Category Archives: Expérimentation

Solstice à Stonehenge

La semaine dernière je me trouvais à Stonehenge pour assister à un moment particulier du calendrier solaire, à savoir le solstice d’été, qui correspond au plus long jour de l’année dans l’hémisphère nord. Je n’étais bien sûr pas le seul en ce lieu, puisque pas moins de 13’000 personnes avaient également fait le déplacement. Assister à un tel événement m’a permis de constater à quel point certains sites archéologiques peuvent susciter de l’intérêt, en dehors de la communauté archéologique. En premier les adeptes de différents courants spirituels, comme les tenants de la Wicca, du druidisme et autres paganismes. Mais les représentants de ces différentes communautés n’étaient de loin pas les plus nombreux dans le site, car c’est plutôt en famille ou entre amis, que jeunes et plus vieux sont venus se rassembler pour assister au coucher puis au lever du soleil, en passant la nuit à la belle étoile. Comme les tentes, sacs de couchage et autre matériel de camping sont bannis sur place, c’est enveloppé dans une couverture à même le sol sur le vert gazon autour du monument que mon épouse et moi-même avons passé cette courte nuit. Heureusement il faisait beau et chaud, même en Angleterre. Couché vers 21h30, le soleil était de retour vers 5h, précédé d’abord par la planète Vénus puis par un dernier croissant de Lune qui ajoutaient deux magnifiques touches de lumière astrale dès que parut la fille du matin, l’aube aux doigts roses.
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Lever du soleil sur Stonehenge, le 21 juin 2017

Le lendemain, en visitant le Salisbury & South Wiltshire Museum, je suis allé à la rencontre d’un autre voyageur, qui il y a environ 4’400 ans, a quitté les Alpes pour se rendre jusqu’à Stonehenge. Les raisons de son déplacement ne sont pas établies avec certitude, mais la richesse des objets qui l’accompagnaient laisse supposer, avec une bonne part de vraisemblance, qu’il était porteur d’un savoir lié aux débuts de la métallurgie européenne, car en plus des plus anciens objets en cuivre (3 lames de poignard) et en or (2 ornements pour les cheveux) trouvés en Grande-Bretagne, sa tombe contenait une pierre de touche pour le travail des métaux. Les cinq gobelets, les 16 pointes de flèches ainsi que les 2 brassards d’archer ensevelis avec ce personnage, surnommé l’Archer d’Amesbury ou parfois aussi Roi de Stonehenge, permettent sans nul doute de le ranger parmi les porteurs de la culture campaniforme. Située à environ 5 kilomètres de Stonehenge, cette découverte faite en 2002, ainsi que d’autres sépultures du même type réalisées dans les environs, semblent témoigner de l’influence culturelle du Campaniforme précédent la dernière phase de la construction de Stonehenge. A cette époque, lorsqu’on se plaçait à l’intérieur du cercle de mégalithes de Stonehenge le jour du solstice d’été, on devait voir se lever le Soleil en direction du nord-est juste au-dessus d’une pierre dressée, the Heel Stone (ou Pierre talon), à l’extérieur du cercle mégalithique. Ce n’est plus tout à fait le cas de nos jours en raison du déplacement de l’axe de la Terre, responsable de la précession des équinoxes, qui modifie avec le temps l’obliquité de l’écliptique par rapport au plan de l’équateur terrestre selon un cycle de 41’000 ans environ, qui fait apparaître le soleil légèrement plus à gauche de la Pierre talon.  Mais selon de récentes hypothèses, de nombreux archéologues sont d’avis de croire que les mégalithes de Stonehenge étaient disposés pour célébrer le coucher du soleil au solstice d’hiver et non son lever au solstice d’été. Avouons cependant que pour les profanes observateurs du soleil, il est plus agréable d’assister au second phénomène qu’au premier.

