Category Archives: Expérimentation

Vicques – Vicus – Vici !

Le village de Vicques, près de Delémont, dans le canton du Jura, possède un nom dont la toponymie suggère immédiatement un passé romain de Vicus. De fait, dès le XIX siècle, on a découvert l’existence d’une villa gallo-romaine. Des fouilles importantes, entreprises entre 1935 et 1938 par André Rais et Alban Gerster, mirent en évidence une grande propriété s’étendant sur au moins cinq hectares comprenant une pars urbana avec thermes, jardin, salles à hypocaustes et une pars rustica pourvue de nombreux ateliers. Une monographie consacrée à ces fouilles fut publiée en 1982. Depuis quelques années un groupe de revalorisation de la villa gallo-romaine de Vicques s’est constitué, essentiellement formé de bénévoles du village et de la région qui s’activent pour faire reconnaître ce patrimoine sur les lieux mêmes où il se trouve. Dans ce but un pavillon d’information vient d’y être construit, qui abrite des objets (ou leurs copies) trouvés dans la villa, des informations pédagogiques, ainsi qu’une maquette de la pars urbana. C’est par une fête romaine, organisée entre aujourd’hui et demain, que l’inauguration officielle de cet espace se fait. Pour l’occasion, tous les panneaux d’entrées du village ont été modifiés pour faire apparaître le nom de Vicus en lieu et place de Vicques.

Restitution virtuelle en 3D de la Villa de Vicques

Cette fête romaine à « Vicus » est la première du genre dans le canton du Jura. Pour animer ces journées, la population de Vicques a fait appel à quelques groupes organisés et à des artisans. Ainsi en parcourant les stands peut-on apprendre comment se faisait les peintures murales et les mosaïques (Olim), de quelle manière les souliers à clous des légionnaires s’usaient (Gentle-Craft), appréhender les différentes formes de poteries gallo-romaine restituées par Mayou Nia la potière du village, quelle force doit on exercer pour frapper une monnaie (Ciel et Terre), la technique de la fabrication des cordes, ou se faire une idée de l’équipement du légionnaire en campagne (Genva). Une partie de ces artisans et animateurs en archéologie font partie de l’association AnimArc, toujours prête à s’entendre avec les organisateurs de manifestations pour étoffer leur programme. Enfin, dans un proche avenir, à l’occasion de la prochaine réouverture du Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont, il sera possible à tout un chacun, depuis chez soi, à l’aide d’un ordinateur, de faire une visite virtuelle en 3D de la villa gallo-romaine de Vicques et à travers son avatar de s’écrier : Veni, Vidi, Vici !, comme autrefois le fit un célèbre romain.

10 ans, ça se fête ou se commémore!

10 ans, ça se fête ou se commémore!

Il y a des événements qui frappent tant l’imagination que des années plus tard on peut dire exactement ce que l’on faisait ce jour là. Il y a dix ans, mardi 11 septembre 2001, au moment des attentats, je me trouvais à Genève pour une soutenance de thèse sur le Campaniforme, celle de Marie Besse, actuelle professeure de la chaire de préhistoire au Département d’anthropologie de l’Université de Genève. Les Etats-Unis commémorent aujourd’hui le dixième anniversaire des attentats. Au Japon aussi, on se souvient du tremblement de terre et du tsunami qui ont eu lieu il y a six mois dans la région de Fukushima. A Hauterive, près de Neuchâtel, c’est à une autre manifestation, moins dramatique, à laquelle la population a été conviée et auquel j’ai participé, celle des «10 ans, ça se fête» du Laténium, avec un slogan digne des meilleures campagnes de marketing: «Une fête attendue depuis 50’000 ans!». Cependant, la coïncidence des événements n’est dû qu’à un hasard du calendrier, car en fait, la cérémonie d’inauguration du musée eu lieu le vendredi 7 septembre 2001, et la première ouverture au public le 8 septembre, donc quelques jours avant le fatidique 11 septembre. Cette ouverture concrétisait le rêve fait 22 ans auparavant par Michel Egloff, de construire dans le canton de Neuchâtel un musée archéologique digne de son passé.

