les chercheurs du projet “Conservation of cAns in collectioNS” (CANS). Ce projet de recherche est inscrit sous la responsabilité de Régis Bertholon, directeur de la Haute Ecole Arc Conservation-restauration qui supervise le travail de Laura Brambilla, une docteure en chimie, qui s’occupe de la partie opérationnelle de cette recherche, financée par le Fonds national suisse. Avec l’aide de différents partenaires, un état de conservation de quelque 150 boîtes provenant de cinq collections helvétiques, dont l’Alimentarium à Vevey, ou le musée Burghalde à Lenzburg, a été dressé. Il apparaît ainsi que les conserves métalliques qui ont été fabriquées avant les années 1960 sont plus résistantes que les plus récentes. Par exemple, la première boîte de petits pois sortie de l’usine de l’entreprise Hero, en 1886, a encore son contenu et se trouve dans un excellent état de conservation. Dans le processus de fabrication des boîtes récentes, la couche d’acier, et surtout la couche d’étain, s’est amincie, ce qui les rend moins chère à produire, mais ce qui diminue leur potentiel de conservation. Cela aurait été bien de penser à cela avant de constituer des réserves dans nos abris anti-atomiques.

Leur Laténium dévoilé

Sous l’accroche « Leur Laténium » est proposé un cycle de visites originales du musée d’archéologie de Neuchâtel vu à travers le regard neuf de neuf personnalités. Regard neuf, car parmi les critères de sélection des personnes nominées, elles ne devaient pas être retraitées, ni actives en politique et non plus avoir de liens directs avec le musée ou ses collections, ce qui éliminait de facto tous les spécialistes reconnus du domaine archéologique. Ces neuf personnalités ont pour nom, dans l’ordre de leur apparition tout au long de l’année : Carlos Henriquez, humoriste, Brigitte Hool, cantatrice, Raphaël Domjan, éco-explorateur, Laurent Geninasca, architecte, Tania Chytil, journaliste, Robert Bouvier, directeur de théâtre, John Howe, illustrateur, Olivier Guéniat, criminologue, et Marie-Thérèse Bonadonna, déléguée culturelle. Jeudi 26 janvier, ce fut donc à Carlos Henriquez d’inaugurer ce concept particulièrement intéressant et novateur en nous faisant profiter de sa vision décalée et insouciante du rôle de l’archéologue et plus particulièrement de celui de «Monsieur Kaeser », directeur du Laténium. Pour un membre de l’équipe suisse championne du monde en titre de Catch-Impro, qui, soit dit en passant, remettra son titre en jeu du 2 au 5 février 2017 au théâtre du Passage, la visite promettait d’avance d’être déjantée, loufoque, et pleine d’humour. Mon espoir ne fut pas déçu.
CarlosHenriquez
L’ursus spelaeus, preuve de la domination bernoise au Moustérien !

