Category Archives: Mondes virtuels

La grande histoire d’Aventicum en 3D

Les Site et Musée romains d’Avenches auront été à l’honneur en ce mois de juillet qui se termine. D’une part ils ont été choisi comme « site du mois » par ArchaeConcept. D’autre part, dans le sillage des manifestations organisées l’année dernière lors du bimillénaire de la cité, un spectacle de sons et lumières désigné sous l’appellation « La Grande Histoire d’Aventicum » a été créé tout spécialement pour mettre en valeur la Capitale des Helvètes. L’idée du projet a germé dans l’esprit de Martial Meystre, directeur d’Avenches Tourisme, séduit par le documentaire de Philippe Nicolet « Aventicum D-Couverte. La capitale des Helvètes dévoile ses joyaux après 2000 ans », film en 3D sur la vie quotidienne dans la cité romaine. Le professionnel du tourisme a proposé au cinéaste de monter un spectacle biannuel sur cette base, en lui donnant carte blanche pour établir le scénario et en faire la réalisation. Le budget devisé à 950 000 francs ne peut que laisser songeur les archéologues qui chaque année peinent à obtenir ceux de leurs interventions. Au final, le premier volet de cette grande histoire, intitulé « L’esclave et le Hibou », se présente sous la forme d’un film d’une durée de 70 minutes projeté en plein air sur trois écrans géants, dont le principal en image 3D haute définition, nécessite comme il se doit actuellement au cinéma le port de lunettes spéciales.
Aventicum3D
Le dispositif multi-écrans en place devant les gradins

L’action principale du film « L’Esclave et le Hibou » se situe en l’an 179 de notre ère, à la fin du règne de l’empereur-philosophe Marc-Aurèle et s’inspire d’un récit, l’Âne d’Or, composé par un de ses contemporains, Lucius Apuleius dit Apulée, dans la seconde moitié du IIe siècle. L’intrigue met en scène divers protagonistes, dont l’esclave Fotis, la magicienne Anna, le noble Quintus, le menuisier Lucius et le prêtre Caïus. Le teaser du film est suffisamment explicite pour prendre connaissance ou se rappeler des moments clés de l’histoire qui, in fine, offre une hypothèse à la découverte du buste en or massif de l’empereur Marc-Aurèle, le 19 avril 1939 dans une canalisation située sous le Sanctuaire du Cigognier, trésor archéologique le plus célèbre et emblématique d’Aventicum. L’ensemble du spectacle permet de découvrir en 3D, au fil du récit, quelques éléments majeurs des collections du musée romain, dont un mystérieux objet de bronze appelé dodécaèdre, et, dans la mise en scène en plein air, de porter un éclairage sur certains monuments antiques moins connus que les arènes ou la colonne du Cigognier, comme la porte de l’Est, la Tour de la Tornallaz – seule survivante des 73 tours qui renforçaient l’enceinte de la ville – ainsi que les thermes du Forum. De plus, sont intégrés dans le film, quelques vues aériennes de la ville antique reconstituée en images de synthèse par Neng Xu, et dans la bande son quelques belles pensées de Marc-Aurèle qui nous invitent à le relire.  Si tout va bien, rendez-vous nous est donné dans deux ans pour un nouvel épisode de « La Grande histoire d’Aventicum ».

