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Le retour des momies

L’intérêt pour les momies ne se dément pas, comme ce blog s’en est fait récemment l’écho en parlant des expositions de Bâle et de Delémont à leur sujet. Une vague médiatique suscitée par la découverte le 13 juillet des corps momifiés d’un couple valaisan disparu en 1942 sur le glacier de Tsanfleuron entre les cantons du Valais et de Berne est là pour le démontrer. La semaine dernière, dans le massif français du Mont-Blanc ce sont une main et une jambe, conservées par la glace qui ont été mise au jour  et qui pourraient appartenir à des passagers victimes d’un accident d’avion de la compagnie Air India en 1966. Ces vestiges du siècle dernier viennent à propos pour nous rappeler que la montagne est susceptible de délivrer des documents bien plus anciens, aidée en cela par le réchauffement climatique. Les neiges dites éternelles de nos sommets ne le seront bientôt plus. Les climatologues prévoient que d’ici 20 ans les glaciers auront perdu 30% de leur substance et que d’ici la fin du siècle ils auront tous fondu.
Jambière
Jambière en cuir néolithique à l’emplacement de sa découverte sur le Schnidejoch. Cliché de 2007. © Service archéologique du canton de Berne, Urs Messerli.

La fonte des glaciers concerne tout particulièrement les archéologues qui depuis la découverte d’Ötzi en 1991 ont pris progressivement conscience de l’urgence de procéder à des recherches en haute altitude. Durant l’été caniculaire de 2003, alerté par une randonneuse, le Service archéologique du canton de Berne a découvert, sur le col du Schnidejoch entre Sion et Thoune, un carquois à flèches en écorce de bouleau.  Poursuivant leurs recherches les années suivantes, les archéologues bernois ont mis au jour des centaines d’autres objets, dont une jambière en cuir (voir photo ci-dessus) perdue par un hypothétique Schnidi ayant vécu au Néolithique vers 3000 avant J.-C. Le bilan de ces travaux a été publié en 2015 dans un ouvrage en deux tomes. D’octobre 2013 à fin 2016, le projet kAltes Eis, initié par l’archéologue Leandra Naef, a fait l’inventaire à l’aide des méthodes GIS de tous les sites potentiels dans le canton des Grisons, ce qui a amené la découverte de nombreux restes, comme celui de la momie d’un jeune chamois. En conclusion de toutes ces recherches, il s’avère que si les vestiges du passé ne sont pas découverts et mis en sureté très rapidement après avoir été libérés de leur gangue de glace, ils pourraient se perdre ou être abîmés à jamais, surtout les objets en matériaux organiques comme le bois, le cuir et les fibres animales ou végétales, de même que les momies humaines ou animales. Un rappel est donc adressé à tous les alpinistes et randonneurs des Alpes à prendre la peine de signaler toutes découvertes de cette nature aux autorités et spécialistes concernés.

La femme un Homo sapiens comme un autre

Existe-t-il une différence de perception de l’environnement spatial entre homme et femme ? C’est à cette question que la conférence d’Ariane Burke, professeure titulaire en archéozoologie à l’Université de Montréal, donnée dans le cadre de l’association ArchéoNE donnait mercredi dernier des éléments de réponse sous le titre « Frayer son chemin dans le monde. Le rôle du sexe, de la cognition et de la perception visuelle dans les dispersions paléolithiques ». Des différences moléculaires et physiques sont indéniables entre les sexes. Depuis 1959 on sait que sur les 46 chromosomes contenus dans nos cellules, deux sont propres au sexe, les célèbres chromosomes X et Y, et physiquement les différences anatomiques sont indéniables. Mais qu’en est-il du cerveau ? Selon certaines hypothèses, il existerait une différence entre homme et femme remontant au Paléolithique, époque où les seuls modes de subsistance de l’humanité étaient la chasse et la cueillette. En réponse à ces hypothèses qu’est-ce que l’archéologie peut montrer?
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Les femmes savent suivre une direction (Image : Cap Fémina)

