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Premières journées d’archéologie en Europe

Du 14 au 16 juin, la Suisse ainsi que 16 autres pays européens, ont connu leur première édition des Journées d’Archéologie en Europe, basées sur le modèle des Journées nationales de l’archéologie mis en place en France depuis 2010. Ces journées qui ont lieu traditionnellement la deuxième semaine de juin sont organisées par le ministère français de la Culture et coordonnées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap). Elles ont pour ambition de sensibiliser les publics les plus variés à l’archéologie, à ses enjeux, à ses métiers, à ses méthodes et à ses lieux. Ce blog se permettait déjà de rêver à ce que de telles journées soient instituées en Suisse il y a huit ans.  Il aura fallu une table ronde à Lausanne en 2013, avec Pascal Ratier, coordinateur des Journées nationales de l’archéologie en France, ainsi que du temps, pour en arriver là.

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Résultats de la recherche pour l’Espace Mittelland

L’ensemble de la Suisse a été découpée en sept régions. Tout naturellement, compte tenu de la proximité linguistique avec la France, c’est en Suisse romande que la majorité des événements liés à ces journées eurent lieu, soit dans 13 lieux sur les 22 annoncés. Le reste se déroula en Suisse alémanique, mais rien en Suisse italienne. Pour ce qui concerne l’Espace Mittelland, l’entier des activités furent déployées dans le canton de Neuchâtel et dans aucun des autres cantons compris dans cette région. Pour cela, tous les acteurs de l’archéologie cantonale se sont mis ensemble pour définir un programme susceptible de satisfaire les personnes intéressées par le sujet. La visite du laboratoire de restauration du Laténium de même que les visites de la grotte de Cotencher ainsi que des ruines du château de Rochefort connurent un grand intérêt public le samedi, alors que le dimanche une cinquantaine de personnes prirent part à une balade entre lieux archéologiques et historiques dans la campagne bucolique du centre du Val-de-Ruz. Cette déambulation de trois heures entre Fontaine et Valangin, via Engollon et Fenin, fut un vrai succès, car en tant qu’organisateur, j’en espérais deux fois moins.  Vu l’intérêt et l’enthousiasme manifesté par les participants à ces journées, nul doute que nous répondrons présents à l’appel de la deuxième édition des Journées d’archéologie en Europe qui aura lieu les 19, 20 et 21 juin 2020.

À la claire fontaine

Depuis l’exposition à l’Espace Schilling de l’artiste espagnol Desiderio Delgado qui a peint les fontaines de Neuchâtel, je suis devenu plus attentif à la présence des fontaines qui m’entourent. Je réalise progressivement à quel point elles sont encore nombreuses, bien que le plus souvent discrètes. Leur présence, est là pour nous rappeler que l’accès à l’eau courante n’était pas une chose aussi simple qu’elle semble l’être aujourd’hui quand il suffit de tourner les robinets de nos cuisines ou de nos salles de bains. J’ai essayé de me remémorer toutes les fontaines qui a un moment ou a un autre de mon existence ont pu me marquer ou m’attacher et je réalise qu’elles sont bien trop nombreuses pour toutes les citer ici, à moins d’en faire une longue liste prenant toute la place dans l’espace que je réserve à ce texte. Les premières fontaines auxquelles je pense, parmi les plus anciennes, sont celles de la Rome antique. L’Urbs, selon le consul romain Sextus Julius Frontinus, nommé administrateur des eaux de Rome en l’an 98 de notre ère, était une ville de fontaines. La ville disposait de neuf aqueducs alimentant 39 fontaines monumentales et 591 bassins publics, sans compter l’eau fournie à la maison impériale, les bains et propriétaires de villas privées. Chacune des fontaines principales était reliée à deux aqueducs différents, au cas où l’un d’entre eux serait fermé pour cause d’entretien. A ce propos, je me souviens que mon premier travail de séminaire en archéologie classique a concerné l’étude de la Fontaine de Juturne sur le Forum romain.
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Flyer de l’exposition Delgado à Neuchâtel

