Category Archives: Musées, expositions

Porte ouverte sur l’art celtique

La nouvelle exposition temporaire du Laténium : Celtes, un millénaire d’images a pu enfin ouvrir ses portes au public le 12 mai 2020, par suite de la décision du Conseil fédéral de réouvrir les musées suisses un mois plus tôt qu’initialement prévu. Comme l’indique son texte de présentation, cette exposition nous « emporte dans des temps sans écrits, peuplés d’images énigmatiques et de créatures fabuleuses, pour illustrer le foisonnement des expressions artistiques sur le continent européen au cours du dernier millénaire avant l’histoire. Avec ses objets ornés de décors curvilignes, ses formes en mouvement et ses perspectives éclatées, l’art celtique s’épanouit à l’époque de La Tène, dès le 5e siècle avant notre ère. Ses motifs et ses figures activaient les récits, les mythes et les légendes de ces sociétés orales, marquées par la théâtralité. Ils révèlent un univers de métamorphoses défiant les lois de la nature, où s’estompent les frontières entre l’animal, le végétal et l’humain, alors que le ciel et la terre semblent communiquer avec le monde souterrain. »

Entrée dans l’exposition (photo : Marc Juillard/Laténium)


Cette exposition réalise une adaptation par l’équipe du Laténium d’une exposition crée par le musée archéologique de Münich (Archäologische Staatssammlung München) et présentée au Kelten Römer Museum de Manching en Bavière du 5 juillet 2018 au 26 février 2019, puis au Centre archéologique européen de Bibracte du 13 avril au 11 novembre 2019. Elle a été conçue dans le cadre du réseau « Iron Age Europe », un partenariat international initié par le Laténium, qui réunit des institutions dédiées à la recherche scientifique et à la valorisation publique de l’archéologie de l’âge du Fer de Suisse, de France, d’Allemagne, d’Autriche et d’Espagne. Les près de 200 pièces présentées proviennent pour l’essentiel des très riches collections celtiques de l’Etat de Bavière, que complètent des objets empruntés dans de nombreux autres musées, en Suisse, en Italie et en Slovaquie. Malgré son nom, et ses riches collections, ce n’est que la deuxième fois depuis son inauguration en 2001, que le Laténium consacre une exposition temporaire centrée sur l’époque de La Tène. Percer le voile de mystère qui enveloppe le monde celtique et son art flamboyant et curviligne est à découvrir au Laténium jusqu’au 10 janvier 2021 avant d’être reprise l’année prochaine au Keltenmuseum de Hallein (Autriche).

Mégalithes d’ici et d’ailleurs

Prévue pour être visitable du 9 mars au 16 mai 2020, la nouvelle exposition «Mégalithes d’ici, Mégalithes d’ailleurs », présentée par le Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie de l’Université de Genève a dû fermer ses portes peu de temps après son ouverture en raison de la crise pandémique actuelle. En attendant une visite dans le monde réel, c’est à une visite virtuelle de cette exposition que les archéologues de l’UniGE convient les personnes intéressées. L’exposition est organisée en cinq sections. La section introductive permet d’apprendre que le phénomène mégalithique s’étend dans le temps et l’espace, soit depuis 6000 ans et dans le monde entier.  Une frise chronologique et une carte permet de s’en rendre compte très rapidement. Cette partie centrale permet aussi de préciser certaines définitions, comme de faire la différence entre : tertre, cairn et dolmen. A partir de là, quatre zones mégalithiques sont, tour à tour, à découvrir :  le Proche-Orient, entre la Turquie et la Jordanie, en passant par la Syrie et le Liban ; l’ouest de la France, avec les sites bretons, dont les vestiges remarquables de l’île de Guénioc ; l’Indonésie, avec l’édification actuelle de dolmens sur l’île de Sumba ; la région de Genève, enfin, avec la présentation des récentes découvertes effectuées sous le mandat de l’Office fédéral des routes (OFROU) lors de la construction autoroutière du Grand-Saconnex  au Pré-du-Stand. Après l’exposition « Pierres de mémoire, pierres de pouvoir », présentée il y a un peu plus de dix ans, les chercheurs de la Faculté des Sciences du le Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie  donnent au grand public une nouvelle occasion d’en savoir plus sur  le mégalithisme.
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Coup d’œil en direct à l’intérieur de Stonehenge

