Category Archives: Musées, expositions

Du charme des ruines au trafic d’art

« Archives des sables – De Palmyre à Carthage » tel est le titre évocateur choisi par le Laténium pour l’exposition inaugurée officiellement le mercredi 24 août, mais ouverte au public dès le 9 juillet. Réalisée en collaboration avec la Bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph à Beyrouth et en partenariat avec l’Institut suisse pour la conservation de la photographie à Neuchâtel, la présente exposition témoigne du travail de pionnier effectué par Antoine Poidebard dans le domaine de l’archéologie aérienne. A travers la sélection d’une soixantaine de clichés réalisés par ce père jésuite et d’autres reproductions photographiques, on se plonge dans une époque révolue, celle de l’effondrement de l’ancien Empire ottoman et de l’ouverture de la steppe syrienne à l’exploration archéologique. On découvre ainsi le site de Tell Brak, photographié et sondé par Antoine Poidebard, avant que ce site ne soit fouillé de 1937 à 1939 par Max Mallowan. Selon une citation que l’on attribue à tort à son épouse Agatha Christie : « Un archéologue est le meilleur mari qu’une femme puisse avoir : plus elle vieillit, plus il s’intéresse à elle ». Qu’est-ce qui nous fait donc aimer les ruines ?
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Le site de Tell Brak de nos jours (photo: Zoeperkoe / Wikimedia Commons)

C’est à cette question qu’Alain Schnapp, professeur d’archéologie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, donne une réponse dans un cycle de conférences en ligne qui explore le rapport indissoluble que chaque civilisation entretient avec les ruines et qui sera la matière de son prochain ouvrage « Histoire universelle des ruines ».  Quand on pense aux destructions effectuées en Irak et en Syrie par Daech, et plus particulièrement à Palmyre, il est nécessaire de se pencher sur la question de savoir ce qui pousse les hommes à ruiner le passé, ou, au contraire, à le sacraliser de manière romantique. Comme le disait Chateaubriand : « Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence ». Autrement dit, selon Goethe, cité par Alain Schnapp dans l’émission « Histoire vivante » sur La Première de la RTS du lundi 29 août : « Nous ne comprenons pas les ruines avant de devenir nous-même ruine ». Cependant, comme le souligne ce professeur, « on ne réagit pas (de la même manière) devant l’infini des ruines quand on a en face de soi les pyramides ou quand on a Palmyre, que si on a quelques éclats de silex qui affleurent dans le sable du Sahara, et, pourtant, ces quelques éclats de silex sont tout aussi des ruines que ces grands ensembles ». Cette réflexion engage notre conscience face au pillage et au saccage des antiquités qui prive l’humanité d’une part de sa mémoire. Pour en savoir plus, à voir le documentaire : « Trafic d’art, le grand marchandage » sur TSR 2, dimanche 4 septembre, à 21h00.

Être Ami des Musées ou ne pas être

Ce mois de mars qui se termine aura été marqué pour moi par ma participation à différentes assemblées générales des nombreuses sociétés d’amis des musées dont je suis membre. Ayant été élu lors d’une de ces assemblées générales à la présidence de l’une de ces associations, je me dois, en tant que nouveau président, de me poser la question de la place qu’une telle organisation doit prendre auprès du Musée, qui dans mon cas est consacré à l’archéologie. Pour cela, il faut d’abord se pencher sur les statuts d’une telle association. Un rapide tour d’horizon des buts permet de constater qu’une telle société vise généralement à réunir les personnes qu’intéresse l’archéologie, à soutenir et promouvoir les activités du Musée et à faire connaître les collections qu’il abrite en participant à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine archéologique local. Je prends ainsi conscience du rôle d’ambassadeur qui m’est dévolu pour concourir au rayonnement de cette association et à tout l’engagement qu’il me faudra mettre en œuvre pour organiser au mieux la collaboration entre le Musée et la société des Amis que je préside dorénavant.