De la conservation des boîtes de conserve

L’Antarctique est encore un continent à découvrir. Pendant ces dernières semaines, le journaliste de la RTS Bastien Confino était à bord du navire scientifique Akademik Treshnikov pour rendre compte de la mission “Antarctic Circumnavigation Expedition” (ACE), la première mission organisée sous l’égide du Swiss polar institute. Cette expédition consistait à faire le tour de l’Antarctique en bateau pour réaliser de nombreuses expériences scientifiques. Dans ce reportage, un des interlocuteurs du journaliste relevait qu’il faut plus de temps pour rallier une base antarctique en bateau qu’il n’en faut à des astronautes pour rejoindre la Lune. Hier soir, j’assistais à la conférence de Lizzie Meek, chef de programme pour le Antarctic Heritage Trust de Nouvelle-Zélande, dont la tâche principale consiste à veiller à la conservation des huttes des premiers explorateurs de l’Antartique, à savoir : Scott, Shackleton, Borchgrevink et Hillary. Depuis plus d’une dizaine d’année la Nouvelle-Zélande a entrepris un véritable programme de conservation du matériel et des bâtiments abandonnés en Antartique dans la baie de Ross par les premières expéditions de ce dernier continent découvert par l’humanité. De fait, en association avec ces quatre camps de base, c’est une collection de plus de 20’000 objets qu’il faut traiter et conserver. En comparaison, sur la Lune, les astronautes de la mission Apollo 11 n’ont laissé qu’une centaine d’objets.

CANS
Le CANS en conserve

Parmi les objets abandonnés en Antarctique se trouvent des boîtes de conserve. Breveté au début du 19ème siècle, les boîtes représentent une importante innovation technologique et l’un des symboles de la société de consommation. Elles sont présentes dans de nombreuses collections de musées. Cependant, leur conservation est problématique, car de graves phénomènes de corrosion peuvent se produire sur elles, soit en relation avec leur environnement, soit en fonction des propriétés basiques ou acides de la matière organique qu’elles contiennent. La problématique de la conservation des conserves alimentaires présentes dans les collections muséales était le sujet d’un atelier qui s’est tenu aujourd’hui à Neuchâtel par les chercheurs du projet “Conservation of cAns in collectioNS” (CANS). Ce projet de recherche est inscrit sous la responsabilité de Régis Bertholon, directeur de la Haute Ecole Arc Conservation-restauration qui supervise le travail de Laura Brambilla, une docteure en chimie, qui s’occupe de la partie opérationnelle de cette recherche, financée par le Fonds national suisse. Avec l’aide de différents partenaires, un état de conservation de quelque 150 boîtes provenant de cinq collections helvétiques, dont l’Alimentarium à Vevey, ou le musée Burghalde à Lenzburg, a été dressé. Il apparaît ainsi que les conserves métalliques qui ont été fabriquées avant les années 1960 sont plus résistantes que les plus récentes. Par exemple, la première boîte de petits pois sortie de l’usine de l’entreprise Hero, en 1886, a encore son contenu et se trouve dans un excellent état de conservation. Dans le processus de fabrication des boîtes récentes, la couche d’acier, et surtout la couche d’étain, s’est amincie, ce qui les rend moins chère à produire, mais ce qui diminue leur potentiel de conservation. Cela aurait été bien de penser à cela avant de constituer des réserves dans nos abris anti-atomiques.

La femme un Homo sapiens comme un autre

Existe-t-il une différence de perception de l’environnement spatial entre homme et femme ? C’est à cette question que la conférence d’Ariane Burke, professeure titulaire en archéozoologie à l’Université de Montréal, donnée dans le cadre de l’association ArchéoNE donnait mercredi dernier des éléments de réponse sous le titre « Frayer son chemin dans le monde. Le rôle du sexe, de la cognition et de la perception visuelle dans les dispersions paléolithiques ». Des différences moléculaires et physiques sont indéniables entre les sexes. Depuis 1959 on sait que sur les 46 chromosomes contenus dans nos cellules, deux sont propres au sexe, les célèbres chromosomes X et Y, et physiquement les différences anatomiques sont indéniables. Mais qu’en est-il du cerveau ? Selon certaines hypothèses, il existerait une différence entre homme et femme remontant au Paléolithique, époque où les seuls modes de subsistance de l’humanité étaient la chasse et la cueillette. En réponse à ces hypothèses qu’est-ce que l’archéologie peut montrer?
orientation
Les femmes savent suivre une direction (Image : Cap Fémina)