En parcourant les salles de l’exposition permanente j’ai appris entre autres que les bustes de l’entrée servent à déposer les couvre-chefs, qu’un squelette d’enfant de 12 ans découvert dans une tombe du Haut Moyen-âge est celui d’un enfant ayant gagné une partie de cache-cache, puisque personne ne l’a découvert, mais qu’il aurait mieux fait de sortir de sa cachette avant d’y demeurer pour toujours, que les traces carrées que l’on voit au sol en photographie aérienne  dans les champs du Val de Ruz sont la figuration locale des géoglyphes laissés dans le désert de Nazca, que la villa romaine de Colombier n’est autre qu’un projet avorté de Bulat Chagaev ex-dirigeant du FC Xamax pour remplacer le château, que trois crânes du pont celtique de Cornaux sont les restes bien conservés du trio humoristique Les Peutch (Fernand, Ambroise et Maurice), que la statue menhir de Bevaix n’est rien d’autre qu’un selfie de Dieu lui-même, que la roue néolithique de Saint-Blaise provient bien du Bas du canton de Neuchâtel puisqu’elle n’est pas munie de chaînes à neige, ou que l’ours des caverne de Cotencher prouve bien qu’au Moustérien le canton de Neuchâtel faisait partie du canton de Berne. Sous le regard de l’humoriste, c’est certain, on ne quitte pas la visite du Laténium sans en avoir une vision quelque peu décalée. Pour m’en convaincre il a suffi que je me place devant la derrière vitrine de l’exposition permanente du musée qui présente une série de sept crânes illustrant les différentes étapes de l’évolution de l’homme. Avec le commentaire de Carlos Henriquez, cette rangée d’encéphales devient une sorte de Conseil fédéral de nos ancêtres avec, à gauche, le crâne d’Homo sapiens, et, à droite, celui d’un Australopithèque. A la taille respective des cerveaux on mesure bien de quel bord proviennent les représentants politiques les plus évolués. Pourtant parmi toutes les informations glanées au cours de cette visite il y en a bien une qui s’est révélée vraie et que j’ignorais : la pièce de monnaie celtique placée sur un des socles de la première salle a bien été mise au jour par « Monsieur Kaeser », soi-même, sur le chantier de l’enceinte de Marin, Les Bourguignonnes. Comme quoi, il y a partout des vérités à dévoiler.

Les momies défient le temps

Pourquoi les momies intéressent autant les vivants ? Sans doute parce qu’elles nous confrontent à notre propre finitude et à ce que nous laisserons de nous une fois mort. Face à notre désincarnation programmée, nous ne pouvons que nous sentir interpellé par ces êtres, humains ou animaux, dont l’enveloppe charnelle continue à posséder une forme très reconnaissable défiant les paroles divines : «tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ». Bien que le mot momie fait directement référence au processus d’embaumement pratiqué dans l’Ancienne Egypte, la nature elle-même est capable de différentes manières de conserver des corps au-delà de leur existence, que cela soit sous l’effet du froid, de la sécheresse ou de la chimie particulière de certains sols. C’est ainsi que deux expositions, l’une à Bâle jusqu’au 30 avril 2017, l’autre à Delémont jusqu’au 27 août 2017, nous invitent à nous pencher sur les circonstances et les conditions particulières qui permettent à des corps de braver le retour à la poussière.
Momie
Assemblage de momies andines (Photo : Gregor Brändli)

A Bâle, plus de 60 momies d’animaux et d’humains sont exposées au Musée d’histoire naturelle. Sous le titre « MUMIEN. Rätsel der Zeit » (Momies. Mystères du temps) la base de cette exposition a été conçue par le Musée Reiss-Engelhorn, à Mannheim (D) et a été adaptée à Bâle en incluant des momies helvétiques jamais présentées au public. La visite commence par l’effet de la glaciation qui permet dans les glaciers des Alpes ou le permafrost de la Sibérie de retrouver de nombreux animaux, comme des bouquetins, des chamois ou des mammouths, mais également Ötzi. A défaut de pouvoir montrer l’original de la célèbre momie des glaces jalousement conservée dans le musée de Bolzano, un dispositif interactif permet de procéder à une auscultation scientifique détaillée de toutes les parties de son corps, comme s’il avait été placé sur une table de dissection d’un médecin légiste. La visite se poursuit par les corps enlacés de deux hommes découverts dans la tourbe des marais de Weerdinge aux Pays-Bas, puis par des salles présentant des momifications naturelles par la sécheresse, comme celles de ces chats emmurés dans des habitations, d’un fennec dans une cavité volcanique désertique ou de cette grenouille remontant à 20 millions d’années, momie devenue fossile. Les éléments humains de cette section sont la présentation d’une mère morte en couche de l’enfant qu’elle portait au XVIIème siècle, et qui ont été retrouvés ensemble dans le cercueil d’un caveau funéraire de l’église des Dominicains à Vác en Hongrie ou celle d’une femme opulente de la même époque retrouvée dans l’ancienne église des Cordeliers à Bâle. L’exposition se termine sans surprise par la présentation de momies précolombiennes d’Amérique du Sud et pharaoniques de l’Egypte. A Delémont, c’est sous le titre « Le retour de la momie » que l’exposition invite à suivre l’histoire et le parcours de deux momies péruviennes à partir de leur culture d’origine jusqu’à leur arrivée dans les collections du Musée jurassien d’art et d’histoire (MJAH). Mais pour éviter toute discussion concernant la présentation de corps morts, chacun peut choisir, en son âme et conscience, de les voir ou non, dans la dernière partie de l’exposition. A cet effet, une mise en garde adaptée par le MJAH à partir d’un document réalisé dans le cadre de la récente exposition «Mumien der Welt» du musée Roemer-und Pelizaeus à Hildesheim (D), se révèle utile à lire avant la visite de ces deux expositions avec des enfants.