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Sigle de la Fédération des Amis de Musées (FMAM)

Au-delà du cas particulier que chaque société d’amis de musée prise individuellement entretient avec son institution de référence, j’ai découvert qu’il existait une organisation faîtière de ces organisations : la Fédération Mondiale des Amis de Musées (FMAM) dont est membre actif, entre autres, la Fédération Française des Sociétés d’Amis de Musées (FFSAM). Cette dernière regroupe actuellement 290 sociétés d’amis de musée de France. L’un des premiers rôles de la FMAM fondée officiellement en 1975 consiste à cultiver des lignes de communication entre les associations membres et à promouvoir l’idée des Amis de musées à travers le monde. Elle tient une Assemblée Générale chaque année, ainsi qu’un Congrès international qui a lieu tous les trois ans dans différents endroits du monde. Depuis 1989, la FMAM est reconnue par l’UNESCO comme une Organisation Non Gouvernementale. En 1996, elle adopte un Code d’Ethique des Amis et Bénévoles des Musées. Le document contient les principes fondamentaux que chaque membre doit observer lorsqu’il agit au nom de son association. Le Code d’Ethique de la FMAM est officiellement approuvé par le Conseil international des musées (ICOM), à tel point que deux articles qui reconnaissent le rôle des Amis et qui promeuvent une action commune sont inclus dans le Code de déontologie de l’ICOM pour les musées. La FMAM compte aujourd’hui 18 Membres Actifs qui sont comme la FFSAM des fédérations nationales, et 27 Membres Associés (associations individuels ou groupes) qui ensemble représentent deux millions d’amis des musées et de volontaires ce qui lui permet de jouer un rôle important dans le monde de la culture. Dois-je envisager à affilier la Société des Amis que je préside à la FMAM ou pas ? Telle est la question !

L’Homme évolue, son musée aussi

Le Musée de l’Homme, qui était fermé depuis mars 2009, a été rouvert au public le 17 octobre 2015 dans les locaux rénovés du palais de Chaillot au Trocadéro. C’est sous le slogan des panneaux d’affichage «L’Homme évolue. Son musée aussi» que j’ai été amené à le visiter lors de mon dernier séjour à Paris. Le nouveau parcours muséographique, qui se déroule sur trois niveaux, a été complétement inscrit dans un grand espace lumineux où de majestueuses vitrines en verre servent d’écrins transparents aux objets exposés. A ces trois strates de circulation correspondent trois questions fondamentales : Qui sommes-nous ? à la base, D’où venons-nous ? au milieu et Où allons-nous ? au sommet. La première question cherche à donner une définition de l’être humain. Qu’est-ce qui nous différencie mais aussi nous rapproche des 8,5 millions d’autres espèces animales qui peuplent la Terre ? La réponse à la deuxième question passe par l’histoire de la ramification des lignées humaines du genre Homo il y a 2,5 millions d’années, jusqu’à la révolution du néolithique qui apporte des changements profonds dans la manière de vivre des hommes. Enfin, la dernière question, à laquelle on ne peut pas donner de réponses, sinon formuler d’autres questions, nous renvoie à l’avenir de notre espèce dans un environnement que nous transformons et qui nous transforme. Dans un monde globalisé, quelle est le devenir de nos sociétés et la place de nos cultures ? Comment 8 milliards d’humains au présent, voire plus dans le futur, peuvent et pourront vivre ensemble sur une planète aux ressources limitées ?
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Entrée de la Galerie de l’Homme

