Category Archives: Musées, expositions

Mots-clés: trésor, tombeau, pharaon, Toutankhamon

L’exposition « Toutankhamon – son tombeau et ses trésors » a fermé ses portes hier soir à Genève.  En quatre mois, le contenu de la Halle 7 de Palexpo aura accueilli plus de 175’000 visiteurs. Une exposition identique se poursuit à Nuremberg en Allemagne, jusqu’au 26 janvier. Et une nouvelle installation prendra place dès le 6 mars à Linz en Autriche. L’attirance du public pour l’Egypte ancienne en général et pour le règne de Toutankhamon en particulier ne se dément pas, exposition après exposition. Depuis sa première présentation au public en 2008 à Zürich, ce sont plus de 4,5 millions de visiteurs qui ont franchis les portes des installations disséminées dans des villes en Asie et en Europe, dont Munich, Hambourg, Madrid, Barcelone, Budapest,  Dublin, Bruxelles, Séoul, Cologne, Francfort, Paris, Amsterdam, Prague et Berlin.  Et pourtant, le millier d’objets présentés ne sont que des reproductions des artéfacts découverts dans la tombe du Pharaon. Ce succès légitime, dû à une mise en scène particulièrement soignée, doit permettre au visiteur de se mettre dans la peau d’un archéologue et de ressentir l’émotion éprouvée par Howard Carter et Lord Carnarvon à la vue de « tant de merveilles » concentrées dans un si petit espace.  En 2004, la présentation sous vitrines de 120 pièces originales provenant du Musée Égyptien du Caire dans l’exposition « Toutankhamon, l’or de l’au-delà, trésors de la vallée des rois» avait à elle seule attiré en six mois quelque 600’000 personnes dans les salles du Musée des antiquités de Bâle, dont ma famille et moi-même.
ChambreTutankhamon
Reconstitution de la première chambre aux trésors

On peut se demander ce qui incite autant de monde à aller voir ces grandes expositions ? Une constante se dégage, le terme « trésor ». C’est bien ce mot qui semble le trait commun du succès de ces manifestations. D’autres mots-clés, comme « tombeau », « or », « roi », « empereur » ou « pharaon » sont aussi porteurs.  Cette règle s’est vérifiée récemment  avec  « Qin – L’empereur éternel et ses guerriers de terre cuite », exposition qui en huit mois a attiré plus de 300’000 personnes au Musée d’histoire de Berne, soit la plus grande affluence de visiteurs pour une exposition dans cette institution. C’est aussi en utilisant l’un de ces mots, gage de succès, que Le Laténium propose jusqu’au 3 mars 2014 à ses hôtes de venir respirer ses « Fleurs des pharaons ». Pas étonnant dès lors que lorsque je me présente sous la profession « archéologue » l’une des premières questions que l’on me pose est : « trouvez-vous des trésors ? ». C’est pour pouvoir répondre positivement à cette question que la tombe de Toutankhamon (KV62) dans la Vallée des Rois, ou celle encore à découvrir de Qin Shi Huangdi sous une colline de Xi’an, représentent tout ce qu’un archéologue professionnel peut rêver de mettre au jour pour sentir à son tour le vent de l’histoire porté par le souffle de ces illustres souverains.  Pour les quelques amateurs d’archéologie qui ne se focalisent pas sur l’un des mots-clés signalés ci-dessus, je leur signale qu’ils peuvent toujours découvrir d’authentiques objets fabriqués et utilisés par nos ancêtres dans le cadre de l’exposition « Archéo A16 » au Musée jurassien des sciences naturelles à Porrentruy (jusqu’au 31 mars 2014) ou au Centre nature Les Cerlatez près de Saignelégier (dès le 18 avril et jusqu’au 2 novembre 2014). Mots-clés : pierre, os.

De l’archéologie virtuelle à la cyber-archéologie

Du mercredi 25 au samedi 28 septembre 2013, une soixantaine de personnes provenant aussi bien des domaines académique, publique ou privé se sont réunies au Centre culturel européen de Delphes en Grèce pour un atelier international intitulé « Virtual Archaeology, Museums & Cultural Tourism » (VAMCT 2013). Cette réunion organisée par l’Université de l’Egée, présidée par  Ioannis Liritzis et placée sous les auspices du ministère hellénique de la culture et des sports, visait à faire le point sur les nouvelles tendances dans le domaine des technologies numériques en relation avec les musées et le patrimoine culturel. Les quarante interventions grâce à leur origine interdisciplinaire ont permis de couvrir l’essentiel des questions concernant les relations entre les musées, les sites archéologiques, les objets, les technologies numériques et l’Internet et  y ont apporté des  réponses  stimulantes, permettant de se représenter ce que pourrait être l’archéologie virtuelle de demain. La richesse des exposés  présentés  par les divers intervenants  semble être de bon augure pour le grand congrès international Digital Heritage organisé à Marseille du 28 octobre au 1 novembre 2013, où plusieurs participants à l’atelier VAMCT 2013 seront aussi présents.