Depuis peu, je fais aussi partie de la Commission des biens culturels de mon canton. Parmi les décisions que les membres de cette commission ont prises dernièrement a été celle de mettre sous protection l’ensemble des six fontaines publiques du village de Lignières, classées toutes ensemble comme un patrimoine sériel, reflet de l’importance de la relation entre l’approvisionnement en eau et la présence d’une population. La plus ancienne fontaine de ce village date de 1750. Elle est aussi celle dont le bassin a la plus grande contenance, puisqu’elle est évaluée à 5000 litres. Ce bassin a été creusé dans un bloc de calcaire mesurant 4m de longueur, pour 2,62m de largeur et 1,20m d’épaisseur, formant une masse estimée à 20 tonnes. La trace laissée par l’extraction monolithique de la pierre est encore visible sur un rocher dans une forêt située à 1km du village. Un chroniqueur de l’époque nous rapporte que c’est à l’aide d’un traineau fait de troncs d’arbre glissés sur des rondins en bois, tiré par 40 paires de bœufs, encadrés par une centaine de personnes que ce grand bassin fut amené au centre du village. Ce travail fut fait, non sans danger, dans le froid et la neige de janvier et dura huit jours. Après cela les habitants du village purent laver leur linge, abreuver leur bétail et se ravitailler en eau à la claire fontaine, avec le sentiment d’un bel ouvrage accompli.

Paul Collart et le temple de Baalshamîn à Palmyre

L’exposition « Cités millénaires. Voyage virtuel de Palmyre à Mossoul » présentée à l’Institut du monde arabe, est prolongée jusqu’au 17 février 2019. Cette exposition montre de manière particulièrement spectaculaire certains sites dévastés par les conflits armés, en particulier ceux de la Syrie et de l’emblématique Palmyre, classée en 1980 au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, dont une grande partie des vestiges ont été sauvagement dynamités par des fondamentalistes. Mais au lieu de pleurer sur ces ruines, l’exposition montre aussi comment il est possible de procéder à une documentation et un archivage numérique des monuments. Dans cette présentation, la scénographie a ainsi mis en lumière l’activité d’une jeune société française, Iconem, qui depuis 2013 s’est donnée comme but de numériser les objets menacés du patrimoine. Par exemple, en 2016, c’est à l’aide de drones, qu’Yves Ubelmann, le fondateur d’Iconem, avec une équipe d’archéologues, a passé quatre jours à Palmyre afin de prendre quelque 35’000 clichés pour garder en mémoire l’état de la cité antique après destructions. Grâce aux techniques photogrammétriques, des modèles 3D ont été réalisés, qui permettent au public de se rendre compte des dégâts, mais qui ouvrent aussi des perspectives pour envisager une nouvelle manière de sauvegarder le patrimoine.
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Restitution de la cella du temple de Baalshamîn © ICONEM / UNIL

Pour le sanctuaire de Baalshamîn, sur le site Palmyre, détruit en août 2015 par les guerriers de l’Etat islamique, la société Iconem peut bénéficier de l’apport des archives léguées par l’archéologue suisse Paul Collart (1902-1981) à l’Institut d’archéologie et des sciences de l’antiquité de l’Université de Lausanne (UNIL). Collart était professeur aux Universités de Lausanne et Genève, et a pris entre 1954 à 1956 la direction de la fouille du sanctuaire de Baalshamîn. Cette fouille a été la première mission archéologique engagée par la Suisse en dehors de son territoire. Depuis 2017, pour valoriser ce fonds, l’UNIL a lancé le projet « Paul Collart et le temple de Baalshamîn à Palmyre ». Placé sous la direction de l’archéologue Patrick Michel, ce projet vise à numériser l’ensemble de ces archives qui se présentent essentiellement sous la forme de photographies, de plans, de cahiers et de lettres. D’ores et déjà, plusieurs centaines de photographies sont à disposition sur la banque d’images Tiresias de l’UNIL. En outre, en janvier 2018, a été créé une association « Paul Collart au Proche-Orient», qui vise à soutenir financièrement la réalisation de ce vaste programme. Si le projet aboutit, « la numérisation des archives Collart sur Baalshamîn ne servira pas aux seuls archéologues » comme le rapporte le résumé de présentation du projet. « Elle donnera lieu à plusieurs actions de médiation culturelle, destinées à différents publics, à travers des expositions, à travers un projet original à visée éducative et humanitaire, ainsi qu’à travers des médias audio-visuels, des conférences et des publications. Cette médiation passera aussi par la production et la mise en ligne d’une application pour smartphones et tablettes qui permettra une expérience immersive et une visite du sanctuaire de Baalshamîn à travers toutes les étapes de son histoire ». J’attends avec impatience de voir aboutir ce beau projet !

