La Fedpol délaisse le trafic des biens culturels

La semaine dernière l’Office fédéral de la police (Fedpol), dirigé par Nicoletta della Valle, avait convoqué une conférence de presse à l’occasion de la publication de son dernier rapport annuel. Parmi les éléments principaux à retenir pour l’année 2015, l’importance donnée au terrorisme, mais aussi à la cybercriminalité et au blanchiment d’argent, des domaines criminels qui ont fortement augmenté. Dans ce rapport on peut lire, entre autres, que « l’Etat Islamique (EI) pratique un racket organisé (une soi-disant imposition) sur le territoire qu’il occupe et administre à la manière d’un Etat. Il se procure des fonds par le biais de cambriolages de banques, de brigandages et d’expropriations. Il tire ses revenus de l’agriculture, du contrôle et du commerce de matières premières et du pillage et de la vente de biens culturels ». En relation avec ce dernier aspect, la Suisse est a priori bien préparée. En effet, demain, 1 juin 2016, cela fera exactement 11 ans que la loi fédérale sur le transfert international des biens culturels (LTBC) aura été mise en vigueur. Si bien que nous sommes prêts, légalement, à faire face à toutes les tentatives de l’EI à se procurer des ressources financières par ce biais. Cependant, rien n’est moins sûr.
TabletteEgyptienne
Tablette restituée à l’Egypte (Photo : © Ministère public genevois)

Pour endiguer le trafic de biens culturels il faut aussi avoir des policiers aptes à pouvoir reconnaître les objets susceptibles de provenir de ce trafic. Or, Jean-Robert Gisler, le seul archéologue employé actuellement par la Suisse pour coordonner la lutte contre le trafic de biens culturels avec les partenaires internationaux prendra prochainement sa retraite et personne n’est prévu pour le remplacer sous prétexte d’économie et de restructuration en cours à l’Office fédéral de la police. Comme cela a été dit de manière succincte lors de la conférence de presse de la Fedpol relayée par l’ATS, « la lutte contre le terrorisme passe aussi par une plus grande flexibilité et la fixation de priorités, a expliqué Mme della Valle. 24 nouveaux postes ont été promis mais, programme d’économie oblige, fedpol devra mettre la pédale douce dans d’autres domaines comme les stupéfiants ou l’archéologie ». Comment croire, alors que la Fedpol annonce de nouvelles arrivées, qu’un seul poste d’archéologue, dans un office qui ne compte pas moins de 350 collaborateurs, est un luxe que la Suisse n’est plus apte à s’offrir ? France Desmarais, directrice de l’observatoire du trafic international des biens culturels auprès du Conseil international des musées (ICOM) annonce dans son fil Twitter le ressentis des spécialistes du domaine : « La Suisse abolira le poste d’archéologue au sein de son service de police. Perte d’une expertise précieuse. Dommage! ». Pour preuve : l’Office fédéral de la culture et l’Administration fédérale des douanes ont procédé à 382 contrôles de biens culturels en 2015. Une trentaine de ces contrôles ont débouché sur l’ouverture d’enquêtes par les procureurs cantonaux. Enfin, depuis l’entrée en vigueur de la LTBC en 2005, 85 condamnations ont été prononcées en Suisse, comme le seront sans doute les personnes impliquées dans la procédure pénale ouverte pour escroquerie par le Ministère public genevois pour le vol d’une tablette des sept huiles sacrées, restituée à l’Egypte le 2 mars 2016. Un archéologue parmi les policiers, n’est-il vraiment pas nécessaire ?


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