Les momies défient le temps

Pourquoi les momies intéressent autant les vivants ? Sans doute parce qu’elles nous confrontent à notre propre finitude et à ce que nous laisserons de nous une fois mort. Face à notre désincarnation programmée, nous ne pouvons que nous sentir interpellé par ces êtres, humains ou animaux, dont l’enveloppe charnelle continue à posséder une forme très reconnaissable défiant les paroles divines : «tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ». Bien que le mot momie fait directement référence au processus d’embaumement pratiqué dans l’Ancienne Egypte, la nature elle-même est capable de différentes manières de conserver des corps au-delà de leur existence, que cela soit sous l’effet du froid, de la sécheresse ou de la chimie particulière de certains sols. C’est ainsi que deux expositions, l’une à Bâle jusqu’au 30 avril 2017, l’autre à Delémont jusqu’au 27 août 2017, nous invitent à nous pencher sur les circonstances et les conditions particulières qui permettent à des corps de braver le retour à la poussière.
Momie
Assemblage de momies andines (Photo : Gregor Brändli)

A Bâle, plus de 60 momies d’animaux et d’humains sont exposées au Musée d’histoire naturelle. Sous le titre « MUMIEN. Rätsel der Zeit » (Momies. Mystères du temps) la base de cette exposition a été conçue par le Musée Reiss-Engelhorn, à Mannheim (D) et a été adaptée à Bâle en incluant des momies helvétiques jamais présentées au public. La visite commence par l’effet de la glaciation qui permet dans les glaciers des Alpes ou le permafrost de la Sibérie de retrouver de nombreux animaux, comme des bouquetins, des chamois ou des mammouths, mais également Ötzi. A défaut de pouvoir montrer l’original de la célèbre momie des glaces jalousement conservée dans le musée de Bolzano, un dispositif interactif permet de procéder à une auscultation scientifique détaillée de toutes les parties de son corps, comme s’il avait été placé sur une table de dissection d’un médecin légiste. La visite se poursuit par les corps enlacés de deux hommes découverts dans la tourbe des marais de Weerdinge aux Pays-Bas, puis par des salles présentant des momifications naturelles par la sécheresse, comme celles de ces chats emmurés dans des habitations, d’un fennec dans une cavité volcanique désertique ou de cette grenouille remontant à 20 millions d’années, momie devenue fossile. Les éléments humains de cette section sont la présentation d’une mère morte en couche de l’enfant qu’elle portait au XVIIème siècle, et qui ont été retrouvés ensemble dans le cercueil d’un caveau funéraire de l’église des Dominicains à Vác en Hongrie ou celle d’une femme opulente de la même époque retrouvée dans l’ancienne église des Cordeliers à Bâle. L’exposition se termine sans surprise par la présentation de momies précolombiennes d’Amérique du Sud et pharaoniques de l’Egypte. A Delémont, c’est sous le titre « Le retour de la momie » que l’exposition invite à suivre l’histoire et le parcours de deux momies péruviennes à partir de leur culture d’origine jusqu’à leur arrivée dans les collections du Musée jurassien d’art et d’histoire (MJAH). Mais pour éviter toute discussion concernant la présentation de corps morts, chacun peut choisir, en son âme et conscience, de les voir ou non, dans la dernière partie de l’exposition. A cet effet, une mise en garde adaptée par le MJAH à partir d’un document réalisé dans le cadre de la récente exposition «Mumien der Welt» du musée Roemer-und Pelizaeus à Hildesheim (D), se révèle utile à lire avant la visite de ces deux expositions avec des enfants.


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