Les géants réels et virtuels de Mont’e Prama

Une des plus intéressantes nécropoles de la Sardaigne préhistorique est celle découverte à Mont’e Prama, dans la péninsule de Sinis au nord-ouest d’Oristano. Là, 33 tombes à fosse circulaire recouvertes d’une dalle y furent misent au jour entre 1974 et 1979. A l’intérieur, des adultes de sexe différent y étaient inhumés en position verticale sans mobilier funéraire. En surface, en relation avec ces sépultures, plus de 5000 fragments de grès provenant d’un groupement de statues ont été découverts et ont fait l’objet d’un long travail de restauration entre 2007 et 2011. L’ensemble final est constitué  d’une trentaine de statues masculines monumentales qui représente des pugilistes, archers et guerriers, que l’on surnomme les géants de Mont’e Prama, ainsi que de nombreux modèles réduits de nuraghes et des bétyles. Datées entre le VIIIe et le Xe siècle avant notre ère, la plus grande partie de ces statues fait actuellement l’objet d’une exposition “NOI SIAMO MONT’E PRAMA 1974-2014 !” au Musée archéologique national de Cagliari, alors que le reste, en particulier les dernières découvertes réalisée lors d’une reprise des fouilles en 2014, est exposé dans le petit musée de Cabras près d’Oristano, dans l’attente d’une extension du bâtiment, qui permettra de réunir en un même lieu la totalité de l’ensemble statuaire.
MontePrama
Du réel au virtuel

L’intérêt de cette exposition ne vient pas seulement des statues remontées telles quelles, mais également de la possibilité de les découvrir de manière virtuelle. Pour se faire, l’entreprise CRS4 Visual Computing a réalisé une couverture photographique intégrale de 27 statues montées sur leur support métallique, soit 3817 photographies. De plus toutes ces pièces ont été analysées avec un scanner 3D ayant produit 6200 scans. La combinaison des photographies et des scans a permis de produire des modèles virtuels de chacune des statues, ce qui permet aux visiteurs de les observer sous tous les angles et de découvrir des détails qu’ils ne peuvent voir que difficilement par eux-mêmes sur les pièces exposées. Grâce à la haute résolution des images de 16 points par mm, ainsi qu’à un ombrage des reliefs à l’aide d’un éclairage de synthèse, on peut mettre en évidence et en forme toutes les pièces exposées. Le résultat est vraiment fantastique et en définitive certains visiteurs, en particulier le jeune public,  peuvent être surpris à passer plus de temps à admirer les statues sous leur aspect virtuel plutôt que réel.

Les outils numériques au service du patrimoine

A la fin de la semaine dernière, dans l’enceinte du Centre archéologique européen de Bibracte, j’ai participé à l’atelier intitulé : « Les outils numériques au service de l’interprétation des sites et territoires patrimoniaux ». Organisé par le Réseau des Grands Sites de France dans le cadre du Pôle international francophone de formation et d’échanges des gestionnaires de sites patrimoniaux, l’objectif déclaré de cet atelier  était de permettre aux responsables de sites patrimoniaux de découvrir les nouveaux outils d’interprétation du patrimoine mis en place au Musée de Bibracte et dans le Morvan, de comprendre les coulisses du montage des projets numériques et d’échanger avec les acteurs de la chaîne opératoire et des autres responsables afin de mutualiser les expériences. Si l’on en juge par la participation, cette réunion fut un succès en rassemblant 80 participants parmi lesquels les représentants de 17 Grands Sites de France sur 41. En guise de présentation, nous pûmes  découvrir  que les dispositifs numériques mis en place au Musée de Bibracte apparaissent comme des moments forts de la visite. La maquette virtuelle en 3D permet en 12 minutes de résumer l’histoire de l’oppidum, de sa fondation à sa redécouverte archéologique après son abandon, et, le plan du monument appréhendé à l’aide d’une tablette numérique permet une visite virtuelle du site à travers divers filtres visuels et une quarantaine de points d’intérêts. Cette rencontre aura pour le moins permis à l’équipe de Vincent Guichard, directeur du Grand Site de Bibracte, de démontrer la qualité de leur accueil, et à la société On-Situ, basée à Chalon-sur-Saône, de mettre en valeur son savoir-faire à travers ses réalisations dans le cadre de la nouvelle exposition permanente du Musée de Bibracte et des Galeries numériques du Morvan.
Bibracte
Plan virtuel consulté sur tablette