A la découverte de la hyalologie

Le verre est de nos jours un matériau omniprésent. Il se présente sous différentes formes qu’il serait fastidieux et inutile d’énumérer ici. Mais autrefois il en allait différemment, comme les archéologues spécialistes du verre antique ou « hyalologues » nous le démontre.  Si aujourd’hui on assimile parfois ces objets à de la verroterie sans grande valeur, on ne peut pas penser la même chose des artéfacts en verre exhumés lors des fouilles archéologiques des sites pré et proto-historiques. La vitrification sous forme de glaçures sur les céramiques sont observées dès le Vème millénaire en Mésopotamie. Cette technique se développe par la suite en Egypte et au Proche-Orient dans des ateliers primaires producteurs de pâte de verre brut, car ce n’est que là que l’on trouve des sables vitrifiables avec du natron sans adjonction de chaux. De là, dès le Bronze moyen, des ateliers secondaires manufacturent en Europe le verre brut pour le façonner. Les premiers objets en verre apparaissent chez nous de manière importante au Bronze final, vers 1000 av. J-C., sous la forme de perles bleues, qui viennent concurrencer dans les parures des élites la transparence de l’ambre et l’éclat des métaux.  Ces perles proviennent pour une partie d’entre elles d’un atelier secondaire établi à Frattesina en Vénétie, comme le démontre l’analyse faite sur les perles en verre du site d’Hauterive-Champréveyres.
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Bracelets en verre de l’atelier Silicybine en vente au Laténium

Au début de la période de La Tène, au 5ème siècle avant J.-C., d’élégants bracelets en verre apparaissent, que seuls les Celtes produisent et qui commencent d’abord à faire le bonheur des nobles dames de l’époque, comme la princesse de Reinheim. Dans sa thèse de doctorat, soutenue en novembre 2017 et intitulée « L’artisanat du verre dans le monde celtique au second âge du Fer : approches archéométriques, technologiques et sociales », l’archéologue Joëlle Rolland en a fait une étude très complète, puisque, non contente d’avoir fait la recension de 8789 bracelets répartis dans toute l’Europe, qui permet d’en faire de véritables marqueurs chrono-typologiques et sociologiques, elle s’est attachée, dès 2009, à en retrouver le mode de fabrication, grâce à l’aide de l’atelier verrier Silicybine. Un produit qui pouvait sembler de prime abord techniquement simple à réaliser s’est révélé de fait bien plus laborieux à reproduire. Car si les artisans verriers d’aujourd’hui maîtrisent les techniques du verre soufflé, les Celtes ont fabriqués leurs bracelets d’une toute autre manière, soit par filage et étirement de la pâte de verre, comme cela se fait encore de nos jours au Népal ou au Niger. Pour reproduire ces objets un protocole d’archéologie expérimentale fut mis en place et après un apprentissage de plusieurs années, le verrier Joël Clesse de l’atelier Silicybine est actuellement en mesure de fabriquer des reproductions très fidèles, tant par la forme et le décor, d’environ 80% des bracelets en verre celtiques produits entre 475 et 80 av.J-C. La synthèse de ces expérimentations et de ces recherches, dont on peut se faire une idée dans un reportage produit par Libération, devrait se manifester lors de l’exposition temporaire “Bling-Bling” prévue dès le 5 avril 2019 au Musée et Parc d’Alésia.
Note : on connait en archéologie une grande variété de spécialistes comme anthropologue, archéozoologue, céramologue, lithicien, palynologue, carpologue, dendrochronologue, anthracologue, etc… Mais étrangement, il n’existe aucun nom savant pour les spécialistes du verre, d’où ma proposition lors de l’exposition « Archéo A16 » du terme « hyalologue », du grec hualos (verre), qui a donné en français les adjectifs « hyalin », qui a la transparence du verre et « hyaloïde », qui ressemble à du verre.