VAMCT2013
VAMCT 2013 à l’heure des conclusions

Une approche pleine d’avenir est celle de la visite en temps et en lieu réels de sites archéologiques tels qu’ils se présentaient autrefois.  Par le moyen de téléphones intelligents ou de tablettes numériques, les visiteurs sont invités à visualiser en 3D des monuments virtuellement reconstruits ouvrant une fenêtre sur le passé, comme c’est le cas déjà sur le Forum romain à Rome, ou comme sont en train de le mettre en œuvre les partenaires de l’application e-Chronomichani , présentée comme une e-time machine ou e-machine à voyager dans le temps sur l’Agora romaine d’Athènes par la société Diadrasis. Selon Maurizio Forte, un des instigateurs reconnu du concept, l’Archéologie virtuelle  de demain pourrait s’appeler la Cyber-archéologie comme l’indique le titre de son exposé : « From Virtual Archaeology to Cyber-Archaeology : Avatarizing the Past ». A partir des reconstructions en 3D, qui sont à la base des visites  virtuelles, on devrait parvenir à développer de vrais Cyber mondes, à la fois immersifs et interactifs. Grâce aux technologies numériques, ce ne sont pas seulement les constructions qui pourront être recrées mais également les relations entre les individus, les objets et les lieux qui seront  simulées, comme nous le suggère des réalisations comme celle de la visite de la villa de Livie à Prima Porta ou comme l’usage du storytelling dans le projet CHESS présenté par Maria Roussou. Avec de nouveaux dispositifs de vision, comme les lunettes Google ou Oculus permettant une meilleure fusion entre reconstructions 3D et visites virtuelles,  nous pouvons avoir l’espoir de nous transformer bientôt en d’actifs participants et explorateurs de lieux disparus à l’instar d’avatars du présent immergés dans un passé retrouvé.

Qui paie commande ?

En ouverture de leur congrès annuel 2013, les membres de l’Association suisse des musées (AMS), ceux de la section suisse du Conseil international des musées (ICOM), ainsi que des personnes intéressées par la question,  se sont réunis le 29 août au Musée d’art et d’histoire de Genève pour une réflexion sur les relations de partenariat public-privé dans le cadre des musées. Il est de fait que les musées pour l’accomplissement de leurs taches sont à la recherche de financements. Que ces financements proviennent du secteur public ou du secteur privé il est toujours bon de trouver de nouvelles sources de financements pour se prémunir de la réduction des subventions publiques ou du retrait d’un important mécène.  Ainsi, la mise en place de projets basés sur un partenariat public-privé peut se révéler profitable pour les deux parties. Pour les musées, cela permet de créer un cadre bien défini aux projets d’extensions, d’expositions, de réaménagements de salles, de mises en valeur des collections, de restaurations d’objets, de publications ou de programmes de médiation culturelle et de vérifier qu’ils sont en adéquation avec les souhaits de leur public. Pour les privés, cela permet de s’associer aux institutions muséales, afin de gagner en visibilité, une reconnaissance de la collectivité et obtenir des contreparties, comme la mise à disposition des espaces muséaux pour y organiser  des événements de relations publiques.