Les maisons néolithiques de Champréveyres
Trois maisons néolithiques en cadeaux d’anniversaire

A l’époque plus de 20’000 personnes avaient profité des journées portes-ouvertes pour visiter durant le week-end la nouvelle institution muséale. Aujourd’hui, pour cet anniversaire, une foule importante était également présente. Une riche palette d’activités était au programme de l’institution, à la fois à l’intérieur du Musée, mais surtout dans le Parc d’archéologie, avec entre autres des démonstrations de tissage néolithique, de taille du silex, de datation dendrochronologique et de fonte du Bronze. Des sangliers à la broche étaient au menu du jour de la cantine, accompagné de musique et de danse celtique, comme lors des banquets d’un fameux village d’irréductibles Gaulois. Enfin chacun pu admirer les reconstitutions de trois des six maisons de la première phase de construction du village néolithique d’Hauterive-Champréveyres de la civilisation de Cortaillod. Lors de l’inauguration du Laténium il y a dix ans, René Felber, en tant que président de la Fondation La Tène avait dit ces paroles : «Quel que soit l’endroit où nous vivons, il y a toujours eu quelqu’un avant nous». Cela est vrai à Hauterive Champréveyres, où avant le Laténium des chasseurs du Paléolithique, et des agriculteurs lacustres s’étaient autrefois établis. Cela est vrai également à New-York, où à Ground Zero, dans le chantier de construction du parking du futur World Trade Center et du Musée-Mémorial du 11 septembre, les archéologues ont mis au jour l’épave d’une embarcation du 18ème siècle, dans un lieu qui devait être à l’époque un ancien ancrage de l’Hudson. Une découverte qui n’aurait sans doute jamais pu avoir lieu, sans la destruction des tours jumelles il y a dix ans.

Solstice d’été à Tivoli

Par la présence boréale du soleil au plus loin de l’écliptique, ce jour sera le plus long de l’année dans l’hémisphère nord. Le moment précis, au cours duquel le soleil arrête son ascension dans le ciel est celui du solstice d’été qui aura lieu ce soir à 19h16. On sait depuis longtemps, grâce aux recherches archéoastronomiques, que certains monuments préhistoriques ou antiques sont directement édifiés en fonction d’orientations privilégiées comme celles données par les solstices ou les équinoxes. A Stonehenge, des foules se réunissent chaque année, pour assister au solstice d’été, de même qu’aux équinoxes, au pied d’El Castillo, la grande pyramide dédiée à Kukulcán du site de Chichén Itzá au Mexique. Ce lien entre archéologie et astronomie est présent dans d’autres lieux et sur d’autres monuments. A Rome, on sait que l’Horologium d’Auguste, la Domus Aurea et le Panthéon, possèdent un lien direct avec la position du soleil et les éléments de base du calendrier que sont les solstices, qui marquent le début de l’été ou de l’hiver.

Jeu de lumière solsticiale à la Villa Adriana (photo: M. De Franceschini)

Deux bâtiments de la Villa Adriana, près de Tivoli, à 30 km de Rome à l’instar des monuments romains précités, auraient pu être orientés pour correspondre à la position du soleil lors des solstices. C’est en tout cas ce que l’on peut en conclure des observations réalisées ces dernières années par l’archéologue Marina De Franceschini et l’astronome Giuseppe Veneziano, qui avant de publier un ouvrage plus complet sur la question, ont d’ores et déjà produit un petit fascicule en italien et anglais (à télécharger sur le site) pour rendre compte de leurs premières observations. Dans le premier bâtiment, la Roccabruna, la lumière du soleil pénètre par une fente aménagée dans le mur au dessus d’une porte et vient illuminer une niche où se trouvait une statue de l’autre côté de la grande salle (voir photo ci-dessus). Dans le second bâtiment, le temple de l’Académie, la lumière du soleil passe à travers une série de portes pendant les solstices. Ces deux bâtiments sont reliés entre eux par une vaste esplanade qui se transforme par ces jeux de lumière solaire en une véritable voie sacrée associée aux solstices. Il est possible que d’autres bâtiments de la résidence de l’empereur Hadrien, parmi la trentaine que compte ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, possèdent également un lien avec la course du soleil. Je ne sais pas s’il y aura foule pour assister au solstice à Tivoli, mais il y aura au moins une personne qui y sera très attentive avec son appareil photo. Aujourd’hui, la journée devrait être bien ensoleillée sur Rome, malgré la présence de quelques nuages. Souhaitons à Marina De Franceschini de belles prises.