En plus de l’itinéraire à suivre de l’exposition permanente mise en scène dans les 2500 m2 en open-space de la Galerie de l’Homme, d’autres zones sont offertes à la curiosité du public : le Balcon des Sciences, qui présente l’actualité de la recherche, des salles pour les expositions temporaires, le centre de ressources documentaires Germaine Tillion et l’auditorium Jean Rouch. Le Musée de l’Homme constitue aussi un centre de recherche sur l’évolution humaine. Une équipe de 150 chercheurs se consacrent à l’étude biologique de l’Homme et à son évolution. L’institution est ainsi portée à rassembler de nouvelles connaissances qui doivent être accessibles au public. C’est pour cela qu’une équipe de médiation très importante a été constituée autour du Musée de l’Homme, qui a été intégré au vaste complexe du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN). Comme l’a révélé Stéphanie Targui, cheffe du Service Multimédia du MNHN, dans son intervention du 20 janvier 2016 dans le cadre des conférences du salon des professionnels des musées « Museum Connections », les objectifs de la stratégie numérique visent à prolonger la mission de diffusion des connaissances, à inciter à la visite du monument et de ses expositions et à développer la présence du Musée de l’Homme sur Internet en l’inscrivant dans l’univers numérique du MNHN. Pour ce faire, un site Internet évolutif et participatif « lhommeenquestion.fr » a été mis en place pour servir de réceptacle aux questions que peuvent avoir les visiteurs avant ou après leur visite, par exemple celle-ci : Combien de langues sont parlées dans le monde ? L’année 2016 devrait voir se poursuivre l’ambitieux projet éditorial de cette plateforme grâce à des partenariats et à des coproductions visant à la création d’une application mobile de visite de l’exposition permanente, de cours en ligne de style MOOC, et d’une série animée sur les thèmes évoqués par les questions du site Internet.

De part et d’autre de la Grande Muraille

Au Laténium, parc et musée d’archéologie de Neuchâtel, à Hauterive, vient de s’ouvrir une nouvelle exposition temporaire consacrée à l’archéologie de la Mongolie. Intitulée « Derrière la Grande muraille » cette présentation s’articule autour de la confrontation entre 209 avant J.-C. et 220 après J.-C. de l’empire chinois dirigé par la dynastie Han, héritière de Qin Shi Huangdi, premier empereur de la Chine, et, les Xiongnu, peuple nomade des steppes de Mongolie, qui en parallèle fonde le premier empire nomade. Résultat de cinq années de préparation, le rapprochement de ces deux cultures donne à voir un grand nombre d’objets d’art issus de collections suisses et françaises. A l’art animalier propre au monde des steppes répond un art mobilier particulièrement riche et somptueux enfouis dans les tombes monumentales que Xiongnu et Han édifièrent sur leurs territoires respectifs. Focalisé sur la présentation en parallèle de ces deux cultures, le titre de l’exposition aurait tout aussi bien pu s’intituler « De part et d’autre de la Grande Muraille ».
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Maquette de la construction de la Grande Muraille

La Grande Muraille, dont la construction débute dès le 7e siècle avant J.-C. , soit bien avant le règne de Qin Shi Huangdi, et qui sera régulièrement entretenue et renforcées jusqu’au 17e siècle, devait empêcher l’infiltration des barbares venus de Mongolie dans l’empire chinois. Mais en regard de l’histoire, cette construction monumentale apparait plutôt comme un point de convergence entre ces deux cultures qu’un véritable obstacle. A preuve, les différentes Routes de la Soie, qui partant de ces deux empires traversent l’Asie Centrale, et qui permettaient aux uns et aux autres de relier les rivages de la Méditerranée distante de 8000 km. L’exposition du Laténium donne également l’occasion de présenter le résultat des trois campagnes de fouilles d’un habitat xiongnu, menées entre 2005 et 2007 à Boroo Gol en Mongolie, par une mission archéologique helvetico-mongole dirigée par Denis Ramseyer, conservateur adjoint du Laténium et commissaire de l’exposition, dont ce blog s’était fait l’écho en son temps.

Douze mois, douze sites !