La chasse, ou du moins le dépeçage de carcasse avec l’aide d’un outil lithique est démontré chez nos ancêtres depuis au moins deux millions d’années. A côté de cela ils se livraient certainement à la cueillette, sans que cela puisse être démontré vu l’absence de traces matérielles due à la nature des vestiges. Des moulages endocrâniens ou endocastes d’hominidés fossiles montrent comment l’évolution du cerveau s’est développées dans l’arbre phylogénétique de l’espèce humaine. Ainsi, selon des chercheurs, au vu de la forme et de l’irrigation de leur encéphale, les Néanderthaliens n’auraient pas eu les mêmes capacités exploratrices que les Cro-Magnon ou l’homme actuel, ce qui aurait limité leur dispersion et permis à Homo sapiens sapiens de s’imposer afin de conquérir le globe. Au court de cette longue période de temps des différences d’aptitudes cognitives innées auraient été obtenues par chacun des deux sexes, avec en filigrane l’idée que les hommes se consacraient à la chasse et les femmes à la cueillette. Partant de là, les hommes seraient plus aptes à lire une carte et les femmes à retrouver le beurre dans le réfrigérateur. Les plus récentes études IRM (imagerie cérébrale par résonance magnétique) démontrent cependant qu’il n’y a rien qui puisse distinguer l’activité cérébrale d’un homme de celle d’une femme et valider cette hypothèse. Pour preuve, il apparait que si l’on retire la différence physique qui permet aux hommes de parcourir plus vite les distances, les femmes entrainées à la course d’orientation ont des capacités aussi bonnes que les hommes à s’orienter sur des terrains inconnus. En conclusion, s’il y a une différence entre les sexes elle est due à des différences socioculturelles, qui font que les apprentissages et les activités des filles sont différents de ceux des garçons. C’est l’expérience vécue par les unes et par les autres qui influence le fonctionnement cérébral et détermine des aptitudes cognitives différentes entre les individus et non pas leur sexe. En d’autres termes, l’acquis est nettement plus important que l’inné.

Vicques – Vicus – Vici !

Le village de Vicques, près de Delémont, dans le canton du Jura, possède un nom dont la toponymie suggère immédiatement un passé romain de Vicus. De fait, dès le XIX siècle, on a découvert l’existence d’une villa gallo-romaine. Des fouilles importantes, entreprises entre 1935 et 1938 par André Rais et Alban Gerster, mirent en évidence une grande propriété s’étendant sur au moins cinq hectares comprenant une pars urbana avec thermes, jardin, salles à hypocaustes et une pars rustica pourvue de nombreux ateliers. Une monographie consacrée à ces fouilles fut publiée en 1982. Depuis quelques années un groupe de revalorisation de la villa gallo-romaine de Vicques s’est constitué, essentiellement formé de bénévoles du village et de la région qui s’activent pour faire reconnaître ce patrimoine sur les lieux mêmes où il se trouve. Dans ce but un pavillon d’information vient d’y être construit, qui abrite des objets (ou leurs copies) trouvés dans la villa, des informations pédagogiques, ainsi qu’une maquette de la pars urbana. C’est par une fête romaine, organisée entre aujourd’hui et demain, que l’inauguration officielle de cet espace se fait. Pour l’occasion, tous les panneaux d’entrées du village ont été modifiés pour faire apparaître le nom de Vicus en lieu et place de Vicques.