L’archéologie en blog et en péplum

Il y a exactement dix ans aujourd’hui, je commençais ce blog. Le but de ce blog était de présenter ma vision de l’archéologie et de me faire l’écho des découvertes et des interrogations que l’archéologie peut susciter dans le grand public. Dans ma première note je me réjouissais de la fermeture du Mystery Park à Interlaken en m’étonnant des moyens publics et privés importants mis en œuvre pour sa création, malgré sa thématique plus que critiquable. Depuis, ce parc d’attractions a trouvé les moyens financiers de rouvrir ses portes une partie de l’année sous une nouvelle appellation « Jungfrau Park » cherchant à attirer par des dispositifs ludiques les enfants jusqu’à l’âge de 10 ans. Mais les animations d’origine, relevant de la para-archéologie basée sur les écrits d’Erich von Däniken et regroupées dans l’espace « Mystery World », demeurent accessibles pour les enfants et leurs parents, et tant pis si le contenu reste le même et toujours aussi peu scientifique. Cependant, j’ai pu mesurer, grâce aux statistiques de consultation de mon blog et aux mots clés utilisés pour aboutir sur mes notes, qu’un intérêt pour les civilisations disparues est bien présent, même si ce ne sont pas toujours les informations les plus pertinentes qui semblent être recherchées. Selon les données de l’Office fédéral de la statistique (OFS), de tous les domaines de la culture, les contenus et les services audiovisuels sont très nettement les plus prisés et c’est le plus souvent sous forme de documentaires, de films et de téléfilms, vus à la télévision, au cinéma ou en DVDs que le public peut se faire une image du passé.
Cleopatra
Scène de tournage du Cléopâtre de Mankiewicz

Ayant assisté jeudi dernier à une conférence de Claude Aubert, ancien professeur de latin, réalisateur et éditeur de la revue “12e heure” consacrée au péplum, j’ai pu constater, en raison de la forte affluence du public, la vaste portée de ce thème et l’intérêt qu’il peut susciter. Ce que nous autres archéologues et historiens essayons de transmettre plus ou moins bien à l’aide nos écrits, le cinéaste essaye lui aussi, plus ou moins bien à travers ses images, de décrire le passé. Sa tâche se révèle bien souvent difficile, car voyager dans le temps a un prix. Comme l’a écrit Michel Eloy, spécialiste des films péplum et de l’antiquité, en parlant des décors du Forum romain dans Cléopâtre « il doit tenir compte des nécessités de la production qu’il s’apprête à mettre en scène, du budget et des moyens matériels dont il dispose, de l’environnement du plateau (buildings, antennes TV, etc) et aussi – sans doute – de ce que s’attend à voir le public (arcs de triomphe, colonnes votives, temples de marbre), dans l’imaginaire duquel s’est imposée l’image des maquettes célèbres de P. Bigot (1911) et d’I. Gismondi (1937) : la Rome du IVe siècle de notre ère ». En ouverture de l’introduction à son ouvrage « L’Antiquité au cinéma. Vérités, légendes et manipulations » (2009), Hervé Dumont, historien du cinéma et ancien directeur de la cinémathèque suisse à Lausanne, citait Stanley Kubrick qui affirmait qu’« une des choses que le cinéma sait le mieux faire que tout autre art, c’est de mettre en scène des sujets historiques », c’est-à-dire représenter le passé. Pour notre plus grand plaisir de découverte, il a mis en ligne gratuitement une « Encyclopédie du film historique » qui répertorie plus de 15 000 films et téléfilms, avec illustrations et commentaires. Dans ce flot d’images, quelque 2200 films concernent l’Antiquité et peuvent être qualifiés de « péplum ». Le site Internet d’Herve Dumont représente le fruit de 40 ans de recherches. Ce blog, juste 10 ans de réflexions. Merci de me lire et de parcourir tous les liens que je vous donne au fil de mes notes.