La manifestation nationale « Site du mois », vient de débuter sur le site du Banné dans le canton du Jura. Sur cette colline, située au-dessus de la ville de Porrentruy, une zone de fouilles permet à tout le monde, enfants ou adultes, d’expérimenter le travail du paléontologue en découvrant par soi-même la faune d’invertébrés qui peuplait la mer jurassique il y a 152 millions d’années. Chaque mois, jusqu’en juin 2016, un autre site du patrimoine suisse sera mis à l’honneur. Sous le slogan « découvrez les trésors de l’archéologie et de la paléontologie suisse au gré des promenades et des saisons » cette manifestation a pour but, selon ses concepteurs, « de faire connaître le patrimoine archéologique suisse et de le promouvoir en tant que produit touristique durable ». C’est dans la dynamique des réflexions initiées par l’association ArchaeoTourism 2012, qui vise à mettre en relation les acteurs du tourisme et de l’archéologie, que se place cette manifestation dont la conception apparaît comme une bonne synthèse entre le Mois de l’Archéologie du Québec et les Journées Nationales de l’Archéologie en France ou l’Objet du Mois présenté dans certains musées.
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Le Banné, site du mois de juin (photo: Site du Mois)

Le projet est organisé à une échelle locale par des partenaires locaux et les offices du Tourisme régionaux, et coordonné pour l’ensemble du pays par ArchaeoConcept, une entreprise indépendante dirigée par Cynthia Dunning, ancienne archéologue cantonale du canton de Berne. Pour promouvoir l’aspect touristique durable, les douze sites sélectionnés sont accessibles par les transports publics et situés au voisinage immédiat de lieux d’accueils pour les visiteurs, tels que restaurants et hôtels. Destinée avant tout à un public national sensible à son passé, cette manifestation vise à démontrer que même si les vestiges archéologiques en Suisse sont dans l’ensemble moins impressionnants que dans d’autres parties du monde, comme l’Italie, la Grèce ou l’Egypte, il n’en demeure pas moins intéressants dès le moment où ils jouissent d’une bonne mise en valeur. Ainsi, dans la liste des sites choisis en relation directe avec l’archéologie, on peut relever, la Villa romaine de Pully,  le Laténium à Hauterive, le parcours archéologique de Bioggio et les sites funéraires de Sion. En novembre 2015, ce sera le mois du Castrum romain d’Eburodunum, dont la visite se fera en réalité augmentée à l’aide d’une application pour tablette numérique. Développée par la société Storiabox cette application sera mise en service à la fin de ce mois et présente actuellement, en plus du Castrum, sept autres itinéraires de visites scénarisées alliant patrimoine culturel et tourisme. Voici de quoi occuper nos week-ends des prochains mois !

Les géants réels et virtuels de Mont’e Prama

Une des plus intéressantes nécropoles de la Sardaigne préhistorique est celle découverte à Mont’e Prama, dans la péninsule de Sinis au nord-ouest d’Oristano. Là, 33 tombes à fosse circulaire recouvertes d’une dalle y furent misent au jour entre 1974 et 1979. A l’intérieur, des adultes de sexe différent y étaient inhumés en position verticale sans mobilier funéraire. En surface, en relation avec ces sépultures, plus de 5000 fragments de grès provenant d’un groupement de statues ont été découverts et ont fait l’objet d’un long travail de restauration entre 2007 et 2011. L’ensemble final est constitué  d’une trentaine de statues masculines monumentales qui représente des pugilistes, archers et guerriers, que l’on surnomme les géants de Mont’e Prama, ainsi que de nombreux modèles réduits de nuraghes et des bétyles. Datées entre le VIIIe et le Xe siècle avant notre ère, la plus grande partie de ces statues fait actuellement l’objet d’une exposition “NOI SIAMO MONT’E PRAMA 1974-2014 !” au Musée archéologique national de Cagliari, alors que le reste, en particulier les dernières découvertes réalisée lors d’une reprise des fouilles en 2014, est exposé dans le petit musée de Cabras près d’Oristano, dans l’attente d’une extension du bâtiment, qui permettra de réunir en un même lieu la totalité de l’ensemble statuaire.
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Du réel au virtuel