Restitution virtuelle en 3D de la Villa de Vicques

Cette fête romaine à « Vicus » est la première du genre dans le canton du Jura. Pour animer ces journées, la population de Vicques a fait appel à quelques groupes organisés et à des artisans. Ainsi en parcourant les stands peut-on apprendre comment se faisait les peintures murales et les mosaïques (Olim), de quelle manière les souliers à clous des légionnaires s’usaient (Gentle-Craft), appréhender les différentes formes de poteries gallo-romaine restituées par Mayou Nia la potière du village, quelle force doit on exercer pour frapper une monnaie (Ciel et Terre), la technique de la fabrication des cordes, ou se faire une idée de l’équipement du légionnaire en campagne (Genva). Une partie de ces artisans et animateurs en archéologie font partie de l’association AnimArc, toujours prête à s’entendre avec les organisateurs de manifestations pour étoffer leur programme. Enfin, dans un proche avenir, à l’occasion de la prochaine réouverture du Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont, il sera possible à tout un chacun, depuis chez soi, à l’aide d’un ordinateur, de faire une visite virtuelle en 3D de la villa gallo-romaine de Vicques et à travers son avatar de s’écrier : Veni, Vidi, Vici !, comme autrefois le fit un célèbre romain.

10 ans, ça se fête ou se commémore!

10 ans, ça se fête ou se commémore!

Il y a des événements qui frappent tant l’imagination que des années plus tard on peut dire exactement ce que l’on faisait ce jour là. Il y a dix ans, mardi 11 septembre 2001, au moment des attentats, je me trouvais à Genève pour une soutenance de thèse sur le Campaniforme, celle de Marie Besse, actuelle professeure de la chaire de préhistoire au Département d’anthropologie de l’Université de Genève. Les Etats-Unis commémorent aujourd’hui le dixième anniversaire des attentats. Au Japon aussi, on se souvient du tremblement de terre et du tsunami qui ont eu lieu il y a six mois dans la région de Fukushima. A Hauterive, près de Neuchâtel, c’est à une autre manifestation, moins dramatique, à laquelle la population a été conviée et auquel j’ai participé, celle des «10 ans, ça se fête» du Laténium, avec un slogan digne des meilleures campagnes de marketing: «Une fête attendue depuis 50’000 ans!». Cependant, la coïncidence des événements n’est dû qu’à un hasard du calendrier, car en fait, la cérémonie d’inauguration du musée eu lieu le vendredi 7 septembre 2001, et la première ouverture au public le 8 septembre, donc quelques jours avant le fatidique 11 septembre. Cette ouverture concrétisait le rêve fait 22 ans auparavant par Michel Egloff, de construire dans le canton de Neuchâtel un musée archéologique digne de son passé.

Les maisons néolithiques de Champréveyres
Trois maisons néolithiques en cadeaux d’anniversaire

A l’époque plus de 20’000 personnes avaient profité des journées portes-ouvertes pour visiter durant le week-end la nouvelle institution muséale. Aujourd’hui, pour cet anniversaire, une foule importante était également présente. Une riche palette d’activités était au programme de l’institution, à la fois à l’intérieur du Musée, mais surtout dans le Parc d’archéologie, avec entre autres des démonstrations de tissage néolithique, de taille du silex, de datation dendrochronologique et de fonte du Bronze. Des sangliers à la broche étaient au menu du jour de la cantine, accompagné de musique et de danse celtique, comme lors des banquets d’un fameux village d’irréductibles Gaulois. Enfin chacun pu admirer les reconstitutions de trois des six maisons de la première phase de construction du village néolithique d’Hauterive-Champréveyres de la civilisation de Cortaillod. Lors de l’inauguration du Laténium il y a dix ans, René Felber, en tant que président de la Fondation La Tène avait dit ces paroles : «Quel que soit l’endroit où nous vivons, il y a toujours eu quelqu’un avant nous». Cela est vrai à Hauterive Champréveyres, où avant le Laténium des chasseurs du Paléolithique, et des agriculteurs lacustres s’étaient autrefois établis. Cela est vrai également à New-York, où à Ground Zero, dans le chantier de construction du parking du futur World Trade Center et du Musée-Mémorial du 11 septembre, les archéologues ont mis au jour l’épave d’une embarcation du 18ème siècle, dans un lieu qui devait être à l’époque un ancien ancrage de l’Hudson. Une découverte qui n’aurait sans doute jamais pu avoir lieu, sans la destruction des tours jumelles il y a dix ans.