Errare humanum est

En faisant mes achats ce dernier samedi à la Coop, je me suis vu remettre une série de pochettes contenant chacune cinq vignettes à coller dans un album au titre accrocheur : « Voyage dans le monde du savoir ». Comme je suis toujours curieux, même à mon âge, je n’ai pas hésité à acheter pour 3fr.50 l’album de 64 pages pour coller les images offertes et entrer, moi aussi, dans « le monde du savoir » en compagnie de Felix. Je commence tout naturellement à explorer le domaine qui m’est le plus familier : l’histoire. En parcourant les textes, je découvre avec surprise que Néfertiti est devenue un pharaon d’Egypte (elle n’était que l’épouse du pharaon Akhenaton), que Rome était une colonie (de quelle nation ?) avant de se transformer en une gigantesque puissance mondiale, que César s’est déclaré le souverain unique de Rome (alors qu’il n’a jamais pris ce titre) , que l’Empire romain a connu sous Auguste une période de paix qui dura 40 ans (c’est oublier toutes les campagnes militaires sous son règne), que les amazones étaient des gladiatrices célèbres chez les Romains (je pensais qu’elles allaient se faire voir chez les Grecs), que les premières incursions de pirates remontent au 14ème siècle en Egypte (avant ou après J.-C ?), que la ville de Coire est la plus ancienne ville de Suisse (sur quel fondement ?), que la grande mosquée de Djenné (classée dans les édifices remarquables) se trouve au Soudan (pas au Mali ?), et je m’arrête là pour ne pas lasser les lecteurs. Première conclusion après ce rapide survol : ce n’est pas parce qu’une chose est écrite qu’elle est forcément juste, d’autant moins si on lit attentivement le texte pour y dénicher toutes les fautes de syntaxe et d’orthographe, dues sans doute à une traduction fautive et une mauvaise relecture.
CoopMondeDuSavoir
Image de la page d’accueil Internet du « Monde du savoir »

Mais en plus, il y a des images pour accompagner le texte. Comme le dit l’auteure de cet ouvrage, Christina Braun, dans un entretien publié dans le journal Coopération, elle s’est attachée à établir une association idéale entre les textes et les images. J’ai ainsi commencé à coller les images reçues avec mes achats du week-end pour constater que le choix des illustrations n’est pas des plus sélectif. Rien que sur les deux pages consacrées à la Rome antique, une pièce en or du roi Fréderic VIII du Danemark côtoie deux pièces en or présentant des profils d’épouses impériales romaines (est-ce pour nous signaler que les Danois utilisent aussi des lettres latines ?), que la vignette 100, liée au texte « Qui était César ?» présente une statue de l’empereur Auguste, et que celle en relation avec le texte « Qui était le premier empereur ? », où l’image d’Auguste aurait été vraiment à sa place, on découvre une statue de l’empereur Nerva.  De plus ces deux statues ne sont pas des vestiges de l’Antiquité car elles font partie de l’ensemble de statues d’empereurs romains illustres mises en place à Rome en 1932 le long de la Via dei Fori Imperiali par le régime fasciste de Benito Mussolini. Plus loin, dans la partie « les héros et leur époque », l’ouvrage pose la question « Qu’est-ce qu’un murmillo ?» (traduction en français: mirmillon) ; je n’ai pas encore la vignette 113 qui doit l’illustrer, mais l’image du casque posé au-dessus du cadre de la question est manifestement celui d’un hoplite grec stylisé et pas du tout celui d’un gladiateur romain.  Seconde conclusion, à défaut de plonger dans un réel « monde du savoir » comme nous le laisse entendre la publicité faite autour de cette action de la Coop, les enfants, ainsi que leurs parents, pourront au moins découvrir une chose s’ils y prêtent attention, c’est que l’erreur est humaine.