Pour ceux qui après cela aimeraient découvrir le mégalithisme directement à Stonehenge, un des lieux emblématiques du phénomène, ils devront eux aussi attendre un peu pour accéder à ce désir. En effet, conformément aux directives du gouvernement britannique, le site reste lui aussi fermé dans l’intérêt de la santé publique. Mais, alors que le cercle mégalithique est clos, English Heritage nous invite à y entrer en jetant un coup d’œil en vue directe entre ses pierres via l’application Skyscape. Grâce à ce dispositif mis en ligne l’année dernière, il est possible de voir en temps réels les mouvements du soleil, de la lune et des planètes au-dessus du monument. De jour, la vue à 360° du lieu, via une webcam, est actualisée toutes les cinq minutes, ce qui permet de se rendre compte des conditions météorologiques du site et de constater qu’il ne pleut pas tous les jours dans le sud-ouest de l’Angleterre. Grace aux onglets carrés situés au sommet de l’image on peut aussi observer le dernier lever et coucher de soleil. De nuit, l’image du ciel passe d’une représentation photographique à une représentation générée par ordinateur, qui affiche avec précision l’emplacement en direct des étoiles et de la Lune ainsi que des cinq planètes visibles à l’œil nu par les constructeurs de Stonehenge, à savoir Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Enfin, last but not least, des informations supplémentaires peuvent être obtenues d’un clic, comme le nom donné aux différentes pierres, la trajectoire précise de la Lune et des planètes ou la direction exacte que devait indiquer, au Néolithique, l’astre du jour au moment des solstices.

Musées virtuels accessibles en ligne

En ces temps de pandémie de Covid-19, toutes les manifestations publiques sont devenues impossibles. Ainsi Le Laténium est fermé et le vernissage de sa dernière exposition temporaire « Celtes, un millénaire d’images » est ajourné jusqu’à nouvel avis. Il en va de même pour l’ensemble des musées privés de leurs visiteurs en raison du confinement sanitaire imposé par les autorités. Dans ce domaine muséal perturbé, le congrès « Museum and the Web », abrégé « MuseWeb », devait tenir sa 24ème session annuelle du 31 mars au 4 avril à Los Angeles. Depuis 1997, cette manifestation rassemble des centaines de professionnels du monde entier sur le thème de la technologie dans le monde des musées. Cette année ils auraient pu être 800 en provenance de plus de 40 pays. Au vu de la situation et à défaut de pouvoir se réunir physiquement, les intervenants et les participants ont acceptés, après un sondage en ligne, de se retrouver sur différentes plateformes Internet pour assister aux conférences, démonstrations et débats initialement prévus. Parmi ceux-ci se trouvent les musées, galeries, bibliothèques ou services d’archives qui soumettent leurs projets innovants en matière de patrimoine culturel, naturel ou scientifique pour être récompensé d’un GLAMi Awards. Par exemple, l’année dernière à Boston, l’application GEED fut récompensée avec le projet conçu pour le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon.
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L’auditorium de MuseWeb dans SL prêt à recevoir les participants

En marge des conférences, pour permettre aux participants d’interagir entre eux malgré l’absence de contacts physiques, les réunions sociales prévues dans le cadre de MuseWeb 2020 (MW20), auront lieu dans la plateforme Second Life (SL). Cet univers virtuel ou métavers, développé par la société Linden Lab, offre depuis 2003 la possibilité de réunir des personnes sous la forme d’avatars dans un espace virtuel. De nombreux musées réels s’y trouvent présents à côté de musées et de galeries purement virtuels et profiteront de l’occasion pour se présenter. Comme partenaire, MW20 a requis les services de l’association Virtual Ability. Depuis plus d’une décennie, cette organisation américaine, à but non lucratif, facilite la participation dans les mondes virtuels des individus souffrant de handicaps physiques, mentaux, émotionnels ou de maladies chroniques. Elle gère dans l’univers de SL un musée d’art virtuel et une bibliothèque accessibles à tous présentant des œuvres de personnes handicapées. C’est dans ce cadre inclusif et sous la forme d’un avatar que les participants et les intervenants à MW20 seront invités à dialoguer et interagir ensemble. De la même manière ils pourront aussi assister à la conférence plénière de clôture intitulée : «le potentiel de la Réalité Virtuelle sociale afin de transcender les frontières pour une plus grande inclusion et accessibilité ». Ainsi, tout en restant confiné chez soi, il est possible de s’inviter dans les musées qui ont une existence virtuelle.