L’intérêt de cette exposition ne vient pas seulement des statues remontées telles quelles, mais également de la possibilité de les découvrir de manière virtuelle. Pour se faire, l’entreprise CRS4 Visual Computing a réalisé une couverture photographique intégrale de 27 statues montées sur leur support métallique, soit 3817 photographies. De plus toutes ces pièces ont été analysées avec un scanner 3D ayant produit 6200 scans. La combinaison des photographies et des scans a permis de produire des modèles virtuels de chacune des statues, ce qui permet aux visiteurs de les observer sous tous les angles et de découvrir des détails qu’ils ne peuvent voir que difficilement par eux-mêmes sur les pièces exposées. Grâce à la haute résolution des images de 16 points par mm, ainsi qu’à un ombrage des reliefs à l’aide d’un éclairage de synthèse, on peut mettre en évidence et en forme toutes les pièces exposées. Le résultat est vraiment fantastique et en définitive certains visiteurs, en particulier le jeune public,  peuvent être surpris à passer plus de temps à admirer les statues sous leur aspect virtuel plutôt que réel.

Jouons à “Veni, Vidi, Ludique”

Le projet « Veni, Vidi, Ludique », soutenu par le Fonds national suisse, s’est concrétisé par trois expositions basées sur le thème des jeux et des jouets dans l’Antiquité. La première exposition qui s’est déroulée au Musée romain de Nyon, de mai à octobre 2014, avait pour thème les jeux et les jouets au cours de la vie. La seconde qui a lieu, au Musée Suisse du Jeu, présente jusqu’au 19 avril 2015, un panorama sur la réception de l’Antiquité dans la production contemporaine des jeux vidéo et de plateau. Enfin, la troisième exposition, qui vient de s’ouvrir au Musée romain de Vallon, s’intéresse à la typologie, aux règles et à la pratique des jeux de société dans l’Antiquité. Ce projet est le résultat des recherches que Véronique Dasen, commissaire de l’exposition et professeure d’archéologie classique à l’Université de Fribourg, en collaboration avec Ulrich Schädler, directeur du Musée et privat-docent dans la même Université, ont menées depuis des années sur divers aspect du sujet.
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Ensemble de dés et jetons (Photo : Musée romain de Lausanne-Vidy)

Au centre de la dernière des trois expositions, on découvre un ensemble d’objets: des pions, quatre billes, un osselet et des fragments d’un plateau de jeu en marbre, mis au jour lors des fouilles de la villa romaine de Vallon ainsi que deux dés et 40 jetons en os de la « cache du joueur » découverts à Lausanne-Vidy. Entre jeu de hasard, de stratégie et d’adresse, ou combinant l’un ou l’autre de ces aspects, les visiteurs sont invités, jusqu’au 14 février 2016, à s’initier au jeu des douze points, au jeu des cinq lignes, au jeu des petits soldats ou aux osselets, par l’intermédiaire de fac-similé des pièces antiques. Ils pourront ainsi mesurer le côté amusant de ces jeux venus du passé dont les règles ne nous sont pas toujours parvenues et que les spécialistes ont cherchés à reconstituer par l’analyse approfondie des sources littéraires, iconographique et archéologique. C’est en cela que le travail documentaire d’Ulrich Schädler se montre fondamental, puisqu’il a relevé de manière systématique les centaines de jeux qui sont gravés sur les seuils et dalles de pierre, des bâtiments, des rues ou des places de la ville d’Ephèse en Asie Mineure. Son étude révèle l’importance que les activités ludiques avaient dans la vie quotidienne dans l’Empire romain et dont les découvertes faites à Vallon et à Vidy sont l’illustration.

D’Agaune à Saint-Maurice

L’année 2015 s’annonce d’ores et déjà placée sous  par la commémoration du 1500e anniversaire de la fondation de l’Abbaye de Saint Maurice d’Agaune. Après une année 2014 déjà marquée par une série d’évènements comme l’exposition du trésor de l’abbaye au Musée du Louvre à Paris du 14 mars au 16 juin, la sortie au mois de septembre d’une application pour smartphone “Abbaye1500” servant d’audioguide de la Basilique et au chemin du pèlerinage, et  la messe de minuit du 24 décembre célébrée en Eurovision à la télévision par l’abbé de Saint-Maurice, Mgr. Roduit, c’est un ouvrage historique en deux volumes qui est à paraître en avril 2015. Cette publication constitue une synthèse des connaissances sur le plus ancien monastère d’Occident toujours en activité et représente le fruit de six ans de travail d’une équipe internationale de plus de trente chercheurs en histoire, en archéologie, en architecture et en histoire de l’art. Le premier volume sera consacré à l’histoire, l’archéologie et l’architecture de l’abbaye, le second à son remarquable trésor de reliques, qui sera présenté dans des locaux plus vastes et selon une nouvelle muséographie. Quant aux archives anciennes, elles ont été numérisées et sont consultables en ligne.
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Site archéologique de l’abbaye