La femme un Homo sapiens comme un autre

Existe-t-il une différence de perception de l’environnement spatial entre homme et femme ? C’est à cette question que la conférence d’Ariane Burke, professeure titulaire en archéozoologie à l’Université de Montréal, donnée dans le cadre de l’association ArchéoNE donnait mercredi dernier des éléments de réponse sous le titre « Frayer son chemin dans le monde. Le rôle du sexe, de la cognition et de la perception visuelle dans les dispersions paléolithiques ». Des différences moléculaires et physiques sont indéniables entre les sexes. Depuis 1959 on sait que sur les 46 chromosomes contenus dans nos cellules, deux sont propres au sexe, les célèbres chromosomes X et Y, et physiquement les différences anatomiques sont indéniables. Mais qu’en est-il du cerveau ? Selon certaines hypothèses, il existerait une différence entre homme et femme remontant au Paléolithique, époque où les seuls modes de subsistance de l’humanité étaient la chasse et la cueillette. En réponse à ces hypothèses qu’est-ce que l’archéologie peut montrer?
orientation
Les femmes savent suivre une direction (Image : Cap Fémina)

La chasse, ou du moins le dépeçage de carcasse avec l’aide d’un outil lithique est démontré chez nos ancêtres depuis au moins deux millions d’années. A côté de cela ils se livraient certainement à la cueillette, sans que cela puisse être démontré vu l’absence de traces matérielles due à la nature des vestiges. Des moulages endocrâniens ou endocastes d’hominidés fossiles montrent comment l’évolution du cerveau s’est développées dans l’arbre phylogénétique de l’espèce humaine. Ainsi, selon des chercheurs, au vu de la forme et de l’irrigation de leur encéphale, les Néanderthaliens n’auraient pas eu les mêmes capacités exploratrices que les Cro-Magnon ou l’homme actuel, ce qui aurait limité leur dispersion et permis à Homo sapiens sapiens de s’imposer afin de conquérir le globe. Au court de cette longue période de temps des différences d’aptitudes cognitives innées auraient été obtenues par chacun des deux sexes, avec en filigrane l’idée que les hommes se consacraient à la chasse et les femmes à la cueillette. Partant de là, les hommes seraient plus aptes à lire une carte et les femmes à retrouver le beurre dans le réfrigérateur. Les plus récentes études IRM (imagerie cérébrale par résonance magnétique) démontrent cependant qu’il n’y a rien qui puisse distinguer l’activité cérébrale d’un homme de celle d’une femme et valider cette hypothèse. Pour preuve, il apparait que si l’on retire la différence physique qui permet aux hommes de parcourir plus vite les distances, les femmes entrainées à la course d’orientation ont des capacités aussi bonnes que les hommes à s’orienter sur des terrains inconnus. En conclusion, s’il y a une différence entre les sexes elle est due à des différences socioculturelles, qui font que les apprentissages et les activités des filles sont différents de ceux des garçons. C’est l’expérience vécue par les unes et par les autres qui influence le fonctionnement cérébral et détermine des aptitudes cognitives différentes entre les individus et non pas leur sexe. En d’autres termes, l’acquis est nettement plus important que l’inné.