La fabuleuse découverte de Brazul

Le dernier numéro de la revue AS d’Archéologie suisse nous apprend qu’au cœur de l’Amazonie, à la frontière entre le Venezuela et le Pérou, une expédition d’archéologues lausannois a découvert en 2008 les vestiges d’une civilisation précolombienne disparue. En 2009, une campagne de fouille, menée en accord avec le Departamento del patrimonio arqueológico du Venezuela, permis de mettre au jour une quantité incroyable de tessons de céramique d’une qualité et d’une facture tout à fait exceptionnelle dans les couches inférieures, alors que les niveaux supérieurs livraient une production mal cuite et plus sommaire. Des datations radiocarbones de l’ensemble des couches permettent de dater le niveau le plus ancien du 2ème siècle avant J.-C., alors que la dernière couche date du 7ème siècle après J.-C.

Expédition à Brazul
Les membres de l’expédition de 2008.

L’emplacement de cette découverte, dénommé « Brazul », selon un mot emprunté à la langue locale, devient ainsi le site éponyme d’une nouvelle grande culture précolombienne, la civilisation brazulienne. Pendant le Brazulien ancien (2ème siècle av. J-C – 5ème siècle apr. J.-C), on voit se développer une culture dans laquelle la poterie semble progressivement prendre la place prépondérante, tant et si bien qu’au Brazulien moyen (6ème apr. J.-C), la production et la consommation deviennent hors de proportion avec les ressources locales. La forêt alentours a été surexploitée, tant et plus qu’en son absence, au Brazulien récent (7ème siècle apr. J.-C.) la poterie connait un rapide déclin, tant en quantité, qu’en qualité, avant de disparaître complètement, dans des circonstances tragiques et sanglantes. Une exposition «Brazul» présente, jusqu’au 1er mai 2011 au Musée romain de Lausanne-Vidy , un film de l’expédition ainsi que de nombreuses pièces de céramique brazulienne, qui permettent de mesurer l’ampleur de cette fabuleuse découverte.

Archéologue, le temps d’une journée

Cet été à Avenches, tout le monde pourra avoir le plaisir de remettre au jour, le temps d’une journée,  des vestiges enfouis vieux de deux millénaires. Et pour cela pas besoin d’être archéologue. Il suffit juste d’avoir au moins 12 ans et de penser à s’inscrire par téléphone ou par courriel à l’une des dix places de fouilles prévues chaque jour, entre le 19 juillet et le 20 août. Il en coutera cependant 25 francs par participant entre 12 et 16 ans, et 40 francs par adulte. Le  chantier de fouille qui occupe une surface de 12 x 30 m, est établi sur une partie non encore dégagée du palais de Derrière-la-Tour, une grande demeure romaine qui connut son apogée au 2ème siècle de notre ère, et qui fait l’objet jusqu’au 3 octobre 2010 d’une exposition temporaire dans le musée du même lieu, sous le titre « Palais en puzzle ».

Fouiller à Avenches

L’archéologie dans la peau !