Solstice d’été à Tivoli

Par la présence boréale du soleil au plus loin de l’écliptique, ce jour sera le plus long de l’année dans l’hémisphère nord. Le moment précis, au cours duquel le soleil arrête son ascension dans le ciel est celui du solstice d’été qui aura lieu ce soir à 19h16. On sait depuis longtemps, grâce aux recherches archéoastronomiques, que certains monuments préhistoriques ou antiques sont directement édifiés en fonction d’orientations privilégiées comme celles données par les solstices ou les équinoxes. A Stonehenge, des foules se réunissent chaque année, pour assister au solstice d’été, de même qu’aux équinoxes, au pied d’El Castillo, la grande pyramide dédiée à Kukulcán du site de Chichén Itzá au Mexique. Ce lien entre archéologie et astronomie est présent dans d’autres lieux et sur d’autres monuments. A Rome, on sait que l’Horologium d’Auguste, la Domus Aurea et le Panthéon, possèdent un lien direct avec la position du soleil et les éléments de base du calendrier que sont les solstices, qui marquent le début de l’été ou de l’hiver.

Jeu de lumière solsticiale à la Villa Adriana (photo: M. De Franceschini)

Deux bâtiments de la Villa Adriana, près de Tivoli, à 30 km de Rome à l’instar des monuments romains précités, auraient pu être orientés pour correspondre à la position du soleil lors des solstices. C’est en tout cas ce que l’on peut en conclure des observations réalisées ces dernières années par l’archéologue Marina De Franceschini et l’astronome Giuseppe Veneziano, qui avant de publier un ouvrage plus complet sur la question, ont d’ores et déjà produit un petit fascicule en italien et anglais (à télécharger sur le site) pour rendre compte de leurs premières observations. Dans le premier bâtiment, la Roccabruna, la lumière du soleil pénètre par une fente aménagée dans le mur au dessus d’une porte et vient illuminer une niche où se trouvait une statue de l’autre côté de la grande salle (voir photo ci-dessus). Dans le second bâtiment, le temple de l’Académie, la lumière du soleil passe à travers une série de portes pendant les solstices. Ces deux bâtiments sont reliés entre eux par une vaste esplanade qui se transforme par ces jeux de lumière solaire en une véritable voie sacrée associée aux solstices. Il est possible que d’autres bâtiments de la résidence de l’empereur Hadrien, parmi la trentaine que compte ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, possèdent également un lien avec la course du soleil. Je ne sais pas s’il y aura foule pour assister au solstice à Tivoli, mais il y aura au moins une personne qui y sera très attentive avec son appareil photo. Aujourd’hui, la journée devrait être bien ensoleillée sur Rome, malgré la présence de quelques nuages. Souhaitons à Marina De Franceschini de belles prises.

La fabuleuse découverte de Brazul

Le dernier numéro de la revue AS d’Archéologie suisse nous apprend qu’au cœur de l’Amazonie, à la frontière entre le Venezuela et le Pérou, une expédition d’archéologues lausannois a découvert en 2008 les vestiges d’une civilisation précolombienne disparue. En 2009, une campagne de fouille, menée en accord avec le Departamento del patrimonio arqueológico du Venezuela, permis de mettre au jour une quantité incroyable de tessons de céramique d’une qualité et d’une facture tout à fait exceptionnelle dans les couches inférieures, alors que les niveaux supérieurs livraient une production mal cuite et plus sommaire. Des datations radiocarbones de l’ensemble des couches permettent de dater le niveau le plus ancien du 2ème siècle avant J.-C., alors que la dernière couche date du 7ème siècle après J.-C.