Rade de Genève

La rade de Genève

Dans la perspective de proposer des contreparties permettant de susciter l’ouverture de fonds privés pour entretenir le patrimoine culturel, comment juger l’attitude des archéologues genevois qui ont remis au lac des centaines de pilotis de l’âge du Bronze ? Défiant leur autorité de tutelle, le Conseil d’État du canton de Genève qui souhaitait mettre en vente une partie des 2400 pieux en chêne extraits du site lacustre du Plonjon dans la rade, nos collègues genevoix ont jugé préférable d’en rejeter la plus grande partie au lac, ne conservant que 150 pieux à des fins scientifiques et muséographiques, plutôt que  d’approvisionner le trafic de vestiges archéologiques. De fait, une fois qu’un pieu a été déterminé du point de vue de l’espèce de son bois, mesuré dans ses dimensions, dessiné,  photographié et échantillonné pour permettre une étude dendrochronologique susceptible d’en fournir une date d’abatage, une remise à l’eau est généralement le destin final qui lui est réservé, compte tenu qu’il n’est pas possible de garder des milliers de pièces gorgées d’eau sans mettre en œuvre une procédure couteuse de conservation, comme la lyophilisation ou le recours à des produits d’imprégnation comme le polyéthylène glycol, avant de leur trouver un volume de dépôt. Aussi, peut-on se demander s’il n’aurait pas été possible, dans ce cas, de mettre en place un partenariat public-privé de type “crowdfunding” pour financer l’étude de ces pieux, quitte à en offrir un certain nombre, après analyse, en guise de contrepartie symbolique. Car il n’existe, à ma connaissance, aucun trafic illicite de pieux lacustres, ce qui rend leur valeur marchande, donc l’idée de les vendre, quasi nulle. On peut cependant penser que cette affaire ne restera pas sans suite et que l’on vérifiera dans cet exemple, si oui ou non, qui paie commande !

Le parfum des fleurs des Pharaons

C’est avec un sentiment de déjà-vu que l’amateur  d’égyptologie entre dans la nouvelle exposition du Laténium « Fleurs des Pharaons ». Un alignement de sarcophages dressés se présente sur la droite contre la paroi comme  dans le tombeau de Kih-Oskh dans lequel pénètre Tintin dans «les Cigares du Pharaon». L’archéologue, quant à lui, doit se remémorer la découverte de la cachette des momies royales de Deir el-Bahari en 1881, ainsi que d’une autre cache toute proche découverte un peu plus tard en 1891, ayant conduit à la mise au jour du double sarcophage de Nesi Maout, prêtresse d’Amon –Rê au cours de la XXIe dynastie, en même temps que 152 autres sarcophages de grands prêtres. Mais ce qui retient l’attention de cette exposition, ce ne sont pas ces cercueils provenant de la collection égyptienne du Musée d’ethnographie de Neuchâtel ni même l’histoire des momies qu’ils contenaient, mais les fleurs qui étaient ensevelies en même temps que d’autres corps momifiés bien plus illustres.

FleursDePharaon
Anubis était aussi présent à la Nuit des musées

En 2010, l’archéobotaniste Christiane Jacquat remarqua une collection de fleurs séchées dans les caves de l’Institut de botanique de l’Université de Zürich. Elle découvrit que ces fleurs avaient été offertes en 1890 au Jardin botanique de Zürich par le célèbre égyptologue Gaston Maspero, et, avec le temps, la trace en avait été perdue. Or, il s’agissait des fragments des guirlandes funéraires qui se trouvaient enfouies dans la célèbre cachette de Deir el-Bahari  où les plus prestigieuses momies royales des XVIIIe et XIXe dynasties avaient trouvé refuge, parmi lesquelles  Amosis, Thoutmosis Ier, II, III, Aménophis Ier, Ramsès Ier, II, III, Nefertari et Hatshepsout. Ainsi le titre de l’exposition «Fleurs des Pharaons » n’est pas usurpé car les fleurs séchées exposées et savamment présentées ont bien passés plusieurs millénaires auprès des plus grands pharaons du Nouvel Empire. La survivance de ces fragiles vestiges botaniques n’est pas sans faire écho au même miracle qui permet l’étude des macrorestes végétaux dans les villages des Palafittes, dont Christiane Jacquat est une des plus grandes spécialistes et tout naturellement  la commissaire scientifique de cette exposition à voir jusqu’au 2 mars 2014.

ArchéoA16 en résumé

Le 4 mai 2013 va s’ouvrir simultanément dans les trois districts du canton du Jura, ARCHÉO A16, une grande exposition rétrospective des découvertes  réalisées au cours de 25 années de fouilles le long du tracé de l’autoroute A16, dite Transjurane. Comme l’annonce en détail, en guise d’accroche publicitaire le futur ticket d’entrée de cette exposition multisites, ce ne sont pas moins de 8’054 tranchées de sondage, 44 fouilles et 644’318 objets inventoriés, qui constituent l’héritage archéologique de ce vaste chantier de génie civil. Pas moins de quatre musées se sont associés avec  la Section d’archéologie et paléontologie de l’Office de la culture du Jura pour former  un Comité de pilotage chargé de la réalisation de cet ambitieux projet. Le thème retenu est des plus simples puisque les quatre musées se sont partagés les artéfacts en fonction de leur matière de base. Ainsi les métaux seront présentés au Musée Jurassien d’Art et d’Histoire de Delémont, la terre (soit la céramique et le verre) au Musée de l’Hôtel-Dieu à Porrentruy, la pierre au Musée des Sciences Naturelles dans la même localité et, enfin, les matières organiques (os et bois) au Centre Nature des Cerlatez  près de Saignelégier.