L’initiative prise par le Musée romain d’Avenches, par l’entremise de sa nouvelle directrice, Sophie Delbarre-Bärtschi, et du responsable des fouilles, Pierre Blanc, est intéressante, car elle permet aux nombreux passionnés d’archéologie de mettre la main à la truelle, une occasion trop rare dans notre pays. Car s’il existe pour l’astronomie des clubs d’amateurs qui peuvent s’investir dans de véritables travaux de recherche aux côtés des professionnels, presque rien n’est fait en archéologie pour intégrer au mieux les bonnes volontés des amateurs qui voudraient connaître le plaisir des fouilles ou l’étude des objets. La seule personne qui en son temps avait fait ce genre de pari, l’ancienne archéologue cantonale du canton de Fribourg Hanni Schwab, avait recueilli de ses collègues de nombreuses critiques. Pourtant, cela lui a permis de mener à bien de grandes fouilles d’été, comme celles de Portalban, de Montilier et de Gletterens, entre autres, et ses bénévoles recevaient, en plus, des repas, midi et soir, ainsi qu’une petite indemnité journalière. Aujourd’hui, autre temps, autre mœurs, il faut payer et amener son pique-nique, pour une petite journée d’initiation, soit en définitive une opération qui apparaît surtout financière.

Le buste de Néfertiti, Jugendstil ?

Le buste de Néfertiti, exposé actuellement sur l’Île des Musées à Berlin, est sans conteste l’une des principales icônes de l’Ancienne Egypte. Une analyse au scanner, menée en 1992, avait confirmé que sous le visage de plâtre peint se trouvait une âme en calcaire. Une nouvelle étude par tomographie 3D, réalisée en 2007 par l’Imaging Science Institute de l’Hôpital de la Charité à Berlin, et publiée dans le numéro d’avril de la revue Radiology, révèle plus qu’une simple ébauche, un autre visage de l’épouse d’Akhenaton. Le visage de pierre montre un nez moins fin, des pommettes moins saillantes, et des ridules à la commissure des lèvres. Ce serait ainsi le vrai visage de Néfertiti, tel que le sculpteur Thoutmose eu l’occasion de l’observer et de le sculpter dans la pierre.

Nefertiti in Radiology
Extrait de la couverture du mois d’avril de Radiology

Le célèbre buste polychrome, que tout le monde connaît, montre ainsi, plus qu’un lifting, une autre esthétique. C’est du moins ce que l’on doit en conclure à la lecture du dernier ouvrage de Henri Stierlin publié aux éditions Infolio dont le titre révèle clairement les tenants et les aboutissants: « Le buste de Néfertiti. Une imposture de l’égyptologie ? ». Selon lui, le visage en plâtre qui fait l’admiration du monde entier et que Zahi Hawass aimerait revoir sur la terre d’Egypte, ne serait que le fruit d’une expérience scientifique, menée par le découvreur du buste, Ludwig Borchardt, et exécuté par le sculpteur de son équipe de fouille à Tell el Amarna, Gerhard Mark. C’est sous l’influence de l’Art nouveau (Jugendstil), que ce dernier aurait réalisé les désirs de son patron d’avoir un portrait en couleur de la reine, réalisé en se fondant sur les nombreuses figurations connues, et, mieux encore, sur un buste authentique de la reine, comme le démontre l’analyse tomographique.

De la musique et des jeux

La plus grande fête romaine de Suisse aura lieu ce week-end, les 30 et 31 août, dans les vestiges de la colonie romaine d’Augusta Raurica (Augst, Bâle Campagne). Pour la treizième fois, les curieux du passé goûteront, le temps d’un week-end, à la manière de vivre des romains dans le cadre de la treizième Römerfest. Au programme de cette année on trouve la compagnie italienne Ars Dimicandi dont la présence à la manifestation est de faire revivre dans le théâtre d’Augst, sous forme de spectacles, les combats des gladiateurs. Pour la circonstance, leurs passes d’armes seront accompagnées par les instruments de musiques du groupe allemand Musica Romana.