Immersion lacustre avec « emersion »

Après l’annonce et la remise des certificats d’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011, puis la présentation d’un guide des Palafittes suisses en 2017, le Parc et Musée cantonal d’archéologie de Neuchâtel, connu sous le nom du Laténium, à Hauterive NE, s’illustre à nouveau dans le cadre d’un événement directement en relation avec la mise en valeur des « Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes ». Inaugurée mardi dernier, une fresque photovoltaïque de 18m de long, permet d’avoir un bon aperçu de l’état de conservation de l’un des cinq sites palafittiques neuchâtelois inscrit au Patrimoine mondial. A la façon d’un plongeur, mais sans difficulté, on peut visualiser un panorama embrassant environ 180 m2 de la station lacustre de « Bevaix / l’Abbaye 2 » qui dans son ensemble couvre une surface d’un peu plus d’un hectare. Le site se situe à 50m du rivage par deux mètres de fond. Les centaines d’objets qui y ont été récoltés témoignent d’un point de vue typologique de toutes les phases du Bronze final. De fait, les datations dendrochronologiques des 11 pieux datés, s’étalent entre 1057 et 880 avant J.-C. Pourvu de cette installation le Laténium mérite d’autant mieux son rôle de Centre d’interprétation des palafittes du pourtour alpin et la Médaille de la médiation archéologique que lui a décerné, il y a quelques semaines, l’Union internationale des sciences préhistoriques et protohistoriques (UISPP).
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Comme un air d’aquarium

L’idée de cette fresque trouve son origine dans l’esprit de l’ingénieur et aérostier Fabien Droz. Par ses contacts établis avec Laure-Emmanuelle Perret, responsable des technologies au sein de la division photovoltaïque du CSEM, et avec Fabien Langenegger, archéologue à l’Office du patrimoine et de l’archéologie (OPAN), est né un projet baptisé « emersion » conçu en partenariat entre l’association Compáz et le Laténium, pour réaliser une valorisation des palafittes de manière originale et novatrice. Le panorama subaquatique photographié par Fabien Langenegger dans les eaux froides mais moins turbides du mois d’avril, est constitué par l’assemblage d’une mosaïque d’une centaine de clichés pris avec un rail de traveling tous les 30 cm sur une vingtaine de mètres. Le visiteur peu ainsi découvrir à l’échelle 1:1 ce qu’il pourrait voir sous l’eau s’il avait le droit et les capacités de plonger à cet endroit, ce qui n’est pas accordé à tout le monde. Car pour des raisons évidentes de protection le site lui-même est interdit à la plongée. Cette interdiction n’a cependant pas empêché des personnes mal intentionnées de se rendre sur les lieux, et, sans se faire remarquer, de démonter et dérober les rails laissés sur place. Pour l’anecdote, c’est le premier vol sous l’eau enregistré par la police neuchâteloise. Les éléments de cette fresque sont installés contre les parois méridionales de l’ancien bassin piscicole dont le plan d’eau, situé à 432 m au-dessus de la mer, restitue l’altitude du lac de Neuchâtel avant les travaux de la Correction des eaux du Jura qui conduisirent à une baisse de 2m70 de son niveau vers 1880. Face à cette réalisation, on constate qu’elle n’est pas seulement esthétiquement très réussie, mais qu’elle est également très utile. Les 19 panneaux solaires qui la constitue fournissent l’électricité nécessaire pour alimenter en énergie l’ensemble des salles consacrées à la Préhistoire, soit l’équivalent d’un tiers des besoins en éclairage du musée. Cette œuvre d’art technologique devrait pouvoir se conserver dans cet état au moins une quinzaine d’année et contribuer à la durabilité de la construction du Laténium déjà distinguée par le label Minergie.