Expédition à Brazul
Les membres de l’expédition de 2008.

L’emplacement de cette découverte, dénommé « Brazul », selon un mot emprunté à la langue locale, devient ainsi le site éponyme d’une nouvelle grande culture précolombienne, la civilisation brazulienne. Pendant le Brazulien ancien (2ème siècle av. J-C – 5ème siècle apr. J.-C), on voit se développer une culture dans laquelle la poterie semble progressivement prendre la place prépondérante, tant et si bien qu’au Brazulien moyen (6ème apr. J.-C), la production et la consommation deviennent hors de proportion avec les ressources locales. La forêt alentours a été surexploitée, tant et plus qu’en son absence, au Brazulien récent (7ème siècle apr. J.-C.) la poterie connait un rapide déclin, tant en quantité, qu’en qualité, avant de disparaître complètement, dans des circonstances tragiques et sanglantes. Une exposition «Brazul» présente, jusqu’au 1er mai 2011 au Musée romain de Lausanne-Vidy , un film de l’expédition ainsi que de nombreuses pièces de céramique brazulienne, qui permettent de mesurer l’ampleur de cette fabuleuse découverte.

Archéologue, le temps d’une journée

Cet été à Avenches, tout le monde pourra avoir le plaisir de remettre au jour, le temps d’une journée,  des vestiges enfouis vieux de deux millénaires. Et pour cela pas besoin d’être archéologue. Il suffit juste d’avoir au moins 12 ans et de penser à s’inscrire par téléphone ou par courriel à l’une des dix places de fouilles prévues chaque jour, entre le 19 juillet et le 20 août. Il en coutera cependant 25 francs par participant entre 12 et 16 ans, et 40 francs par adulte. Le  chantier de fouille qui occupe une surface de 12 x 30 m, est établi sur une partie non encore dégagée du palais de Derrière-la-Tour, une grande demeure romaine qui connut son apogée au 2ème siècle de notre ère, et qui fait l’objet jusqu’au 3 octobre 2010 d’une exposition temporaire dans le musée du même lieu, sous le titre « Palais en puzzle ».

Fouiller à Avenches

L’archéologie dans la peau !

L’initiative prise par le Musée romain d’Avenches, par l’entremise de sa nouvelle directrice, Sophie Delbarre-Bärtschi, et du responsable des fouilles, Pierre Blanc, est intéressante, car elle permet aux nombreux passionnés d’archéologie de mettre la main à la truelle, une occasion trop rare dans notre pays. Car s’il existe pour l’astronomie des clubs d’amateurs qui peuvent s’investir dans de véritables travaux de recherche aux côtés des professionnels, presque rien n’est fait en archéologie pour intégrer au mieux les bonnes volontés des amateurs qui voudraient connaître le plaisir des fouilles ou l’étude des objets. La seule personne qui en son temps avait fait ce genre de pari, l’ancienne archéologue cantonale du canton de Fribourg Hanni Schwab, avait recueilli de ses collègues de nombreuses critiques. Pourtant, cela lui a permis de mener à bien de grandes fouilles d’été, comme celles de Portalban, de Montilier et de Gletterens, entre autres, et ses bénévoles recevaient, en plus, des repas, midi et soir, ainsi qu’une petite indemnité journalière. Aujourd’hui, autre temps, autre mœurs, il faut payer et amener son pique-nique, pour une petite journée d’initiation, soit en définitive une opération qui apparaît surtout financière.

Le buste de Néfertiti, Jugendstil ?