Le dernier numéro de la revue AS-archéologie suisse (37-2014.4), consacre son dossier au monastère d’Agaune au premier millénaire. L’auteure, Alessandra Antonini, archéologue responsable des dernières fouilles, montre que les vestiges archéologiques témoignent d’une histoire plus ancienne que celle du pèlerinage, puisque dès la fin du 2e siècle apr. J.-C., une nécropole s’établit sur le futur site de l’Abbaye, à proximité d’une source consacrée aux Nymphes. Un oratoire accolé à un monument funéraire, sépulture d’un personnage important, marque l’emplacement le plus élevé et devait déjà servir de lieu de culte avant même la dépose à cet endroit, par l’évêque Théodule, aux alentours de 380, des reliques des martyrs de la légion thébaine. Selon la tradition, à la fin du troisième siècle, vers 290, une troupe fut appelée d’Egypte, pour appuyer l’empereur Maximien dans ses combats contre les barbares. Cette légion est dite thébaine, du nom de la ville de Thèbes (actuellement Louksor) en Haute-Egypte. Cette troupe campait près d’Agaune et Maximien voulut contraindre ces soldats chrétiens à agir contre leur conscience en sacrifiant aux dieux et en persécutant d’autres chrétiens. Saint Maurice et ses compagnons refusèrent d’agir contre leurs coreligionnaires et pour ce refus d’ordre, la troupe fut décimée comme le voulait la règle dans l’armée romaine. C’est le 22 septembre 515, sur le tombeau de Saint-Maurice et des martyrs que le roi burgonde Sigismond fonde le monastère d’Agaune qui aura pour effet de modifier le nom de la localité en Saint-Maurice.

Aux origines des pharaons noirs

« Aux origines des pharaons noirs », c’est le titre de la nouvelle exposition présentée dès aujourd’hui au Laténium d’Hauterive, près de Neuchâtel.  Située au sud de l’Egypte, la Nubie a connu un passé qui n’est pas sans rivaliser avec sa fabuleuse voisine. Les premiers éléments de civilisation mis au jour dans cette région remontent à 10’000 ans, au moment où le Nil devient un fleuve au débit important et régulier qui transforme d’immenses étendues désertiques en une vaste plaine fertile. C’est dans ce contexte fluvial, à la hauteur de la troisième cataracte que se met en place, dès 2500 av. J.-C. un important royaume centré autour de la ville de Kerma. Il tire sa richesse de ses mines d’or  et du commerce entre l’Afrique noire et l’Empire d’Egypte. La puissance de ce royaume nubien atteignit son point culminant vers 730 av. J.-C. lorsque son souverain, Piankhy, s’empara de l’Empire égyptien et inaugura la succession des dirigeants de la XXVe dynastie, celles des Pharaons noirs.

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Grande maquette de la ville de Kerma dans l’exposition