ArchéoA16

Extrait de l’affiche de l’exposition.

Aujourd’hui a eu lieu à Porrentruy, dans le cadre cossu du Musée de l’Hôtel-Dieu,  la conférence de presse en relation avec cette exposition. Comme j’ai été mandaté par le Comité de pilotage pour agir en tant que commissaire d’exposition dans les quatre lieux, il m’est possible de dire que la première sélection des objets s’est faite en parcourant les images et les planches contenues dans les 32 volumes de la série des Cahiers d’archéologie jurassienne consacrés uniquement aux découvertes liées à l’A16. A l’arrivée, une liste de plus de 1400 objets. Pour l’instant, seule une partie d’entre eux sont présents sur le site internet conçu en lien avec l’exposition et la résume. Mais petit à petit, ce petit noyau va s’enrichir de nouvelles adjonctions et ainsi, lorsque les musées de briques et de ciments auront  fermés leurs portes à leur partie d’exposition, il sera toujours possible de la parcourir virtuellement.

 

A quoi sert l’archéologie ?

Cette semaine,  dans l’émission « Vacarme » de la 1ère de la Radio Télévision Suisse (RTS), le journaliste Marc Giouse  interroge nos confrères actifs sur cinq grands sites archéologiques de Suisse et de France à propos de l’utilité de l’archéologie. Pour commencer, lundi 17 décembre 2012, c’est à partir de l’expérience vécue par  les archéologues engagés sur le terrain par le vaste projet de construction  du quartier « Métamorphose »  mis en route aux Prés-de-Vidy, à Lausanne, que les premières réponses furent apportées. Des sondages entrepris en 2008 avaient découvert sur cette parcelle la présence de sépultures d’époque romaine. Les fouilles préliminaires conduites cette année sur une surface restreinte de 200 m2 ont mis au jour une centaine de tombes, qui permettent d’envisager la présence à Lousonna d’une vaste nécropole recelant de deux à six mille sépultures, qui devrait être intégralement dégagée dans les trois  années à venir. De ces découvertes initiales, l’équipe du Musée romain de Lausanne-Vidy sous la direction de Laurent Flütsch, en a déjà extrait la matière à une exposition temporaire intitulée « La mort est dans le pré », à voir d’ici au 14 avril 2013. La mise en place d’une exposition est sans aucun doute une excellente manière pour le directeur de musée de démontrer au journaliste et au public  que l’archéologie ce n’est pas l’étude des objets, mais l’étude des restes matériels dans leur contexte.

Extrait de l’affiche de l’exposition.

Mardi, c’était en relation avec  l’exploration de la Grotte Chauvet, que la question de départ était posée par le journaliste à Dominique Baffier, conservatrice de la grotte. Aujourd’hui mercredi, c’étaient les découvertes du Mormont et autour de Gilbert Kaenel, que  Marc Giouse sollicitait des réponses lors de son interrogatoire. Demain jeudi, ce seront les fouilleurs du site de Corent et Mathieu Poux qui passeront à la question à la radio. Enfin, vendredi 21 décembre 2012, c’est l’équipe de Pierre Corboud, attachée à la sauvegarde des vestiges du site palafittique du Plonjon dans la rade de Genève, qui apportera une touche finale à cette série de rencontres enregistrée au mois de septembre. Mais comme ce jour là est également annoncé comme « la fin du calendrier Maya » une émission spéciale  « la fin est un début » permettra à Laurent Flütsch d’apporter,  en direct sur les ondes, l’éclairage de l’archéologue sur l’histoire future de l’humanité. On peut espérer qu’après cela, une réponse satisfaisante à la question :« à quoi sert l’archéologie ? » émergera. En guise de conclusion, dimanche prochain, 23 décembre, en plus de la diffusion de deux des cinq reportages de la semaine, il sera intéressant de découvrir la teneur des messages laissés durant la semaine par les auditeurs sur le répondeur de l’émission. Leurs avis nous permettrons de savoir quels sentiments animent les auditeurs de la RTS envers notre discipline. Dommage cependant que pour donner leur opinion seul un numéro de téléphone soit à leur disposition. A l’heure des médias sociaux, il serait plus actuel pour les auditeurs de pouvoir réagir à l’émission sur d’autres vecteurs de communication comme Twitter, Facebook ou un forum de discussion, plutôt que  sur un simple répondeur téléphonique.