Le buste de Néfertiti, exposé actuellement sur l’Île des Musées à Berlin, est sans conteste l’une des principales icônes de l’Ancienne Egypte. Une analyse au scanner, menée en 1992, avait confirmé que sous le visage de plâtre peint se trouvait une âme en calcaire. Une nouvelle étude par tomographie 3D, réalisée en 2007 par l’Imaging Science Institute de l’Hôpital de la Charité à Berlin, et publiée dans le numéro d’avril de la revue Radiology, révèle plus qu’une simple ébauche, un autre visage de l’épouse d’Akhenaton. Le visage de pierre montre un nez moins fin, des pommettes moins saillantes, et des ridules à la commissure des lèvres. Ce serait ainsi le vrai visage de Néfertiti, tel que le sculpteur Thoutmose eu l’occasion de l’observer et de le sculpter dans la pierre.

Nefertiti in Radiology
Extrait de la couverture du mois d’avril de Radiology

Le célèbre buste polychrome, que tout le monde connaît, montre ainsi, plus qu’un lifting, une autre esthétique. C’est du moins ce que l’on doit en conclure à la lecture du dernier ouvrage de Henri Stierlin publié aux éditions Infolio dont le titre révèle clairement les tenants et les aboutissants: « Le buste de Néfertiti. Une imposture de l’égyptologie ? ». Selon lui, le visage en plâtre qui fait l’admiration du monde entier et que Zahi Hawass aimerait revoir sur la terre d’Egypte, ne serait que le fruit d’une expérience scientifique, menée par le découvreur du buste, Ludwig Borchardt, et exécuté par le sculpteur de son équipe de fouille à Tell el Amarna, Gerhard Mark. C’est sous l’influence de l’Art nouveau (Jugendstil), que ce dernier aurait réalisé les désirs de son patron d’avoir un portrait en couleur de la reine, réalisé en se fondant sur les nombreuses figurations connues, et, mieux encore, sur un buste authentique de la reine, comme le démontre l’analyse tomographique.

De la musique et des jeux

La plus grande fête romaine de Suisse aura lieu ce week-end, les 30 et 31 août, dans les vestiges de la colonie romaine d’Augusta Raurica (Augst, Bâle Campagne). Pour la treizième fois, les curieux du passé goûteront, le temps d’un week-end, à la manière de vivre des romains dans le cadre de la treizième Römerfest. Au programme de cette année on trouve la compagnie italienne Ars Dimicandi dont la présence à la manifestation est de faire revivre dans le théâtre d’Augst, sous forme de spectacles, les combats des gladiateurs. Pour la circonstance, leurs passes d’armes seront accompagnées par les instruments de musiques du groupe allemand Musica Romana.

Ars Dimicandi
Thrace contre mirmillon (photo : Ars Dimicandi)

Les deux compagnies, hôtes d’honneur de la manifestation, sont renommées dans leurs domaines respectifs. L’institut Ars Dimicandi a été créé en 1994 à Bergame, dans le but de reconstituer toutes les formes de combats telles qu’elles se présentaient dans le passé, que ça soit sur les champs de batailles ou dans les arènes. Le détail de leurs activités se trouve présenté sur leur site internet, où l’on peut également accéder à des démonstrations de combat par l’intermédiaire de vidéos, dont celle-ci. Quant à lui, le groupe Musica Romana se destine, comme son nom l’indique, à restaurer et retrouver les sons et les musiques de l’époque romaine. Ainsi, depuis 2001, des archéologues, des historiens, des ethnologues, des musiciens et autres spécialistes intéressés se sont mis ensemble pour faire revivre, par l’expérience, les mélodies et les danses antiques. Un échantillon de leur travail musical est accessible sur leur page MySpace. Ces deux ensembles sont des dignes représentants de l’archéologie expérimentale. Alors si vous en avez l’occasion, venez à Augst pour cette réunion exceptionnelle. Sinon, attendez qu’ils passent près de chez vous, car l’un et l’autre groupe participent régulièrement à d’autres manifestations semblables, ailleurs en Europe.