Alix chez les Helvètes

Vient de sortir dans le domaine de la bande dessinée « Les Helvètes », 38ème tome des aventures d’Alix. C’est à un périple en territoire helvétique que nous convie le scénario de Mathieu Breda et les dessins de Marc Jailloux, d’après un synopsis original de Jacques Martin, créateur de la série, qu’il avait imaginé avant son décès en 2010. En plus de son jeune compagnon grec Enak, Alix sera accompagné par Audania, une jeune femme, fille du druide et chef éduen, Diviciacos, gardée jusque-là en otage dans la maison de César, et de Lucius , fils de Munatius Plancus, un des lieutenant de César lors de la Guerre des Gaules, et futur fondateur des villes de Lugdunum (Lyon) et d’Augusta Raurica (Augst). L’histoire se situe vers l’an 46 av. J-C, soit une douzaine d’année après que les Helvètes eurent brûler leurs 12 villes et leurs 400 villages. Quelque 370’000 Helvètes s’étaient mis en mouvement dans l’envie d’émigrer en Saintonge, avant d’être arrêté par Jules César à Genève, puis vaincu à la bataille de Bibracte. Les 110‘000 survivants furent renvoyés sur les terres qu’ils avaient abandonnées, pour ne pas laisser un territoire vide entre les Germains et la Province romaine de Narbonnaise. C’est ainsi un pays en pleine phase de reconstruction que vont découvrir Alix et ses compagnons.
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Couvertures des deux derniers Alix

Le début de l’ère romaine sur l’actuel Plateau suisse, doit commencer par l’établissement d’une colonie de vétérans, conduit par l’ancien centurion Volentus. La mission d’Alix est de servir d’émissaire auprès des tribus helvètes pour s’assurer de leur loyauté en sacrifiant, au nom de Rome, un trésor à leurs divinités, sur le site sacré de Divoglanna, un nom imaginé par les auteurs pour évoquer le site de La Tène. Il aura comme allié un certain Camilos, dont le nom suggère celui d’un ancêtre de l’influente famille des Camilli dans la future colonie d’Avenches. En plus, au fil des planches, différents aspects de la vie de l’époque sont représentés, comme celui des divers moyens de transports terrestres et fluviaux, des trophées et sacrifices animaux ou humains, des cérémonies romaines ou celtes, des constructions dans les villes et les oppidums. Parallèlement à cette sortie, Christophe Goumand, directeur du Festival international du film d’archéologie de Nyon, en collaboration avec les dessinateurs Marco Venanzi, Frédéric Toublanc et Exem, a conçu un album «L’Helvétie » dans la série des Voyages d’Alix. Sous la forme d’une vulgarisation scientifique, sont présentés, par le texte et l’image, un résumé de la préhistoire de la Suisse avant la conquête romaine, puis plus en détails, différents sites témoins de la présence romaine, comme Martigny, Lausanne, Avenches, Augst ou Windish, constituant un complément documentaire utile à l’aventure. Enfin, signalons qu’à l’occasion de la sortie de deux ouvrages, les Site et Musée romains d’Avenches exposent, jusqu’au 15 mars, une série de planches originales issues des deux volumes.

Koutchicou, ex hapax d’Internet

Mercredi dernier, j’ai eu le plaisir de participer à une visite guidée de l’exposition « Jean-Marie Borgeaud, Terra Incognita… », dans l’Espace Nicolas Schilling et Galerie, à Neuchâtel, en présence de l’artiste. Répartie dans différents endroits longeant le Faubourg de l’Hôpital, l’exposition construite sous forme de promenade artistique, permet également de découvrir au passage divers lieux du patrimoine neuchâtelois: le jardin de l’Hôtel Jacques-Louis de Pourtalès, qui fut le séjour neuchâtelois de l’impératrice Joséphine de Beauharnais, après son divorce avec Napoléon Bonaparte ; le jardin de l’Hôtel Pourtalès-Castellane, demeure néo-classique construite en 1814 par le baron Frédéric de Pourtalès, lieu de réception en 1842, de Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse et Prince de Neuchâtel ; l’Hôtel DuPeyrou, construit dès 1765 par Pierre-Alexandre DuPeyrou, qui a rendu possible la première édition des écrits de son ami Jean-Jacques Rousseau.
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« Koutchicou » et « Faune dansant de Pompéi »