L’archéologie nationale en Romandie

L’exposition « Trésors du Musée National Suisse » qui vient de s’ouvrir au musée du Château de Prangins, présente pour la première fois en Suisse romande les pièces maîtresses de la collection archéologique du Musée national suisse de Zurich. En raison des travaux de rénovation du bâtiment principal à Zurich, les salles d’exposition permanente consacrées à l’archéologie ont été démontées en 2009. La plus grande partie de la collection prendra sa place dans les salles de la nouvelle aile en construction, dont les premiers coups de pioches ont été donnés le 2 mars dernier, et  qui devrait être inaugurée en été 2016. Pour les conservateurs du musée,  et en premier lieu Anne Kappeler, conservatrice de la section d’archéologie et commissaire de l’exposition,  l’occasion était donc toute trouvée pour présenter les plus belles pièces de la collection archéologique au Château de Prangins, comme la coupe en or de Zurich-Altstetten de l’âge du Bronze, ou le splendide trésor celtique d’Erstfeld.  De plus, un film sur le Centre des collections du Musée national suisse et des bornes multimédias permettent aux visiteurs de parfaire leurs connaissances sur les missions de l’institution muséale et sur l’archéologie suisse.


Coupe en or de Zurich-Altstetten (Photo : MNS)

Le dossier de presse attaché à l’exposition rappelle que “l’archéologie joua un rôle primordial dans l’histoire et la création du Musée national suisse. Au cours de la deuxième moitié du 19e siècle, période où le sentiment identitaire se manifeste fortement dans toute l’Europe, la Confédération acquiert alors de grandes collections privées d’objets provenant des sites lacustres, afin de sauvegarder ce patrimoine suisse menacé de dispersion à l’étranger. L’idée de présenter au public ces objets au sein d’un musée national fait petit à petit son chemin dans le monde politique. En 1890, un arrêté fédéral institue le Musée national suisse. Inauguré en 1898 à Zurich, le « temple à la gloire de nos ancêtres» consacrait une part essentielle de son exposition permanente aux vestiges archéologiques. La collection s’enrichit par la suite grâce aux dons, legs et achats mais aussi grâce aux fouilles menées par le musée. Tandis que les services archéologiques cantonaux étaient encore inexistants, le musée entreprit de nombreuses campagnes de fouilles sauvant et documentant ainsi des sites souvent voués à la destruction”.  Nous avons ainsi jusqu’au 14 octobre 2012 pour découvrir près de chez nous l’exposition extraordinaire de ces objets.

Pour un Musée archéologique des Univers numériques

La dernière exposition de la Maison d’Ailleurs intitulée Play Time s’intéresse à la relation qu’entretient la société avec le monde du jeu vidéo. La présentation du thème s’articule autour de cinq sections, dont une section historique intitulée : Archaeology of Fun. Cette partie de l’exposition qui s’intéresse aux jeux auxquels on jouait avant l’arrivée des jeux vidéo, montre bien qu’il n’y a, dans le fond, pas de grand changement dans la tête du joueur.  Ce dernier peut tout aussi bien être captivé et s’immerger dans des jeux traditionnels ou des jeux de rôles que devant un écran. L’usage des dés permet de produire de l’aléatoire dans le déroulement du jeu et la réflexion ainsi que la prise de décision sont au cœur du jeu d’échec. De plus une paire de dés ou un jeu de cartes, offraient déjà la possibilité d’avoir avec soi un jeu à emporter partout, comme de nos jours un téléphone portable.

Le jeu des Rois ou le roi des jeux

Dans les mondes numériques l’archéologie trouve souvent sa place, soit de manière directe comme dans la série des Tomb Raider, soit sous la forme de monuments ou de ruines archéologiques aperçues aux cours du déroulement du jeu, comme dans certains parcours routiers de Need for Speed. Le joueur progressant dans ces univers enregistre des souvenirs de lieux et de places qui lui deviennent aussi familiers que les espaces de sa réalité quotidienne. Qu’advient-il de ces espaces une fois que la prise est débranchée, ou que la technologie qui les faits exister devient obsolète ? Y-a-t-il une manière de les revoir ou de les conserver ? Devra-t-on un jour penser à classer au patrimoine mondial de l’Unesco certains espaces numériques ? La question est posée. Peut être que pour y répondre on inaugurera un jour le Musée archéologique des Univers vidéoludiques, comme le suggère, dans un des textes du catalogue, José Luis de Vicente, commissaire invité de l’exposition.