Cependant, les échanges d’expériences au cours de cet atelier furent plutôt limités, puisque en dehors des contacts informels établis entre individus dans le cadre des pauses et des repas, il n’a pas été possible de connaître la nature des attentes des autres participants. Il semble pourtant que la plupart des personnes présentes n’étaient pas venues comme moi avec l’idée précise d’un projet à développer, mais juste pour s’informer sur l’usage des nouvelles technologies dans le cadre de la médiation culturelle. Des intervenants et de la table ronde finale, il ressort que ces dispositifs technologiques ne visent  pas à remplacer la médiation culturelle ou le guide de site, mais qu’ils doivent offrir une information utile et du sens, là où une présence humaine permanente n’est pas possible, comme dans le cadre du petit site archéologique de Compierre qui figure dans la liste des 17 ballades prévues dans l’application e-randos téléchargeable gratuitement. En outre, il faut savoir que ces dispositifs coutent parfois trop cher pour la plupart des associations. Seuls le soutien direct des pouvoirs publics et parfois l’investissement personnel des ingénieurs  chargés de les réaliser autorisent de mettre en place de tels projets. Il faut donc au préalable évaluer le retour sur investissement que l’on souhaite obtenir. Si l’on peut augmenter la fréquentation d’un site grâce à l’attrait que peut exercer les nouvelles technologies auprès des publics cibles, l’investissement en vaut sans doute la peine. Cependant, en plus des questions sur le prix de ces dispositifs, celles liées à leur maintenance, leur fragilité et leur obsolescence plus ou moins programmée doivent aussi être posées au préalable, comme le suggère l’exemple des dispositifs installés à l’Abbaye de Cluny. La mutualisation des coûts et le partage des expériences apparaissent de ce fait de bonnes pratiques à adopter pour éviter toute déconvenue future. Pour ceux que le sujet intéresse, une synthèse de l’atelier est prévue par les organisateurs sous la forme d’une publication électronique à paraître dans la série « Le fil des Grands Sites ».

Regard sur le passé et l’avenir du Castrum d’Eburodunum

Vendredi  11 octobre,  la Société de sauvegarde et de mise en valeur du Castrum d’Yverdon (ci-après Société du Castrum), a rendu un dernier hommage à son père fondateur et président d’honneur, Rodolphe Kasser, décédé mardi 8 octobre, à l’âge de 86 ans. Il a été titulaire de la chaire de copte de l’Université de Genève de 1976 à 1998 et président de l’Association Internationale d’Études Coptes de 1984 à1988. En 1964 il a mis sur pied pour l’Université de Genève, un chantier de fouilles archéologiques à la recherche des vestiges de monastères des premiers ermites chrétiens dans les déserts au nord-ouest de l’Égypte. C’est ainsi qu’il a dirigé sur le terrain, jusqu’à leur achèvement en 1990, les activités de ce chantier de fouilles au site copte des Kellia, amenant à la redécouverte de plus de 1500 cellules monacales paléo-chrétiennes étalées sur 8 km2. C’est en particulier cette activité qu’a rappelé l’ancien directeur du Laténium Michel Egloff, lors de la cérémonie funéraire à Yverdon-les-Bains. Mais c’est aussi dans le sol de sa ville natale que Rodolphe Kasser a conduit des fouilles avec l’aide d’une centaine de bénévoles du Groupe d’archéologie yverdonnoise (GrArYv) amenant à la découverte, entre autres, d’une statue celtique et d’une barque romaine parmi les mieux conservées en Suisse, à voir au Musée du d’Yverdon et région.