Tomb Raider à Prêles

Cette histoire commence pour moi à fin août par la lecture d’un petit article du Migros Magazine, intitulé « La fille d’Indiana Jones » célébrant la passion d’une jeune fille de 13 ans pour la détection dite de loisir. J’ai d’abord été surpris et presque choqué de voir en une du journal une publicité aussi évidente faite à une activité généralement réprouvée par les membres de ma profession. Mais ensuite je fus rassuré en poursuivant ma lecture de savoir que « les objets présentant un intérêt historique sont systématiquement confiés aux bons soins des services d’archéologie cantonaux ». De même, j’apprenais dans cet article qu’une découverte importante avait été faite par son beau-père, mais que c’était pour l’heure « encore un secret, qui ne sera dévoilé qu’à la sortie d’une publication scientifique consacrée à sa trouvaille ! ». Un secret pourtant bien visible comme je le constatais en visionnant la vidéo de présentation de la découverte sur la chaîne YouTube de la sympathique émule de Lara Croft.
Le 18 septembre, un communiqué de presse du canton de Berne annonçait qu’en octobre 2017, une main en bronze parée d’un bracelet en or avait été découverte par deux particuliers aux abords du village de Prêles, de même qu’une lame de poignard en bronze et une côte humaine, le tout daté entre 1500 et 1400 av. J.-C. Tous ces objets furent remis dès le lendemain au service archéologique du canton de Berne, mais pour des raisons qui le regardent, ce service ne procéda à des fouilles complémentaires qu’en juin 2018, amenant à la découverte sur les lieux d’un doigt manquant à la main, d’une épingle, d’une spirale en bronze et de plaques d’or détachées du bracelet enserrant le poignet de la main, le tout associé à la tombe d’un homme adulte. Cependant les archéologues constatèrent également qu’entretemps des fouilles clandestines avaient été opérées, laissant supposer que d’autres objets se trouvaient dans cette tombe, d’où l’ouverture d’une procédure pénale par la justice du canton de Berne.
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La main de Prêle exposée au NMB

La découverte d’un objet archéologique faite en dehors d’une zone archéologique ne peut être que fortuite et assez rare puisque rien n’indique au préalable sa présence. Du reste, la grande majorité des objets mis au jour par les détectoristes relèvent de ce qu’eux-mêmes qualifient de « merdouilles », soit des objets n’ayant aucun intérêt sinon celui de polluer le sol.  En enlevant tous les déchets métalliques des terrains qu’ils prospectent les détectoristes font ainsi œuvre de dépollueurs et évitent un danger potentiel pour l’environnement et les animaux. Quant aux rares antiquités ainsi découvertes, elles doivent être annoncées auprès de l’autorité compétente, comme le signale la plupart des législations cantonales qui se réfèrent à l’article 724 du Code civil suisse. C’est ce que les découvreurs de la main de Prêles ont bien fait.  De ce fait, pratiquer la détection de loisir en dehors des zones archéologiques dûment répertoriées et protégées ne peut pas être considéré, de prime abord, comme une activité illégale, puisqu’après le refus de la motion Rossini au Conseil National, il n’existe pas de disposition fédérale à l’encontre de l’usage des détecteurs à métaux. Il revient donc aux cantons de prendre les mesures appropriées pour réglementer l’usage de ces appareils. Il se trouve que le canton de Berne est de ceux qui veulent encadrer leur usage selon les principes directeurs définis par la Conférence suisse des archéologues cantonaux (CSAC). Comment pourrait-on idéalement encadrer les activités des détectoristes ? Peut-être qu’une autre activité réglementée par l’état comme la chasse ou la pêche pourrait servir d’inspiration. Pour pouvoir prospecter, les détectoristes devraient être en possession d’un permis annuel payant de détection et se conformer aux directives du service archéologique cantonal. Chaque zone que le prospecteur aimerait sonder devrait être annoncée au préalable au propriétaire du bien fond ainsi qu’à l’autorité de surveillance, indépendamment de sa qualité de zone archéologique. Cela permettrait, en cas de découvertes ultérieures, de savoir quels sont les individus ayant prospecté dans la zone. Les gardes-faunes, gardes forestiers, policiers et gendarmes en présence d’un détectoriste pourraient ainsi procéder à des contrôles sur le terrain et vérifier que chaque personne en possession d’une autorisation s’acquitte bien de ce devoir de renseignement en remplissant scrupuleusement un carnet de découvertes. Les données de ce carnet pourraient du reste être exploitées pour compléter les cartes archéologiques. Pour s’assurer d’une bonne compréhension des enjeux patrimoniaux d’une telle procédure, les détectoristes seraient également appelés à suivre au préalable un cours de sensibilisation organisé par les services cantonaux ou des associations en charge du patrimoine. On devrait même envisager une participation obligatoire, au moins une fois par année, à une campagne de prospections organisée par le service cantonal ou par une organisation comme le Groupe de travail prospection suisse (GTP). Cela permettrait d’associer les détectoristes à la connaissance du patrimoine aux recherches archéologiques en cours et créerait une saine relation et émulation entre amateurs et professionnels. En attendant la suite de cette affaire et l’étude de la découverte, la « main de Prêles » est actuellement exposée au Nouveau Musée de Bienne (NMB) jusqu’au 17 octobre.