Ars Dimicandi
Thrace contre mirmillon (photo : Ars Dimicandi)

Les deux compagnies, hôtes d’honneur de la manifestation, sont renommées dans leurs domaines respectifs. L’institut Ars Dimicandi a été créé en 1994 à Bergame, dans le but de reconstituer toutes les formes de combats telles qu’elles se présentaient dans le passé, que ça soit sur les champs de batailles ou dans les arènes. Le détail de leurs activités se trouve présenté sur leur site internet, où l’on peut également accéder à des démonstrations de combat par l’intermédiaire de vidéos, dont celle-ci. Quant à lui, le groupe Musica Romana se destine, comme son nom l’indique, à restaurer et retrouver les sons et les musiques de l’époque romaine. Ainsi, depuis 2001, des archéologues, des historiens, des ethnologues, des musiciens et autres spécialistes intéressés se sont mis ensemble pour faire revivre, par l’expérience, les mélodies et les danses antiques. Un échantillon de leur travail musical est accessible sur leur page MySpace. Ces deux ensembles sont des dignes représentants de l’archéologie expérimentale. Alors si vous en avez l’occasion, venez à Augst pour cette réunion exceptionnelle. Sinon, attendez qu’ils passent près de chez vous, car l’un et l’autre groupe participent régulièrement à d’autres manifestations semblables, ailleurs en Europe.

Datation d’une éclipse légendaire

Les astres ont de tout temps attiré le regard des hommes et, dès la plus haute antiquité, ces derniers ont cherché un sens dans leurs apparitions et leurs disparitions. Le disque en bronze de Nebra, daté des alentours de 1600 avant notre ère, présente ainsi le Soleil, la Lune et les Pléiades sous forme de figures en feuilles d’or. Ce sont ces corps que l’on retrouve en bonne place dans les récits anciens et les historiens savent depuis longtemps que les phénomènes célestes auxquels ils sont liés constituent une aide précieuse à leur datation. Ainsi, pendant la guerre du Péloponnèse, alors que la flotte athénienne faisait le siège de la ville de Syracuse survint une éclipse de Lune. Compte tenu des circonstances d’apparition de cette éclipse, celle-ci a pu être datée, a posteriori, du 27 août 413 avant Jésus-Christ, donnant ainsi l’opportunité de dater, selon notre calendrier, l’ensemble de la campagne militaire relatée par Thucydide.

Ithaque, plage d'Ulysse
La plage du retour d’Ulysse à Ithaque

Les textes grecs par excellence que sont l’Iliade et l’Odyssée semblent pouvoir être également datés de la sorte. Deux chercheurs, Marcelo Magnasco, de l’université Rockefeller, à New York et Constantino Baikouzis de l’Observatoire astronomique de La Plata, en Argentine, viennent de publier dans les Annales de l’Académie Américaine des Sciences une étude sur les phénomènes astronomiques décrits dans l’Odyssée en essayant de corréler ces événements avec les tables astronomiques que l’on peut facilement établir pour l’époque si l’on dispose d’un logiciel approprié. Selon l’Odyssée, le jour funeste choisit par Ulysse pour massacrer les prétendants de Pénélope, est marqué par l’apparition d’une éclipse totale du soleil. De plus, six jours avant cette tuerie, Vénus apparaît élevée dans le ciel, et vingt-neuf jours avant, l’amas des Pléiades et la constellation du Bouvier sont visibles au coucher du Soleil. Enfin, 33 jours avant, Mercure est haute à l’aube et proche de la fin ouest de sa trajectoire. Pendant le siècle pouvant correspondre au déroulement de l’Iliade et de l’Odyssée, soit entre 1250 et 1115 avant notre ère, sur les 1684 nouvelles Lunes de la période étudiée par ces chercheurs, seule la nouvelle Lune en date du 16 avril 1178 avant J.-C, doublée d’une éclipse de Soleil visible en Mer Ionienne, semble pouvoir correspondre avec les autres phénomènes célestes présents dans le récit. Ainsi, lorsque au 8ème siècle avant notre ère, sous le nom d’Homère, ces récits oraux furent transcrits, la tradition parvint à transmettre, non seulement un ensemble de lieux et de personnes, mais également le souvenir d’une séquence unique de phénomènes célestes permettant, des millénaires plus tard, de parvenir à une datation précise d’événements légendaires.