La chasse, ou du moins le dépeçage de carcasse avec l’aide d’un outil lithique est démontré chez nos ancêtres depuis au moins deux millions d’années. A côté de cela ils se livraient certainement à la cueillette, sans que cela puisse être démontré vu l’absence de traces matérielles due à la nature des vestiges. Des moulages endocrâniens ou endocastes d’hominidés fossiles montrent comment l’évolution du cerveau s’est développées dans l’arbre phylogénétique de l’espèce humaine. Ainsi, selon des chercheurs, au vu de la forme et de l’irrigation de leur encéphale, les Néanderthaliens n’auraient pas eu les mêmes capacités exploratrices que les Cro-Magnon ou l’homme actuel, ce qui aurait limité leur dispersion et permis à Homo sapiens sapiens de s’imposer afin de conquérir le globe. Au court de cette longue période de temps des différences d’aptitudes cognitives innées auraient été obtenues par chacun des deux sexes, avec en filigrane l’idée que les hommes se consacraient à la chasse et les femmes à la cueillette. Partant de là, les hommes seraient plus aptes à lire une carte et les femmes à retrouver le beurre dans le réfrigérateur. Les plus récentes études IRM (imagerie cérébrale par résonance magnétique) démontrent cependant qu’il n’y a rien qui puisse distinguer l’activité cérébrale d’un homme de celle d’une femme et valider cette hypothèse. Pour preuve, il apparait que si l’on retire la différence physique qui permet aux hommes de parcourir plus vite les distances, les femmes entrainées à la course d’orientation ont des capacités aussi bonnes que les hommes à s’orienter sur des terrains inconnus. En conclusion, s’il y a une différence entre les sexes elle est due à des différences socioculturelles, qui font que les apprentissages et les activités des filles sont différents de ceux des garçons. C’est l’expérience vécue par les unes et par les autres qui influence le fonctionnement cérébral et détermine des aptitudes cognitives différentes entre les individus et non pas leur sexe. En d’autres termes, l’acquis est nettement plus important que l’inné.

La parenté révélée de l’homme du Bichon

La grotte du Bichon près de La Chaux-de-Fonds est célèbre pour avoir livré en 1956 le squelette presque complet d’un Homo Sapiens et d’un ours brun qui ont vécu ensemble il y a 13’700 ans. A la suite de la découverte, en 1991, par le regretté Philippe Morel, d’un fragment de silex fiché dans une des vertèbres de l’ours provenant d’une pointe de flèche pouvant appartenir à la panoplie du chasseur retrouvée dans la grotte, l’association de l’homme et de l’ours dans la même cavité a pu être interprétée comme le résultat probable d’un accident de chasse. Pour les archéologues, l’importance de la découverte est encore augmentée par l’excellent état de conservation des ossements de l’homme du Bichon : pour son époque, qui correspond à l’Azilien, ce squelette préhistorique est, en Europe, l’un des mieux préservés dans son ensemble. Cette excellente conservation due à l’enfouissement dans la grotte à l’abri des intempéries a permis l’analyse de son ADN à partir d’un échantillon prélevé dans son crâne.
HommeBichon
Le crâne de l’homme du Bichon

Le Laboratoire d’archéozoologie de l’Université de Neuchâtel, dirigé par Werner Müller, a été associé à une vaste étude internationale d’environ 700 squelettes humains portant sur l’évolution des populations qui ont donné naissance aux Européens actuels. Outre l’homme de la Grotte du Bichon, les scientifiques ont pu analyser deux génomes humains provenant de Géorgie et datant de 13’300 et 9’700 ans. Les résultats ont été publiés récemment dans la revue Nature Communications. Il en ressort que ce ne sont pas trois populations humaines mais quatre populations qui sont à l’origine des Européens d’aujourd’hui. L’étude indique que les chasseurs-cueilleurs du Caucase se sont séparés des chasseurs-cueilleurs de l’Ouest du continent il y a près de 45’000 ans, puis des ancêtres des agriculteurs néolithiques il y a environ 25’000 ans. Selon les archéozoologues, les deux chasseurs-cueilleurs du Caucase présentaient un teint de peau plus clair que l’homme de la grotte du Bichon. Tous trois avaient en revanche les cheveux noirs ou foncés, et les yeux bruns, comme l’ont révélé des gènes responsables de la pigmentation. Les gènes de l’homme du Bichon sont encore bien représentés dans les populations du nord de l’Europe mais plus du tout au sud. Les gènes des deux individus du Caucase sont en revanche présents dans toute l’Europe occidentale et seraient arrivés chez nous à la fin du Néolithique par le biais de la migration des Yamnas une population dont l’ère d’origine se trouve au nord de la mer Noire et qui serait à l’origine de la Civilisation de la Céramique Cordée il y a 5000 ans.