Hötzywood à Bolzano

Vingt-sept ans après sa découverte, effectuée le 19 septembre 1991, Ötzi, «l’homme des glaces » continue à fasciner le monde. La ville de Bolzano l’a très bien compris. Pour célébrer les vingt ans de l’arrivée de la momie dans le Musée archéologique de la Haute-Adige ou du Tyrol du Sud, selon le point de vue linguistique où l’on se place, la localité a organisé une série de manifestations étalées sur une semaine sous la désignation : « Hötzywood ». Parmi les événements programmés pour cette commémoration il y avait la projection d’un film : « Der Mann aus dem Eis». Cette fiction germano-italo-autrichienne, réalisée par Felix Randau, fut présentée pour la première fois le 8 août 2017 dans le cadre du Festival international du film de Locarno. L’histoire du film se déroule bien sûr à la fin de la période néolithique et met en scène le possible contexte de la mort d’Ötzi.  Il y a de cela 5300 , selon ce scénario, il s’appelait Kelab, et vivait tranquillement dans son village avant que les siens soit agressés et tués par trois hommes, alors qu’il est lui-même à la chasse. Après avoir enseveli ses proches dans une grotte, il se lance à la poursuite des meurtriers et parvient à venger sa famille. Mais c’était sans compter avec la rencontre d’autres ennemis dont l’un parvient à décocher une flèche dans son dos. A l’agonie, Kelab descend une pente et se retrouve dans la position tordue où il sera retrouvé des milliers d’années plus tard.
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Hötzywood au musée archéologique de la Haute-Adige

Ce film, dont les paroles s’expriment dans une langue « rhétique » imaginaire, est bien sûr une pure fiction. Mais il n’est pas sans emprunter des éléments au grand nombre de films documentaires, qui pour décrire la vie et les derniers instants d’Ötzi, font également usage de reconstitutions filmées le mettant en scène. Comme par exemple celui dans la série « Digging for the Truth » ou  également « Ice Man: Hunt for a Killer ». Le dernier documentaire en date, à ma connaissance, sorti en 2011 est « Iceman Murder Mystery » qui montre comment les scientifiques appelés au chevet d’Ötzi 20 ans après sa découverte, essayent d’extirper de sa momie tous les indices sur son mode de vie et sur les circonstances mystérieuses de sa mort. Qui était-il ? un berger, un chasseur, un guerrier ou un chamane ? Que faisait-il, là haut sur la montagne, armé d’un arc inachevé et de flèches inutiles ? S’il fuyait pour sauver sa vie, pourquoi avait-il mangé un gros repas moins d’une heure avant d’être tué ? Outre les indices de ce “cold case” comme l’appelle les milieux judiciaires, les restes glacés d’Ötzi révèlent des détails intrigants sur sa vie et son époque à l’âge du cuivre et permettront encore longtemps d’échafauder de nombreux scénarios, dignes d’Hollywood.

Neanderthal ou Neandertal ?

A l’occasion de l’écriture de ce blog depuis une bonne dizaine d’années, ou en assistant à des conférences comme celle que vient de donner à Neuchâtel Isabelle Crevecoeur, j’ai souvent été confronté à des découvertes ou des informations en lien avec l’homme de Neandertal. Et j’avoue que je me posais la question de savoir de quelle façon je devais l’écrire en français : Néandertal, Néanderthal, Neandertal ou Neanderthal. En recherchant dans mes notes de blog, je constate que j’ai le plus souvent utilisé la graphie « Néandertal » avec l’accent sur le « e » pour rester en accord avec l’autre terme souvent utilisé pour parler de ces hommes, celui de « Néandertaliens ». Parfois aussi, il m’est arrivé d’écrire « Néanderthal », avec un « h » pour me conformer à la nomenclature latine « Homo neanderthalensis » ou pour parler de l’un ou l’autre « Neanderthal Museum». La préhistorienne Marylène Patou-Mathis, vient de publier un livre « Neandertal de A à Z », dans lequel, sous forme d’entrées de dictionnaire, elle fait le point sur les dernières découvertes scientifiques en relation avec cet hominidé. Parmi ces articles : « Neanderthal ou Neandertal ?». En le lisant, je découvre que « s’il est acquis que Neandertal ne prend pas d’accent la question du h fait débat ». En effet, lors de la découverte de ses ossements en 1856, l’hominidé découvert reçu l’appellation du lieu de sa découverte, à savoir : « Neanderthal ». Mais en 1903, l’Allemagne décide d’une réforme de l’orthographe qui simplifie le mot signifiant vallée « thal » en « tal », d’où « Neandertal » et pas « Neanderthal ». Résumé ainsi, tout semble clair et limpide, Neandertal s’écrit sans accent et sans h.
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Affiche de l’exposition au Musée de l’Homme