De l’art culinaire romain

A la veille de ce week-end j’ai fait un peu d’ordre dans ma bibliothèque. J’y ai ainsi redécouvert un livre acheté il y a quelques mois « Saveurs et senteurs de la Rome Antique. 80 recettes d’Apicius » que je n’avais pas encore lu. En le parcourant, je me suis dit que ce serait une bonne idée d’essayer de refaire l’une ou l’autre des recettes présentées dans cet ouvrage pour le repas familial dominical. Ayant choisi la recette du canard aux raves, je me suis mis samedi en quête des différents ingrédients dont le nuoc-mâm, en guise de garum. Et le résultat fut plutôt concluant. Un vrai délice.

Le Lugdunum
La salle du Lugdunum, le restaurant de Renzo Pedrazzini

Cet ouvrage publié en l’an 2000, est le fruit d’une collaboration entamée il y a vingt ans, de 1988 à 1994, entre un chef de cuisine, Renzo Pedrazzini, formé dans les écoles hotelières d’Italie et de Suisse, et des chercheurs au CNRS attachés au site archéologique de Saint-Bertrand-de-Comminges dans les Pyrénées. Il s’agissait de retrouver la manière d’apprêter les recettes du traité de cuisine romaine De re coquinaria attribué à Marcus Gavius Apicius, qui ne présente généralement pour chaque plat qu’une liste d’ingrédients, sans plus. En alliant les connaissances des chercheurs au savoir-faire du cuisinier ce groupe de travail est parvenu à concocter un véritable livre de cuisine facile à prendre en main et remettant au goût du jour des saveurs oubliées depuis des siècles. Quand à moi j’ai mis ce livre en bonne place dans ma bibliothèque pour m’inciter à goûter, une prochaine fois, aux autres saveurs de l’antique cuisine romaine.

La crypte de la Civilisation

Que restera-t-il de concret de nos existences dans 10, 50 ou 100 générations, si nous ne faisons pas d’efforts pour conserver des témoignages de notre présent? C’est en constatant la pauvreté des informations que nous ont léguées les anciennes civilisations que Thornwell Jacobs (1877-1956), professeur à l’université d’Oglethorpe près d’Atlanta aux Etats-Unis, eu l’idée, en 1936, du concept de la capsule temporelle ou Time Capsule. Il s’agit d’enfermer dans un container hermétique un choix d’objets, de textes, d’enregistrements audio ou vidéo représentatifs du présent à destination de nos descendants. C’est ainsi que fut aménagée à Oglethorpe la crypte de la civilisation, ou plus exactement Crypt of Civilization, qui demeure la première et la plus ambitieuse tentative de cette nature, si ce n’est par sa taille, du moins par sa durée.

Seward Time Capsule

La « plus grande » capsule temporelle (photo : Flickr)

Dans une salle mesurant environ 6 x 3 x 3 mètres, furent entreposés, selon la liste d’inventaire, les objets les plus divers. On y trouve des microfilms de livres comme la Bible, le Coran ou l’Iliade, des enregistrements de voix de leaders politiques ou de chants d’oiseaux, des jouets, des machines, etc. Scellée en 1940, mais conçue pour refléter l’univers matériel et sonore de 1936, la crypte ne devrait être rouverte qu’en 8113. Cette date n’est bien sur pas le fruit du hasard. On sait que le calendrier de l’ancienne Egypte est basé sur le lever héliaque de Sirius, événement très rare qui ne se produit que toutes les 1461 années. Ainsi, fixé par l’astronomie, le début du comput égyptien correspondrait donc à l’an 4241 avant notre ère, soit théoriquement la plus ancienne date de l’histoire. Comme entre cette date et 1936 il s’était écoulé 6177 ans, Jacobs décida que la crypte ne devrait être ouverte que 6177 ans plus tard, soit en 8113 de notre ère. Pour garder trace des nombreuses capsules temporelles scellées par la suite, comme celle de Seward dans le Nebraska (image ci-dessus), fut créée en 1990 l’International Time Capsule Society. Et puisque l’on parle de capsule temporelle, Archéo Facts, en association avec le blog Be Virtual, a le plaisir d’offrir à ses visiteurs de découvrir jour après jour, sous la forme d’un Calendrier de l’Avant (Jésus-Christ), les objets choisis pour notre Time capsule idéale.