Terrasubmersa à la recherche du premier village d’Europe

Hier, ont été communiqué les résultats préliminaires de l’expédition TerraSubmersa. Cette mission archéologique de l’Université de Genève et de Planet Solar s’est achevée la semaine passée. Menée par des archéologues de l’Université de Genève  en collaboration avec le Service grec des Antiquités sous-marines, le Centre hellénique de recherche maritime, l’Ecole suisse d’archéologie en Grèce et le Laténium de Neuchâtel, cette expédition avait pour objectif d’explorer les paysages préhistoriques engloutis par les eaux dans le golfe de Nauplie, dans la presqu’île du Péloponnèse en Grèce dans la perspective d’y relever  les vestiges d’anciennes occupations humaines. C’est à l’aide du  catamaran solaire Planet Solar et du bateau de recherche grec, Alkyon,  que les scientifiques ont pris des mesures géophysiques et ont réalisé des fouilles subaquatiques dans la baie de Kiladha, à une dizaine de kilomètres au sud-est  de Nauplie pendant près de deux semaines. Un petit film réalisé par un drone de la société La Souris verte permet de visualiser le cadre paysagé de cette mission.
FranchthiPlanetSolar
PalnetSolar en vue de la grotte de Franchthi

Cette campagne archéologique sous-marine a été placée sous la direction de Julien Beck, chargé de cours au Département des sciences de l’antiquité de l’Université de Genève. La zone qui a été choisie pour cette prospection est  située dans les abords de la grotte de Franchthi, sur la rive nord de la baie de Kiladha. Cette grotte est connue pour avoir été occupée durant près de 35 000 ans, du Paléolithique moyen au Néolithique. Au cours de ces millénaires, le niveau de la mer a considérablement varié. Il était environ 120 mètres plus bas à la fin de la dernière glaciation, il y a environ 20 000 ans. C’est pourquoi il y a de bonnes raisons de croire que des vestiges correspondant aux premières occupations humaines sédentaires se trouvent actuellement sous les eaux limpides de la baie en contrebas de l’ouverture de la grotte de Franchthi. Les mesures géophysiques réalisées entre autres à l’aide d’échosondeur à multifaisceaux, d’un sonar à balayage latéral et des données GPS ont permis de dresser une topographie détaillée des anciennes zones côtières et à mettre en évidence des surfaces qui pourraient correspondre à des paléo-plages. A l’aide de ces données, il sera possible de réaliser des fouilles subaquatiques telles que celles menées depuis plus d’une cinquantaine d’année dans le cadre des recherches palaffitiques.  «Peut-être y trouverons-nous l’un des premiers villages d’Europe», a annoncé avec optimisme Julien Beck.

Des prix pour les archéologues britanniques

Alors que Londres, la Grande-Bretagne et le monde vivent à l’heure des XXX ème jeux olympiques de l’ère moderne, les archéologues britanniques ont aussi eu l’occasion, en ce mois de juillet, de concourir pour des distinctions attribuées par leur pairs, lors des XX ème British Archaeological Awards (BAA). Les prix archéologiques britanniques constituent une véritable vitrine de l’archéologie du Royaume-Uni et représentent un événement central dans le calendrier archéologique. Fondés en 1976 et attribués tous les deux ans, ils englobent maintenant six prix, couvrant tous les aspects de l’archéologie du pays : meilleur projet, meilleur projet communautaire, meilleur livre, meilleure représentation dans les médias, meilleure découverte, meilleure innovation. L’annonce des résultats a été faite le 9 juillet lors d’une cérémonie organisée à Londres au British Museum. Le site Internet des BAA présente des informations sur tous les nominés et les vainqueurs de cette année et des cérémonies précédentes.