Sculpteur et peintre genevois né en 1954, Jean-Marie Borgeaud empoigne la céramique à bras le corps, en parfait autodidacte, à partir des années 1990. Depuis lors, il modèle des hommes, des femmes, des animaux et des créatures fantastiques, transcendés par le passage au feu. Dans une récente interview accordée au journaliste Etienne Dumont, l’artiste avoue ceci : « Ce qui me frappe le plus au final, c’est cependant leur allure commune de pièces archéologiques ». Et il est vrai qu’en parcourant les lieux d’exposition et en découvrant les œuvres exposées, le visiteur peut avoir l’impression de se retrouver, hors du temps et de l’espace, dans la salle de conservation des statues antiques ou dans les jardins d’un musée à ciel ouvert. Les corps et les bustes modelés en terre cuite, parfois assombrie par l’adjonction de manganèse dans l’argile, forment un contraste saisissant vis-à-vis des murs éblouissants de blancheur de la galerie. Les œuvres ainsi exposées prennent l’apparence de fragments de statues en bronze, telles qu’un archéologue serait heureux de découvrir dans la cargaison d’une épave antique, ou dans les ruines d’une villa romaine. Ainsi, la sculpture intitulée « Koutchicou », en équilibre sur un pied saisie en plein mouvement de danse, évoque irrésistiblement l’attitude du Faune dansant découvert dans la villa de Pompéi qui porte son nom. Le catalogue publié par la Galerie Schilling, donne un très bon aperçu des œuvres actuelles de l’artiste, qui a l’exemple de ses prédécesseurs antiques, réussit à faire surgir la vie de la matière inanimée. L’exposition est à voir dans quatre lieux des Faubourgs de Neuchâtel, jusqu’au 21 décembre.

Age of Pop into Classics !

En passant par Toulouse, j’ai eu la chance de visiter au musée Saint-Raymond, juste avant sa fermeture, une exposition particulièrement ludique et intéressante : « Age of Classics ! L’antiquité dans la culture pop » dont le titre résonne en lui-même comme un jeu vidéo (Age of Empire, Age of Mythology). Le texte d’introduction de l’exposition résume bien ce que ses concepteurs souhaitaient apporter, à savoir que « les périodes médiévales et modernes n’ont pas fait disparaître l’héritage antique. Elles l’ont absorbé, préservé, assimilé et transformé. Le monde contemporain et la culture populaire (« pop »), se sont à leur tour emparés des modèles classiques pour donner naissance à de nouveaux héros et à de nouvelles formes d’art dans un contexte mondialisé. « Age of Classics » fait ainsi dialoguer des objets antiques avec des productions réalisées après l’année 2000, pour interroger notre rapport au monde gréco-romain dans ce qui fait notre quotidien : littérature, bande dessinée, cinéma et séries, arts plastiques…Comment l’Europe réinterprète-t-elle son héritage ? Quel est le lien entre Grèce. Rome et Etats-Unis d’Amérique ? Pourquoi l’Asie explore-t-elle l’histoire occidentale dans ses productions ? Pourquoi l’Antiquité n’a-t-elle jamais cessé de circuler, d’être confrontée aux différents temps présents ?
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« Pollice Verso » de Gérôme, derrière Alexios, le héros d’Ubisoft

Dans l’espace d’exposition une cinquantaine d’œuvres très variées associaient art contemporain et figures antiques. Ainsi, le héros du jeu vidéo « Assassin’s Creed Odyssey » est confronté à la fameuse scène du pouce inversé du tableau de Jean-Léon Gérôme, qui a inspiré le geste de la mise à mort dans les péplums. La commissaire scientifique de l’exposition, Tiphaine Annabelle Besnard, dont le projet de thèse de doctorat « (Re)présenter l’Antiquité grecque et romaine dans l’art actuel. Ou les vicissitudes des références antiques à l’heure de la mondialisation » a servi de base à ce dialogue entre anciens et modernes. Pour ce faire, elle a étudié plus d’un millier d’œuvres actuelles produites par des artistes européens, américains et asiatiques qui font de manière explicite référence à l’Antiquité gréco-latine dans leur art. Cette réception de l’Antiquité dans les différents supports de la culture populaire est également le point de convergence d’un groupe de chercheurs réunis dans l’association « Antiquipop » publiés sous l’enseigne du carnet scientifique édité par Fabien Bièvre-Perrin : « l’Antiquité dans la culture populaire contemporaine ». Sans doute, comme le démontre les publicités intégrées dans la vidéo de présentation de l’association que l’on peut associer à cette réflexion la démarche entreprise en son temps par le musée archéologique de Strasbourg dans son exposition « Archéopub ».