Mais comme toujours, le diable se cache dans les détails. Actuellement se tient au Musée de l’Homme à Paris : « Néandertal l’Expo ». Stupeur et étonnement, je découvre que Marylène Patou-Mathis est l’une des deux commissaires de cette exposition qui met l’accent sur le « e » bien en évidence. De quoi relancer mon hésitation. Qui dois-je suivre ? L’auteur de l’ouvrage de référence ou la commissaire d’exposition ? Avant de devenir schizophrène, un rapide survol dans différentes publications récentes m’incitent à penser que s’il est acquis que Neandertal ne prend plus de h, la question de l’accent est loin d’être réglée. Dans le bel ouvrage « Une belle histoire de l’Homme » publié sous la direction d’Évelyne Heyer avec préface d’Yves Coppens, c’est bien « Néandertal » qui se lit. En revanche dans le bestseller « Sapiens » de Yuval Noah Harari, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, c’est « Neandertal » de même que dans le splendide ouvrage de Jean-Marc Perino : « Préhistoire de Toumaï et Lucy à Otzi et Homère ». Pour ce qui est du classique « Dictionnaire de la Préhistoire » d’André Leroi-Gourhan, on retrouve l’accent de même que dans le site Internet de référence « Hominidés ». Alors ! Accent ou pas accent ? Doit-on y voir une nouvelle querelle des anciens et des modernes ? Ou simplement un distinguo de spécialiste comme celui qui nous fait écrire « mettre au jour » un artéfact et pas « mettre à jour ».

Qui a vu l’ours ?

Depuis jeudi dernier, date du vernissage de l’exposition, je fais partie des femmes et des hommes qui ont vu l’ours. “L’ours dans l’art préhistorique”, c’est le thème de la nouvelle exposition temporaire du Laténium qui s’est ouverte le 30 mars. Cette exposition déjà présentée au Grand Palais par la Réunion des Musées nationaux français et en collaboration avec le Musée national français de Saint-Germain-en-Laye, s’attache en particulier à la figuration de l’ours pendant la Préhistoire. Comme nous l’indique le texte de présentation de l’exposition «les premières représentations d’ours apparaissent il y a 40 000 ans, à une époque d’intense bouillonnement artistique et spirituel. Les hommes côtoient alors l’ours des cavernes, une espèce éteinte depuis 20 000 ans, et l’ours brun que nous connaissons encore aujourd’hui. Dès la Préhistoire, l’ours s’est vu réserver un traitement artistique particulier qui rend compte de détails bien reconnaissables : ses yeux, son pelage, son dos rond, sa tête trapézoïdale ou encore ses petites oreilles. Le style de ces figures a relativement peu changé au cours des millénaires : l’anatomie de l’ours y apparaît très typée, pour ne pas dire stéréotypée. »
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Borne frontière du Km 0 du Front de l’Ouest de la guerre 14-18.