Aperçu de quelques découvertes du site de la Must Farm

Sans entrer dans les détails des nominations et des prix distribués, que je vous invite à découvrir par vous-même, relevons malgré tout quelques éléments. Ainsi, le meilleur projet archéologique a consacré l’étude faite autour  du site de la « Must Farm » travail réalisé dans le district du Fenland par l’unité archéologique de l’Université de Cambridge pour mieux connaître les paysages archéologiques de l’âge du Bronze sur une large échelle à l’aide de l’observation des dépôts sédimentaires particulièrement bien préservé dans cette région plate et sans relief. Associés a cette véritable étude du paysage de nombreux objets comme des épées, des pointes de lance et des pirogues monoxyles ont été mis au jour dans un état de conservation qui n’a rien a envié à ce que nous trouvons pour la même période dans les Palafittes situés autours des lacs alpins. C’est du reste la découverte de 6 pirogues monoxyles dans ce cadre qui valent à l’équipe de la « Must Farm » de remporter également le prix de la meilleure découverte. Quand au prix du meilleur ouvrage archéologique britannique  il est revenu à Alasdair Whittle, Frances Healy et Alex Bayliss pour leur ouvrage « Gathering Time : Dating the Early Neolithic Enclosures of Southern Britain and Ireland ». Cet ouvrage présente les résultats d’un important programme de datation des enceintes préhistoriques qui permet de réécrire les débuts du Néolithique en Grande-Bretagne et en Irlande. L’ouvrage  a combiné des centaines de nouvelles datations au radiocarbone avec des centaines de dates existantes, en utilisant la puissance discriminante et robuste de la statistique bayésienne pour accroitre la précision des dates proposées.

Solstice d’été à Tivoli

Par la présence boréale du soleil au plus loin de l’écliptique, ce jour sera le plus long de l’année dans l’hémisphère nord. Le moment précis, au cours duquel le soleil arrête son ascension dans le ciel est celui du solstice d’été qui aura lieu ce soir à 19h16. On sait depuis longtemps, grâce aux recherches archéoastronomiques, que certains monuments préhistoriques ou antiques sont directement édifiés en fonction d’orientations privilégiées comme celles données par les solstices ou les équinoxes. A Stonehenge, des foules se réunissent chaque année, pour assister au solstice d’été, de même qu’aux équinoxes, au pied d’El Castillo, la grande pyramide dédiée à Kukulcán du site de Chichén Itzá au Mexique. Ce lien entre archéologie et astronomie est présent dans d’autres lieux et sur d’autres monuments. A Rome, on sait que l’Horologium d’Auguste, la Domus Aurea et le Panthéon, possèdent un lien direct avec la position du soleil et les éléments de base du calendrier que sont les solstices, qui marquent le début de l’été ou de l’hiver.

Jeu de lumière solsticiale à la Villa Adriana (photo: M. De Franceschini)

Deux bâtiments de la Villa Adriana, près de Tivoli, à 30 km de Rome à l’instar des monuments romains précités, auraient pu être orientés pour correspondre à la position du soleil lors des solstices. C’est en tout cas ce que l’on peut en conclure des observations réalisées ces dernières années par l’archéologue Marina De Franceschini et l’astronome Giuseppe Veneziano, qui avant de publier un ouvrage plus complet sur la question, ont d’ores et déjà produit un petit fascicule en italien et anglais (à télécharger sur le site) pour rendre compte de leurs premières observations. Dans le premier bâtiment, la Roccabruna, la lumière du soleil pénètre par une fente aménagée dans le mur au dessus d’une porte et vient illuminer une niche où se trouvait une statue de l’autre côté de la grande salle (voir photo ci-dessus). Dans le second bâtiment, le temple de l’Académie, la lumière du soleil passe à travers une série de portes pendant les solstices. Ces deux bâtiments sont reliés entre eux par une vaste esplanade qui se transforme par ces jeux de lumière solaire en une véritable voie sacrée associée aux solstices. Il est possible que d’autres bâtiments de la résidence de l’empereur Hadrien, parmi la trentaine que compte ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, possèdent également un lien avec la course du soleil. Je ne sais pas s’il y aura foule pour assister au solstice à Tivoli, mais il y aura au moins une personne qui y sera très attentive avec son appareil photo. Aujourd’hui, la journée devrait être bien ensoleillée sur Rome, malgré la présence de quelques nuages. Souhaitons à Marina De Franceschini de belles prises.