Premières journées d’archéologie en Europe

Du 14 au 16 juin, la Suisse ainsi que 16 autres pays européens, ont connu leur première édition des Journées d’Archéologie en Europe, basées sur le modèle des Journées nationales de l’archéologie mis en place en France depuis 2010. Ces journées qui ont lieu traditionnellement la deuxième semaine de juin sont organisées par le ministère français de la Culture et coordonnées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Elles ont pour ambition de sensibiliser les publics les plus variés à l’archéologie, à ses enjeux, à ses métiers, à ses méthodes et à ses lieux. Ce blog se permettait déjà de rêver à ce que de telles journées soient instituées en Suisse il y a huit ans.  Il aura fallu une table ronde à Lausanne en 2013, avec Pascal Ratier, coordinateur des Journées nationales de l’archéologie en France, ainsi que du temps, pour en arriver là.

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Résultats de la recherche pour l’Espace Mittelland

L’ensemble de la Suisse a été découpée en sept régions. Tout naturellement, compte tenu de la proximité linguistique avec la France, c’est en Suisse romande que la majorité des événements liés à ces journées eurent lieu, soit dans 13 lieux sur les 22 annoncés. Le reste se déroula en Suisse alémanique, mais rien en Suisse italienne. Pour ce qui concerne l’Espace Mittelland, l’entier des activités furent déployées dans le canton de Neuchâtel et dans aucun des autres cantons compris dans cette région. Pour cela, tous les acteurs de l’archéologie cantonale se sont mis ensemble pour définir un programme susceptible de satisfaire les personnes intéressées par le sujet. La visite du laboratoire de restauration du Laténium de même que les visites de la grotte de Cotencher ainsi que des ruines du château de Rochefort connurent un grand intérêt public le samedi, alors que le dimanche une cinquantaine de personnes prirent part à une balade entre lieux archéologiques et historiques dans la campagne bucolique du centre du Val-de-Ruz. Cette déambulation de trois heures entre Fontaine et Valangin, via Engollon et Fenin, fut un vrai succès, car en tant qu’organisateur, j’en espérais deux fois moins.  Vu l’intérêt et l’enthousiasme manifesté par les participants à ces journées, nul doute que nous répondrons présents à l’appel de la deuxième édition des Journées d’archéologie en Europe qui aura lieu les 19, 20 et 21 juin 2020.

À la claire fontaine

Depuis l’exposition à l’Espace Schilling de l’artiste espagnol Desiderio Delgado qui a peint les fontaines de Neuchâtel, je suis devenu plus attentif à la présence des fontaines qui m’entourent. Je réalise progressivement à quel point elles sont encore nombreuses, bien que le plus souvent discrètes. Leur présence, est là pour nous rappeler que l’accès à l’eau courante n’était pas une chose aussi simple qu’elle semble l’être aujourd’hui quand il suffit de tourner les robinets de nos cuisines ou de nos salles de bains. J’ai essayé de me remémorer toutes les fontaines qui a un moment ou a un autre de mon existence ont pu me marquer ou m’attacher et je réalise qu’elles sont bien trop nombreuses pour toutes les citer ici, à moins d’en faire une longue liste prenant toute la place dans l’espace que je réserve à ce texte. Les premières fontaines auxquelles je pense, parmi les plus anciennes, sont celles de la Rome antique. L’Urbs, selon le consul romain Sextus Julius Frontinus, nommé administrateur des eaux de Rome en l’an 98 de notre ère, était une ville de fontaines. La ville disposait de neuf aqueducs alimentant 39 fontaines monumentales et 591 bassins publics, sans compter l’eau fournie à la maison impériale, les bains et propriétaires de villas privées. Chacune des fontaines principales était reliée à deux aqueducs différents, au cas où l’un d’entre eux serait fermé pour cause d’entretien. A ce propos, je me souviens que mon premier travail de séminaire en archéologie classique a concerné l’étude de la Fontaine de Juturne sur le Forum romain.
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Flyer de l’exposition Delgado à Neuchâtel