Cette exposition constitue également une excellente occasion de présenter le remarquable travail de terrain effectué depuis près de 40 ans par la mission d’archéologie suisse au Soudan.  Conduite dès 1977 par l’archéologue Charles Bonnet, sous l’égide de l’Université de Genève, cette mission a été reprise dès 2002 par Matthieu Honegger, professeur d’archéologie préhistorique à l’Université de Neuchâtel et commissaire de l’exposition mise en place au Laténium. Le projet a permis la fouille de nombreux sites, dont la présentation des résultats constitue la base même de l’exposition disposée en deux parties : le monde des morts  dans l’espace inférieur et le monde des vivants au niveau supérieur. La découverte majeure fut effectuée en janvier 2003, à Doukki Gel, par la mise au jour d’une cachette contenant les vestiges de sept statues monumentales en granite représentant les deux derniers  pharaons de la XXVe dynastie, Taharqa et Tanoutamon, ainsi que les trois premiers rois d’un nouveau royaume nubien qui leur succédèrent. Cette fabuleuse découverte permis la concrétisation d’un autre grand projet, celui de la construction d’un musée sur le site même de Kerma, inauguré en janvier 2008. A voir jusqu’au 17 mai 2015, la visite de l’exposition peut-être activement préparée par la consultation du site Internet du Laténium ainsi que celui de la mission archéologique suisse au Soudan.

L’astronomie grecque ancienne à l’honneur

Parmi les spectacles naturels qu’il nous est donné de contempler, la découverte de la voûte céleste est certainement celui qui me fascine le plus. Après avoir tourné mon regard sur la Lune et les planètes, c’est à l’apprentissage des noms d’étoiles et des formes des constellations que j’ai passé une partie de mon adolescence. Dans le passé, cette observation devait être d’autant plus merveilleuse que le ciel était dépourvu de la pollution lumineuse constante due à l’éclairage de nos villes et villages. Si aujourd’hui, chacune des 6000 étoiles visibles à l’œil nu portent un nom et sont réunies dans 88 constellations, cela résulte en grande partie de ce que les Grecs de l’Antiquité nous ont transmis de leurs propres connaissances et de celles rapportées des Mésopotamiens. Nous savons par les textes, comme ceux d’Homère ou d’Hésiode, que les Grecs voyaient dans le ciel des formes humaines ou animales pour représenter les constellations afin de mettre un certain ordre dans le semis chaotique des étoiles et aider les hommes dans le cycle des travaux des champs ou les marins dans leur navigation.
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Le Skyphos d’Halae (montage photographique)

Un archéologue américain, John Tristan Barnes, a mis en lumière dans une vitrine du musée archéologique de Lamia, dans le centre de la Grèce, un skyphos corinthien découvert dans les fouilles d’Halae en Locride, qui semble montrer l’une des plus anciennes représentations des constellations connues. Daté de 625 av. J.-C, ce récipient présente une frise d’animaux qui se succèdent sur un rang parsemé de croix qui paraissent évoquer des étoiles. Selon ce chercheur, les figures de cette coupe seraient celles du Taureau, du Petit chien, de l’Hydre, du Grand chien, du Scorpion, du Lion et du Dauphin. Un commentateur éclairé, Arnaud Zucker, cité dans le blog de Nicolas Constans, pense que le Dauphin pourrait être une Baleine, et qu’une figure isolée, interprétée par Barnes comme un motif floral, pourrait être également perçue comme celle de la constellation de l’Autel. Ainsi on aurait dans l’ordre du défilé sur le vase: Taureau, Autel, Hydre, Petit chien, Grand chien, Scorpion, Baleine et Lion. Une partie de la coupe, un tiers environ, manque, ce qui ne permet pas de vérifier l’hypothèse finale retenue par Barnes dans la conclusion de son article publié dans la revue Hesperia, qui est celle de la ronde des saisons dans le ciel nocturne. Si l’on compte bien huit figures conservées, le nombre total des figures aurait pu être de douze, ce qui peut correspondre aux douze mois de l’année ou aux douze signes du zodiaque. Du reste comme l’indique clairement Wikipedia : ” le mot « zodiaque » vient du mot grec zodiakos [kyklos], « cercle de petits animaux », de zodiaion, diminutif de zoon : « animal ». Ce nom vient du fait que toutes les constellations du zodiaque (sauf la Balance, anciennement partie du Scorpion et le Verseau) figurent des créatures vivantes “.  L’étude de cette coupe m’aura  permis en tout cas de raviver mon intérêt pour l’archéoastronomie.