Les secrets de La Table ronde

Dans un champ situé à l’ouest et en contrebas du château de Stirling en Ecosse, se trouvait autrefois un jardin royal. La partie ornementale du jardin connue sous le nom de King’s Knot (le nœud du roi) est tout ce qu’il en reste. Dans le centre du nœud, se trouve une butte plate d’environ 15 mètres de diamètre et de 2 mètres de hauteur, qui bien qu’insérée dans la partie centrale du nœud semble être de beaucoup antérieur à l’ensemble du jardin qui daterait de l’année 1620. Parmi les théories échafaudées durant des siècles figurent: un tumulus de l’âge du fer, un camp romain et même la Table ronde où le roi Arthur réunissait ses chevaliers. Pour enfin lever une part du mystère entourant ce lieu (voir vue panoramique), une première campagne de prospection débutera dès demain, et devrait durer jusqu’à la fin de la semaine prochaine.
The King's Knot, Stirling
Le King’s Knot (image : Amy Palko, Flickr)

La Société d’histoire locale de Stirling(SLHS) et la Société d’archéologie de terrain de Stirling se joindront à des spécialistes du Département d’Archéologie de l’Université de Glasgow pour effectuer un relevé géophysique de toute la surface. Le projet est subventionné par les organisations Historic Scotland et Stirling City Heritage Trust. La technique géophysique utilisée permettra de sonder le sol jusqu’à une profondeur de un mètre, sans destruction des éventuelles structures enfouies. Les responsables de cette étude espèrent ainsi obtenir un éclairage nouveau sur ce monticule énigmatique. Le blog de la SLHS, ainsi que le Smith Museum de Stirling devraient rendre compte, jour après jours, des résultats obtenus. Au mois de septembre, une seconde phase d’investigation devrait avoir lieu, et les résultats finaux de ces analyses sont attendus pour l’assemblée générale de la SLHS, en avril 2012.

Noidenolex avant Novum Castellum

La ville de Neuchâtel célèbre aujourd’hui les 1000 ans de son existence historique. C’est en effet le 24 avril 1011 qu’un acte de donation établi par le roi de Bourgogne Rodolphe III au profit de son épouse Irmengarde, lui offre, en plus d’un certain nombre d’autres possessions, le siège très royal (regalissima sedes) de « Novum Castellum ». Bien sûr ce château neuf était déjà construit, et s’il dût y avoir une fondation de ce castel, elle remonte à quelques lustres antérieurs, lorsque le lieu de résidence du pouvoir royal dans la région s’est déplacé de la villa de Colombier à la colline du château de Neuchâtel. Cependant, il n’en fut pas toujours ainsi, car aux cours des XVIIIe et XIXe siècles, les bourgeois de Neuchâtel ont pu croire qu’ils étaient les successeurs en ce lieu des habitants de l’antique Noidenolex ou Noïdenolex.
Millénaire de Neuchâtel
Neuchâtel célèbre son Millénaire.

L’affaire commence à partir d’une erreur de transcription d’un manuscrit des Notitia Galliarum. Ce texte présente une liste des provinces et des civitates de la Gaule romaine. Certaines versions imprimées de ce texte, reprenant l’erreur manuscrite, font mention d’une localité, Noïdenolex dans le pays d’Avenches (Aventicum). Pour la plupart des savants de l’époque, Noïdenolex devait se situer sur la Vy d’Etraz, l’ancienne voie pavée (via Strata) reliant Eburodunum (Yverdon) à Salodurum (Soleure), et l’emplacement le plus favorable semblait devoir être l’actuel quartier de la Maladière, entre Vieux-Châtel à l’ouest et le Nid-du-Crô à l’est. Cet emplacement semblait d’autant plus assuré que de nombreuses inscriptions latines portant la mention de Noidenolex y avait été découverte selon un Mémoire sur le Comté de Neuchâtel rédigé par le Chancelier, Georges de Montmolin (1628-1703), une personnalité politique intègre et irréprochable de la Principauté. De plus, la toponymie même de Vieux-Châtel semblait en fournir un indice. Or, tous ces éléments de preuves épigraphiques furent inventés de toute pièce au milieu du XVIIIe siècle par le vrai auteur du Mémoire apocryphe, Abraham Pury. Il fallut cependant attendre le début du XXe siècle pour que la falsification puisse être définitivement établie, et que Neuchâtel perde ainsi les fondements de ses origines romaines.