Depuis peu, je fais aussi partie de la Commission des biens culturels de mon canton. Parmi les décisions que les membres de cette commission ont prises dernièrement a été celle de mettre sous protection l’ensemble des six fontaines publiques du village de Lignières, classées toutes ensemble comme un patrimoine sériel, reflet de l’importance de la relation entre l’approvisionnement en eau et la présence d’une population. La plus ancienne fontaine de ce village date de 1750. Elle est aussi celle dont le bassin a la plus grande contenance, puisqu’elle est évaluée à 5000 litres. Ce bassin a été creusé dans un bloc de calcaire mesurant 4m de longueur, pour 2,62m de largeur et 1,20m d’épaisseur, formant une masse estimée à 20 tonnes. La trace laissée par l’extraction monolithique de la pierre est encore visible sur un rocher dans une forêt située à 1km du village. Un chroniqueur de l’époque nous rapporte que c’est à l’aide d’un traineau fait de troncs d’arbre glissés sur des rondins en bois, tiré par 40 paires de bœufs, encadrés par une centaine de personnes que ce grand bassin fut amené au centre du village. Ce travail fut fait, non sans danger, dans le froid et la neige de janvier et dura huit jours. Après cela les habitants du village purent laver leur linge, abreuver leur bétail et se ravitailler en eau à la claire fontaine, avec le sentiment d’un bel ouvrage accompli.

Paul Collart et le temple de Baalshamîn à Palmyre

L’exposition « Cités millénaires. Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul » présentée à l’Institut du monde arabe, est prolongée jusqu’au 17 février 2019. Cette exposition montre de manière particulièrement spectaculaire certains sites dévastés par les conflits armés, en particulier ceux de la Syrie et de l’emblématique Palmyre, classée en 1980 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, dont une grande partie des vestiges ont été sauvagement dynamités par des fondamentalistes. Mais au lieu de pleurer sur ces ruines, l’exposition montre aussi comment il est possible de procéder à une documentation et un archivage numérique des monuments. Dans cette présentation, la scénographie a ainsi mis en lumière l’activité d’une jeune société française, Iconem, qui depuis 2013 s’est donnée comme but de numériser les objets menacés du patrimoine. Par exemple, en 2016, c’est à l’aide de drones, qu’Yves Ubelmann, le fondateur d’Iconem, avec une équipe d’archéologues, a passé quatre jours à Palmyre afin de prendre quelque 35’000 clichés pour garder en mémoire l’état de la cité antique après destructions. Grâce aux techniques photogrammétriques, des modèles 3D ont été réalisés, qui permettent au public de se rendre compte des dégâts, mais qui ouvrent aussi des perspectives pour envisager une nouvelle manière de sauvegarder le patrimoine.
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Restitution de la cella du temple de Baalshamîn © ICONEM / UNIL

Pour le sanctuaire de Baalshamîn, sur le site Palmyre, détruit en août 2015 par les guerriers de l’Etat islamique, la société Iconem peut bénéficier de l’apport des archives léguées par l’archéologue suisse Paul Collart (1902-1981) à l’Institut d’archéologie et des sciences de l’antiquité de l’Université de Lausanne (UNIL). Collart était professeur aux Universités de Lausanne et Genève, et a pris entre 1954 à 1956 la direction de la fouille du sanctuaire de Baalshamîn. Cette fouille a été la première mission archéologique engagée par la Suisse en dehors de son territoire. Depuis 2017, pour valoriser ce fonds, l’UNIL a lancé le projet « Paul Collart et le temple de Baalshamîn à Palmyre ». Placé sous la direction de l’archéologue Patrick Michel, ce projet vise à numériser l’ensemble de ces archives qui se présentent essentiellement sous la forme de photographies, de plans, de cahiers et de lettres. D’ores et déjà, plusieurs centaines de photographies sont à disposition sur la banque d’images Tiresias de l’UNIL. En outre, en janvier 2018, a été créé une association « Paul Collart au Proche-Orient», qui vise à soutenir financièrement la réalisation de ce vaste programme. Si le projet aboutit, « la numérisation des archives Collart sur Baalshamîn ne servira pas aux seuls archéologues » comme le rapporte le résumé de présentation du projet. « Elle donnera lieu à plusieurs actions de médiation culturelle, destinées à différents publics, à travers des expositions, à travers un projet original à visée éducative et humanitaire, ainsi qu’à travers des médias audio-visuels, des conférences et des publications. Cette médiation passera aussi par la production et la mise en ligne d’une application pour smartphones et tablettes qui permettra une expérience immersive et une visite du sanctuaire de Baalshamîn à travers toutes les étapes de son histoire ». J’attends avec impatience de voir aboutir ce beau projet !