Une petite application pour tablette numérique réalisée pour toute la famille par le Musée d’Archéologie nationale permet de se préparer à la visite de l’exposition ou de la poursuivre chez soi. Elle nous montre la longue évolution de l’ours qui se présente aujourd’hui sous les traits de huit espèces, dont l’Ours blanc, l’Ours brun, l’Ours noir et le Grand panda. Les ours et les hommes ont souvent fréquenté des lieux communs, en particulier les grottes. Les premiers pour hiverner à l’intérieur, les seconds pour en habiter l’entrée. Il y a environ 150 ans la découverte de l’art préhistorique, parmi lesquelles se trouvent des représentations de l’Ours des Cavernes, fut une preuve supplémentaire de la coexistence de l’homme avec des espèces disparues. Une série « d’objets interactifs » permet de découvrir des figurations d’ours en suivant le tracé de gravures, des traits de peintures ou des sculptures sur des outils en os, des plaquettes en pierre ou sur les parois des grottes. Une fois sorti de l’exposition, on réalise que les ours continuent à peupler notre imaginaire de manière plus ou moins discrète. Cela commence par mon ours en peluche qui trône encore et toujours à la tête de mon lit, en passant par les symboles de villes comme celles de Berlin ou de Berne. Et pas plus tard que cet après-midi, je suis tombé nez à nez sur un ours figurant sur une borne plantée en 1743, par la Principauté épiscopale de Bâle, sur laquelle en 1815 les bernois firent graver leur ours. Cette borne frontière entre la France et la Suisse près de Bonfol dans le canton du Jura marque le Km 0 du front de l’Ouest entre l’Allemagne et la France pendant la Première Guerre mondiale. Gageons que d’ici le 6 janvier 2019, date actuellement prévue pour la fermeture de l’exposition il y aura beaucoup de personnes qui auront l’occasion de rencontrer l’homme qui a vu l’ours.

Médiation culturelle et culture inclusive

De nos jours on ne peut plus concevoir la gestion d’un musée sans y intégrer une équipe de médiation culturelle. Le temps est révolu où le visiteur était en stabulation libre dans des salles d’exposition muettes sous la surveillance d’un gardien bien souvent plus Cerbère que guide dans l’orientation de sa déambulation. Le rôle des médiateurs culturels est de prévoir un ensemble d’actions permettant au public d’entrer en relation avec les objets exposés en utilisant un langage accessible et compréhensible par tous, en évitant, autant que faire se peut, le jargon scientifique et universitaire. Dans l’idéal, le médiateur culturel accompagne le visiteur dans sa découverte des expositions permanentes ou temporaires, ou en rédigeant des guides ou des cartels détaillés devant permettre à tout un chacun d’entrer en relation avec les objets du patrimoine conservés qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique. Cette accessibilité pour toutes et tous au patrimoine est un enjeu d’autant plus difficile à mettre en œuvre lorsqu’il s’agit de faire le lien avec des publics qui pour diverses raisons dues à l’âge, au handicap ou à des problèmes plus généraux de compréhension du langage ont des besoins différents de la majorité des autres visiteurs.
Laténium en langue facile (1)
Couverture du guide « Le Laténium en langue facile »

C’est pour répondre à cette mission, que le département de médiation culturelle du Laténium à Hauterive, près de Neuchâtel, a décidé d’intégrer dans ses objectifs le vaste projet de la « Culture inclusive ». Le but de ce projet vise à ce que les offres culturelles soient accessibles à tous les membres de la société, y compris les personnes en situation de handicap. Il ne s’agit pas seulement de permettre un accès aux salles aux personnes en fauteuil roulant ou à mobilité réduite, mais également à celles avec des déficientes visuelles et auditives ou avec des problèmes cognitifs, ainsi qu’aux jeunes enfants. A partir d’avril 2016, après la mise en œuvre de projets pilotes dans le canton de Berne, a été introduit en Suisse alémanique un label « Culture inclusive ». Décerné par Pro Infirmis, ce label est une reconnaissance pour les institutions qui font un effort particulier envers les visiteurs en situation de handicap.  Comme première mesure concrète pour répondre à ce label, le Laténium, en collaboration avec Forum Handicap Neuchâtel, vient de publier un guide : « Le Laténium en langue facile. Du Moyen Âge aux premiers hommes ». Cet ouvrage veut aider toutes les personnes rencontrant des difficultés à lire et à comprendre de parcourir avec plus de facilité les salles de l’exposition permanente grâce à l’usage d’un vocabulaire simplifié. Comme le disait Leonard de Vinci « la simplicité est la sophistication suprême ». Pour assurer cette simplicité des personnes en situation de déficience cognitive ont directement collaborés à la mise en forme finale. Un vernissage de ce guide est prévu le dimanche 4 mars prochain, au parc et musée d’archéologie de Neuchâtel. Avec cette démarche, le Laténium, devient le premier musée de Suisse romande labellisé « Culture inclusive ». Ce guide constitue une première étape en vue d’inclure davantage dans l’avenir le public à besoins spécifiques dans les activités de médiation culturelle du musée.