Statue celtique et Castrum romain
Statue, castrum et barques témoignent de Rodolphe Kasser (1927-2013)

La Société du Castrum est une association, fondée le 19 avril 1978, par un groupe de citoyens d’Yverdon précédemment sensibilisé par l’activité sur le terrain du GrArYv, qui y avait effectué dès 1974 des recherches dans le cimetière complétant les fouilles menées en 1906 par l‘archéologue cantonal Albert Naef. Forteresse et base navale-fluviale romaines construites dès 325 après J.-C. sur l’oppidum d’Eburodunum, comme en témoigne un pieu de fondation daté par la dendrochronologie, le Castrum est un grand quadrilatère irrégulier, entouré de murs de 2,50 m de largeur en moyenne à leur base et pourvu de quinze tours, qui renforcent son enceinte. Par sa taille, ce castrum est le troisième  en grandeur sur le territoire de la Suisse actuelle, après ceux de Genève et de Kaiseraugst. La Société du Castrum s’était donné pour but initial de reconstruire en pierre l’une des tours de 15 mètres de hauteur qui entourait la forteresse. Mais ce projet, compte tenu des contingences urbanistiques peu favorables à recréer en pleine ville des structures de cette nature, n’a plus aucune chance de se réaliser un jour. Aussi, c’est un nouveau projet que la Société du castrum est en train de mettre en œuvre, celle de la reconstruction virtuelle en 3D de l’ensemble du Castrum et son insertion dans l’espace réel en réalité augmentée. Cette réalisation sera un témoignage de la généreuse activité de Rudi pour mettre en valeur le passé de sa cité.

De l’archéologie virtuelle à la cyber-archéologie

Du mercredi 25 au samedi 28 septembre 2013, une soixantaine de personnes provenant aussi bien des domaines académique, publique ou privé se sont réunies au Centre culturel européen de Delphes en Grèce pour un atelier international intitulé « Virtual Archaeology, Museums & Cultural Tourism » (VAMCT 2013). Cette réunion organisée par l’Université de l’Egée, présidée par  Ioannis Liritzis et placée sous les auspices du ministère hellénique de la culture et des sports, visait à faire le point sur les nouvelles tendances dans le domaine des technologies numériques en relation avec les musées et le patrimoine culturel. Les quarante interventions grâce à leur origine interdisciplinaire ont permis de couvrir l’essentiel des questions concernant les relations entre les musées, les sites archéologiques, les objets, les technologies numériques et l’Internet et  y ont apporté des  réponses  stimulantes, permettant de se représenter ce que pourrait être l’archéologie virtuelle de demain. La richesse des exposés  présentés  par les divers intervenants  semble être de bon augure pour le grand congrès international Digital Heritage organisé à Marseille du 28 octobre au 1 novembre 2013, où plusieurs participants à l’atelier VAMCT 2013 seront aussi présents.

VAMCT2013
VAMCT 2013 à l’heure des conclusions

Une approche pleine d’avenir est celle de la visite en temps et en lieu réels de sites archéologiques tels qu’ils se présentaient autrefois.  Par le moyen de téléphones intelligents ou de tablettes numériques, les visiteurs sont invités à visualiser en 3D des monuments virtuellement reconstruits ouvrant une fenêtre sur le passé, comme c’est le cas déjà sur le Forum romain à Rome, ou comme sont en train de le mettre en œuvre les partenaires de l’application e-Chronomichani , présentée comme une e-time machine ou e-machine à voyager dans le temps sur l’Agora romaine d’Athènes par la société Diadrasis. Selon Maurizio Forte, un des instigateurs reconnu du concept, l’Archéologie virtuelle  de demain pourrait s’appeler la Cyber-archéologie comme l’indique le titre de son exposé : « From Virtual Archaeology to Cyber-Archaeology : Avatarizing the Past ». A partir des reconstructions en 3D, qui sont à la base des visites  virtuelles, on devrait parvenir à développer de vrais Cyber mondes, à la fois immersifs et interactifs. Grâce aux technologies numériques, ce ne sont pas seulement les constructions qui pourront être recrées mais également les relations entre les individus, les objets et les lieux qui seront  simulées, comme nous le suggère des réalisations comme celle de la visite de la villa de Livie à Prima Porta ou comme l’usage du storytelling dans le projet CHESS présenté par Maria Roussou. Avec de nouveaux dispositifs de vision, comme les lunettes Google ou Oculus permettant une meilleure fusion entre reconstructions 3D et visites virtuelles,  nous pouvons avoir l’espoir de nous transformer bientôt en d’actifs participants et explorateurs de lieux disparus à l’instar d’avatars du présent immergés dans un passé retrouvé.