La “New Archaeology” est orpheline

Je viens d’apprendre que Lewis Binford, le célèbre archéologue américain, est mort. Il est décédé lundi, mais ce n’est qu’aujourd’hui, au hasard de mes messages sur Twitter, que j’ai pris connaissance de sa disparition. Avec Lewis Binford disparaît l’un des archéologues les plus importants d’un point de vue théorique, et s’il ne fut pas, a proprement parlé, le fondateur de la « New Archaology », il a été l’un des plus efficaces propagateurs de cette nouvelle approche. Une de ses idées fortes est de penser qu’il doit exister une corrélation systémique entre les différentes sortes de vestiges qui se trouvent enfouie dans le sol et le lieu de leur découverte. Il fut aussi un des premiers a utiliser la puissance des ordinateurs et des statistiques dans l’usage de la profession. Enfin, il étendit ses observations archéologiques sur le terrain de l’ethnoarchéologie.
Lewis Binford (1931-2011)
Lewis Binford tel Hamlet

Ses travaux furent une source de réflexion dans ma propre pratique du métier. Il y a quelques années de cela, j’ai eu l’occasion de croiser la route de Lewis Binford, lorsqu’il est passé à Neuchâtel pour rendre visite à mes collègues travaillant sur les vestiges magdaléniens des sites de Champréveyres et de Monruz. C’est dans l’espace étroit du même véhicule que je me suis retrouvé en sa compagnie, avant de partager avec toute l’équipe de Denise Leesch le repas de midi dans un restaurant de la ville. Je n’ai malheureusement pas eu le temps d’échanger avec lui quelques « New Perspectives in Archaology », mais ce blog a pour vocation de les annoncer. Une manière pour moi de rester « In Pursuit of the Past ». Etre, ou ne pas être, telle est la question.

Le Castrum de Binchester à la frontière du virtuel

Commencé au mois de juin 2009,  un grand projet archéologique, étalé sur une durée de cinq ans, s’est mis en place à l’extrémité nord de l’empire romain, sur un site qui a livré des thermes et des mausolées parmi les plus importants et les mieux conservés de Grande-Bretagne. Chaque été, une fouille école composée principalement d’étudiants des  Universités anglaise de Durham et américaine de Stanford a repris l’excavation du Castrum et du vicus romains de la ville de Binchester. De plus, de nombreux volontaires engagés par la société locale d’architecture et d’archéologie de Durham et du Northumberland viennent renforcer les spécialistes. Un blog dédié au projet permet de suivre l’avance des travaux. Connue des Romains sous le nom de Vinovium , littéralement dit “sur la route du vin”, Binchester protégeait la voie principale qui reliait le camp légionnaire de York au Mur d’Hadrien qui marquait la frontière nord de l’Empire.
Virtual Vinovium
Promenade virtuelle dans le Castrum de Vinovium

Pour rendre les découvertes passées et à venir accessibles au plus grand nombre malgré la distance, une véritable reconstitution virtuelle du site a été mise en place dans l’univers 3D permanent de Second Life  par un groupe de travail de Standford conduit par Gary Devore. Une première réalisation permettait l’année dernière de faire une visite des bains, tels qu’ils se présentaient il y a près de 2000 ans. Mais le projet virtuel a pris de l’ampleur et c’est maintenant le Castrum entier qui est en passe d’être restitué, comme on peut le voir sur ce petit film de présentation du projet inscrit dans le cadre du Virtual Frontiers Program.  C’est l’avatar Torin Golding, bien connu par les Sliens pour être le propriétaire du sim Roma, qui se charge de transposer, à l’échelle dans le virtuel, l’ensemble des découvertes réelles. Tout cela me fait penser que, pas loin de chez moi, à Yverdon-les-Bains, se trouve un site très semblable, celui du Castrum romain d’Eburodunum, bien connu également pour ses thermes.  En raison d’un projet de construction, les fouilles du castrum romain doivent être reprisent la semaine prochaine. La Société du Castrum romain, fondée par Rodolphe Kasser, dont le but est la mise en valeur archéologique et touristique du lieu, pourrait, à l’avenir, s’inspirer de l’exemple de Binchester pour atteindre une partie de ses objectifs.