Visite virtuelle en Irak

La Mésopotamie, vaste plaine  arrosée par le Tigre et l’Euphrate à l’origine de l’histoire est, archéologiquement parlant, riche de son passé.  Le Pergamon Museum à Berlin, le Louvre à Paris et le British Museum à Londres, peuvent en témoigner. La partie essentielle de cet ensemble culturel se situe sur le territoire de l’Irak. Compte tenu de la situation actuelle dans ce pays, et malgré la réouverture du Musée National en 2009, il est difficile dans le monde réel, pour ne pas dire dangereux,  de visiter les collections archéologiques  irakiennes dans le pays même.  Pour palier à cet obstacle il suffit d’allumer son ordinateur et de se connecter sur Internet pour  accéder à une autre richesse, celle des visites numériques.

Hall d’entrée du musée virtuel

Le Musée National d’Irak, a défaut d’une visite réelle, propose à ses visiteurs potentiels une visite virtuelle de ses salles à l’aide de l’application Google Street View. Mais, s’il est facile de se faire une idée de l’architecture et de la disposition des lieux, en revanche, par ce biais, il est malaisé de voir en détail les objets exposés et impossible de pouvoir s’informer sur eux. Pour atténuer cette déception, dix-sept objets sont présentés en « 3D »,  c’est-à-dire exposés en vision panoramique à 360°. Il s’agit cependant d’objets sans grand intérêt, et, de plus, dépourvus d’une description détaillée. En définitive, ce site internet n’est qu’un site alibi, qui témoigne juste de son existence, malgré les vicissitudes subies ces dernières années. Une équipe italienne, sensibilisée par le drame qu’à connu ce musée a mis en œuvre diverses compétences et ressources  pour  compléter  cette vue d’ensemble virtuelle.  Le projet, soutenu par le Ministère italien des affaires étrangères  en partenariat  avec le Conseil italien de la recherche scientifique, à donner naissance au site : « The Virtual Museum of Irak ». La page d’accueil du site est faite en trois langues, anglais, arabe et italien. A partir de là, un petit film présente par l’image l’histoire du musée, avant d’aboutir dans le hall d’entrée qui permet d’accéder aux huit sections de l’institution. Dans chacune des sections, un choix d’objets caractéristiques des différentes périodes à été effectué, et apporte infiniment plus d’informations et de détail sur ces artefacts que le site officiel du musée. Dommage cependant que les images de ces objets, présentés dans le mode exploration, ne soient pas mieux réalisées. En définitive, l’idéal pour un tel Musée virtuel, aurait été d’associer les contenus virtuels de ces deux sites.

Profession archéologue

Qu’est-ce qu’un archéologue ? C’est une question à laquelle j’ai été confrontée à de nombreuses reprises. En général je réponds que pour les archéologues, c’est comme pour les médecins, il y a des généralistes et des spécialistes. Le point commun entre tous, c’est que chacun vise par ses diagnostiques et ses traitements à mettre au jour une parcelle du passé de l’humanité à travers l’analyse des vestiges laissés par nos prédécesseurs. C’est cette même question que l’exposition « Profession archéologue », inaugurée le 28 novembre 2011 au siège de l’Unesco à Paris, dans le cadre de la 17ème assemblée générale du Conseil international des monuments et des sites, cherche également à donner une réponse.

Exposition “Profession archéologue” (Photos : Pierre Buch)

Le but de cette exposition itinérante est d’aller au-delà des idées reçues concernant notre profession. Pour ce faire, le photographe Pierre Buch a sillonné sept pays européens pour rencontrer les archéologues dans leur cadre quotidien. La Convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique, établie à Malte en 1992, qui donne les bases pour l’établissement de l’archéologie préventive, a changé fondamentalement l’idée que le grand public doit se faire de l’archéologue, encore trop souvent perçu comme un chasseur de trésor à l’exemple d’Indiana Jones, qui a fêté ses trente ans au cinéma, ou celle de Lara Croft, qui a célébré ses 15 ans d’aventures virtuelles. Dans les faits, l’archéologie est plutôt une profession atypique, qui a besoin de reconnaissance officielle, car encore trop souvent assimilée à une forme de dilettantisme. Notre tort, sans doute, c’est d’exercer une profession de rêve, soutenu par notre passion, car l’archéologie est sexy, comme le montre de manière humoristique ce petit film sur YouTube.