Des journées d’archéologie, en rêve

Hier l’Institut National de Recherche en Archéologie Préventive (Inrap) et le ministère français de la Culture et de la Communication ont publié le bilan des 4e Journées nationales de l’Archéologie (JNA) organisées les 7, 8 et 9 juin 2013. Selon les organisateurs, la manifestation a rencontré un succès,  car plus de 120’000 visiteurs dans plus de 559 lieux en France métropolitaine et dans les départements d’outre-mer ont participé à ce rendez-vous qui proposait plus de 1150 manifestations dans plus de 440 communes, soit une augmentation de la fréquentation de 31% par rapport à 2012. Pour ma part à l’occasion de ces journées je me suis rendu sur le site archéologique de Mandeure près de Montbéliard, pour  expérimenter  « in situ » l’application «Cicerone Mandeure» qui permet une visite en réalité augmentée sur tablette numérique ou téléphone intelligent  du théâtre gallo-romain de l’antique Epomanduodurum. Il y avait également en action la reconstitution d’un four de potier romain mis en œuvre par  Pierre Mougin, archéologue de collectivité du syndicat intercommunal de Mandeure et Mathay, la présentation par  Pierre Tison d’une maquette du pont romain de Brognard  sur l’Allan, ainsi que la démonstration d’un «odomètre», appareil mécanique antique permettant de mesurer les distances, réalisé par la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Lure (SHAARL) en collaboration avec l’Institut des sciences et techniques de l’Antiquité (ISTA) de l’université de Franche-Comté.
Cicerone Mandeure
L’application « Cicerone Mandeure » en action

Hier également, à l’invitation de l’association Archaeo Tourism 2012,  je me suis rendu dans le bâtiment  Anthropole de l’UNIL à  Lausanne pour assister à une Table ronde intitulée « Archéologie et événementiel ». Cette première rencontre suisse consacrée à la problématique de l’événementiel au service de l’archéologie a réuni une petite dizaine de personnes.  Devant elles, Pascal Ratier, coordinateur des Journées de l’archéologie en France, a  présenté les tenants et les aboutissants d’une telle manifestation ainsi qu’en primeur le bilan ci-dessus des JNA 2013. En fonction de leurs expériences dans le domaine de la médiation culturelle, de l’organisation de festival ou de la direction de musée, les participants ont dû évaluer  le pour et le contre de l’organisation d’un tel événement en Suisse. Du côté du pour, on peut évoquer  le besoin de reconnaissance officielle de l’archéologie et celle de la volonté des archéologues à transmettre leur savoir auprès de divers publics. Du côté du contre, l’existence établie d’autres manifestations semblables  comme les Journées européennes du patrimoine ou la Nuit des musées, et bien sûr la structure fédérale du pays qui nécessiterait au préalable une coordination entre les archéologies cantonales ou la prise en charge par une organisation faîtière comme Archéologie Suisse. En définitive, pour ceux qui voudraient organiser de telles journées en Suisse, la solution la plus simple serait sans doute de se joindre à la structure mise en place par la France, comme j’osais déjà le rêver il y a deux ans dans ce blog. Après tout, ce ne serait pas la première fois que la France initierait un événement culturel reprit ailleurs par la suite.

La Saga de Paris en 3D

Après nous avoir fait découvrir l’hypothèse de Jean-Pierre Houdin sur la construction de la Grande Pyramide, puis nous avoir entrainé dans une reconstitution de la villa de Livie à Prima Porta au bord de la via Flaminia, la technologie 3DVia de Dassault Système va nous permettre d’entrevoir à notre aise les principaux  monuments de Paris  à travers le temps en 3D interactive. Le lancement officiel de cette nouvelle animation doit avoir lieu ce soir à 21h sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. C’est à  une expérience interactive inédite comme le montre le teaser de l’évènement que sont conviés les Parisiens et les hôtes de la capitale la plus visitée au monde, par plus de 20 millions de touristes par année. Neuf écrans géants seront mis en œuvre pour présenter des extraits des vues réalisées pour faire ce programme.