A la découverte de la hyalologie

Le verre est de nos jours un matériau omniprésent. Il se présente sous différentes formes qu’il serait fastidieux et inutile d’énumérer ici. Mais autrefois il en allait différemment, comme les archéologues spécialistes du verre antique ou « hyalologues » nous le démontre.  Si aujourd’hui on assimile parfois ces objets à de la verroterie sans grande valeur, on ne peut pas penser la même chose des artéfacts en verre exhumés lors des fouilles archéologiques des sites pré et proto-historiques. La vitrification sous forme de glaçures sur les céramiques sont observées dès le Vème millénaire en Mésopotamie. Cette technique se développe par la suite en Egypte et au Proche-Orient dans des ateliers primaires producteurs de pâte de verre brut, car ce n’est que là que l’on trouve des sables vitrifiables avec du natron sans adjonction de chaux. De là, dès le Bronze moyen, des ateliers secondaires manufacturent en Europe le verre brut pour le façonner. Les premiers objets en verre apparaissent chez nous de manière importante au Bronze final, vers 1000 av. J-C., sous la forme de perles bleues, qui viennent concurrencer dans les parures des élites la transparence de l’ambre et l’éclat des métaux.  Ces perles proviennent pour une partie d’entre elles d’un atelier secondaire établi à Frattesina en Vénétie, comme le démontre l’analyse faite sur les perles en verre du site d’Hauterive-Champréveyres.
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Bracelets en verre de l’atelier Silicybine en vente au Laténium

Au début de la période de La Tène, au 5ème siècle avant J.-C., d’élégants bracelets en verre apparaissent, que seuls les Celtes produisent et qui commencent d’abord à faire le bonheur des nobles dames de l’époque, comme la princesse de Reinheim. Dans sa thèse de doctorat, soutenue en novembre 2017 et intitulée « L’artisanat du verre dans le monde celtique au second âge du Fer : approches archéométriques, technologiques et sociales », l’archéologue Joëlle Rolland en a fait une étude très complète, puisque, non contente d’avoir fait la recension de 8789 bracelets répartis dans toute l’Europe, qui permet d’en faire de véritables marqueurs chrono-typologiques et sociologiques, elle s’est attachée, dès 2009, à en retrouver le mode de fabrication, grâce à l’aide de l’atelier verrier Silicybine. Un produit qui pouvait sembler de prime abord techniquement simple à réaliser s’est révélé de fait bien plus laborieux à reproduire. Car si les artisans verriers d’aujourd’hui maîtrisent les techniques du verre soufflé, les Celtes ont fabriqués leurs bracelets d’une toute autre manière, soit par filage et étirement de la pâte de verre, comme cela se fait encore de nos jours au Népal ou au Niger. Pour reproduire ces objets un protocole d’archéologie expérimentale fut mis en place et après un apprentissage de plusieurs années, le verrier Joël Clesse de l’atelier Silicybine est actuellement en mesure de fabriquer des reproductions très fidèles, tant par la forme et le décor, d’environ 80% des bracelets en verre celtiques produits entre 475 et 80 av.J-C. La synthèse de ces expérimentations et de ces recherches, dont on peut se faire une idée dans un reportage produit par Libération, devrait se manifester lors de l’exposition temporaire “Bling-Bling” prévue dès le 5 avril 2019 au Musée et Parc d’Alésia.
Note : on connait en archéologie une grande variété de spécialistes comme anthropologue, archéozoologue, céramologue, lithicien, palynologue, carpologue, dendrochronologue, anthracologue, etc… Mais étrangement, il n’existe aucun nom savant pour les spécialistes du verre, d’où ma proposition lors de l’exposition « Archéo A16 » du terme « hyalologue », du grec hualos (verre), qui a donné en français les adjectifs « hyalin », qui a la transparence du verre et « hyaloïde », qui ressemble à du verre.