Visite libre du Forum romain de Lutèce

On peut d’ores et déjà parcourir en visite guidée ou en navigation libre (avec la souris et/ou le clavier) divers monuments comme l’oppidum de l’époque gauloise de -52 av.J-C. au moment de la conquête de la Gaule par Jules César  ou les Arènes, les Thermes et le Forum de la Lutèce gallo-romaine vers 210 après J.-C. D’autres monuments sont en préparation comme le Louvre sous Charles V , Henri IV et  Napoleon 1er ou La Bastille lors de la révolution française. En plus de la navigation sur Internet, une application pour  i-Pad, un livre en réalité augmentée  édité aux Editions Flammarion et une série documentaire sur 3 DVDs édités par Studio Canal permettront dès le 3 octobre de prolonger l’expérience.

Pour un Musée archéologique des Univers numériques

La dernière exposition de la Maison d’Ailleurs intitulée Play Time s’intéresse à la relation qu’entretient la société avec le monde du jeu vidéo. La présentation du thème s’articule autour de cinq sections, dont une section historique intitulée : Archaeology of Fun. Cette partie de l’exposition qui s’intéresse aux jeux auxquels on jouait avant l’arrivée des jeux vidéo, montre bien qu’il n’y a, dans le fond, pas de grand changement dans la tête du joueur.  Ce dernier peut tout aussi bien être captivé et s’immerger dans des jeux traditionnels ou des jeux de rôles que devant un écran. L’usage des dés permet de produire de l’aléatoire dans le déroulement du jeu et la réflexion ainsi que la prise de décision sont au cœur du jeu d’échec. De plus une paire de dés ou un jeu de cartes, offraient déjà la possibilité d’avoir avec soi un jeu à emporter partout, comme de nos jours un téléphone portable.

Le jeu des Rois ou le roi des jeux

Dans les mondes numériques l’archéologie trouve souvent sa place, soit de manière directe comme dans la série des Tomb Raider, soit sous la forme de monuments ou de ruines archéologiques aperçues aux cours du déroulement du jeu, comme dans certains parcours routiers de Need for Speed. Le joueur progressant dans ces univers enregistre des souvenirs de lieux et de places qui lui deviennent aussi familiers que les espaces de sa réalité quotidienne. Qu’advient-il de ces espaces une fois que la prise est débranchée, ou que la technologie qui les faits exister devient obsolète ? Y-a-t-il une manière de les revoir ou de les conserver ? Devra-t-on un jour penser à classer au patrimoine mondial de l’Unesco certains espaces numériques ? La question est posée. Peut être que pour y répondre on inaugurera un jour le Musée archéologique des Univers vidéoludiques, comme le suggère, dans un des textes du catalogue, José Luis de Vicente, commissaire invité de l’exposition.

Visite virtuelle en Irak

La Mésopotamie, vaste plaine  arrosée par le Tigre et l’Euphrate à l’origine de l’histoire est, archéologiquement parlant, riche de son passé.  Le Pergamon Museum à Berlin, le Louvre à Paris et le British Museum à Londres, peuvent en témoigner. La partie essentielle de cet ensemble culturel se situe sur le territoire de l’Irak. Compte tenu de la situation actuelle dans ce pays, et malgré la réouverture du Musée National en 2009, il est difficile dans le monde réel, pour ne pas dire dangereux,  de visiter les collections archéologiques  irakiennes dans le pays même.  Pour palier à cet obstacle il suffit d’allumer son ordinateur et de se connecter sur Internet pour  accéder à une autre richesse, celle des visites numériques.

Hall d’entrée du musée virtuel

Le Musée National d’Irak, a défaut d’une visite réelle, propose à ses visiteurs potentiels une visite virtuelle de ses salles à l’aide de l’application Google Street View. Mais, s’il est facile de se faire une idée de l’architecture et de la disposition des lieux, en revanche, par ce biais, il est malaisé de voir en détail les objets exposés et impossible de pouvoir s’informer sur eux. Pour atténuer cette déception, dix-sept objets sont présentés en « 3D »,  c’est-à-dire exposés en vision panoramique à 360°. Il s’agit cependant d’objets sans grand intérêt, et, de plus, dépourvus d’une description détaillée. En définitive, ce site internet n’est qu’un site alibi, qui témoigne juste de son existence, malgré les vicissitudes subies ces dernières années. Une équipe italienne, sensibilisée par le drame qu’à connu ce musée a mis en œuvre diverses compétences et ressources  pour  compléter  cette vue d’ensemble virtuelle.  Le projet, soutenu par le Ministère italien des affaires étrangères  en partenariat  avec le Conseil italien de la recherche scientifique, à donner naissance au site : « The Virtual Museum of Irak ». La page d’accueil du site est faite en trois langues, anglais, arabe et italien. A partir de là, un petit film présente par l’image l’histoire du musée, avant d’aboutir dans le hall d’entrée qui permet d’accéder aux huit sections de l’institution. Dans chacune des sections, un choix d’objets caractéristiques des différentes périodes à été effectué, et apporte infiniment plus d’informations et de détail sur ces artefacts que le site officiel du musée. Dommage cependant que les images de ces objets, présentés dans le mode exploration, ne soient pas mieux réalisées. En définitive, l’idéal pour un tel Musée virtuel, aurait été d’associer les contenus virtuels de ces deux sites.

Archéovision modélise le passé

« Le colloque Virtual Retrospect 2011 est reporté. Des informations seront données ultérieurement ». C’est par ce message sibyllin sur le site Internet du CNRS que l’on apprend que le colloque biennal organisé par Archéovision, la plateforme technologique 3D de l’Université de Bordeaux 3, qui aurait dû se tenir les 16, 17 et 18 novembre 2011 à l’Archéopôle de Pessac a été renvoyé sine die. En espérant que cette annonce ne cache pas une mauvaise nouvelle, elle me permet de mettre en lumière le travail de l’équipe que dirige Robert Vergnieux, qui collabore actuellement à plus de 100 projets de modélisation 3D. La modélisation, envisagée de manière scientifique en intégrant toutes les données à dispositions permet de recréer, dans un environnement virtuel en 3D, des points de vue que l’on ne peut plus voir, et que l’on a du mal à imaginer autrement.
Archeovision en public
Modélisation devant public du Cirque Maxime

Archéovision regroupe une dizaine de postes de travail, dans le but de disposer d’un panel complet d’intégration des données 3D dans le cadre de recherches en archéologie. Installé dans un bâtiment à côté du centre Ausonius, la plateforme technologique 3D dispose comme outils de travail de scanners pour l’acquisition et la modélisation des volumes, de huit postes informatiques et de logiciels pour la manipulation et la visualisation dynamique des espaces. L’équipe d’Archéovision a créé, entre autres, la représentation virtuelle du Cirque Maxime dans le cadre du projet, Rome Reborn. Grâce à cette modélisation quelques doutes sont apparus quant à la capacité d’accueil de cet hippodrome. Selon les publications faites avant cette restitution, on peut lire que le Circus Maximus pouvait accueillir jusqu’à 250’000 personnes. Or ce que montre le modèle 3D c’est une capacité maximale de 95’000 spectateurs. Ainsi, comme le souligne Robert Vergnieux, la modélisation permet de valider des hypothèses. Aujourd’hui, mon blog Archéo Facts a cinq ans. C’est dans une démarche semblable à celle d’Archéovision que je souhaite poursuivre, avec mon entreprise Archéo Facts, ma présence dans le domaine de l’archéologie.