Comparaison n’est pas raison !

Comparaison, n’est pas raison ! Ainsi en est-il de la propension des médias à qualifier un site de « petit (ou petite) Pompéi » ou même de «nouveau Pompéi», aidés en cela par l’enthousiasme des archéologues heureux de la découverte qu’ils viennent de réaliser.  Cet été, deux sites ont ainsi fait la une de l’actualité sous ce vocable. A la fin du mois de juin, un « petit Pompéi » était découvert sous Rome par des ouvriers travaillant sur le chantier de la ligne C du métro de la capitale italienne. Dans le sol c’est un domicile d’une cinquantaine de mètres carrés décoré de fresques qui a été mis au jour. Le plafond en bois est dans un état remarquable : poutres et clous y sont encore visibles. L’ensemble daterait du IIe siècle après J.-C. et aurait été protégé grâce à un incendie : la structure, pourtant composée en partie de bois, aurait échappé aux flammes, sauvant au passage ce qui se trouvait à l’intérieur du domicile, en particulier des bouts de meubles (pieds de tables et de chaises) et des ustensiles. Au début du mois de juillet, c’est sur le site de Sainte-Colombe, sur la rive droite du Rhône, à une trentaine de kilomètres au sud de Lyon, que tout un quartier antique, qualifié ici de « petite Pompéi », est en train de sortir de terre au milieu d’une ancienne friche industrielle. Si ce quartier antique est si bien préservé, c’est également en raison d’incendies survenus successivement au début du IIe et au milieu du IIIe siècles. Les feux ont par exemple fait s’effondrer le premier étage, le toit et la terrasse d’une somptueuse demeure entourée de jardins, datant du Ier siècle. Les étages effondrés ont été préservés et le mobilier abandonné sur place.
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Annonce de la découverte des vestiges d’Auvernier

En cherchant dans les archives d’Internet et dans celles des journaux, il est facile de retrouver une multitude d’autres « petits Pompéi » qui ne sont pas toujours d’époque romaine, ni le résultat d’une catastrophe. Sur Internet, les agences touristiques de différentes villes, utilisent souvent cette comparaison pour susciter l’intérêt des visiteurs. Ainsi, Glanum est qualifié de «petit Pompéi» provençal, ou Thera sur l’île de Santorin de «petit Pompéi» de la Mer Egée. Sans aller très loin de chez moi, c’est aussi sous le titre de « petit Pompéi » préhistorique qu’en 1971 les trouvailles lacustres de la baie d’Auvernier ont été présentées pour la première fois au grand public (voir image ci-dessus), ainsi qu’en 1970 la série de découvertes réalisées dans l’Entre Deux Lacs, sur la Thielle, lors des travaux de la Seconde correction des eaux du Jura, en particulier celle du pont celtique de Cornaux, avec la découverte de squelettes, dont l’un des cranes contenait encore le cerveau. Dans la Feuille d’Avis de Neuchâtel, c’est en 1931, après avoir été dégagée des alluvions du Tibre qui l’avait ensevelie, qu’Ostia antica se présente pour la première fois sous la plume du journaliste sous l’aspect d’une « petite Pompéi ». Mais dans le fond des archives, on découvre également d’autres Pompéi, vraie ou fausse. Le 24 avril 1885, relayant une information transmise par le télégraphe, la découverte d’une Pompéi américaine est annoncée près de Moberly dans le Missouri. Les lecteurs apprennent ainsi que « des ouvriers employés à creuser un puits de mine viennent de découvrir à 360 pieds de profondeur une antique cité restée intacte, grâce à une couche épaisse de lave durcie qui forme voûte au-dessus d’elle. Un certain nombre de citoyens éminents de cette ville ont entrepris immédiatement une première exploration, qui a duré 12 heures. Les rues qu’ils ont parcourues étaient régulièrement tracées et bordées de murs en maçonnerie grossière. Ils sont entrés dans une salle de 30 pieds sur 100 garnie de bancs de pierre et où il y avait une quantité d’outils pour travaux mécaniques. Dans plusieurs bâtiments sont des statues faites d’une composition ressemblant au bronze, mais plus terne. Au milieu d’une vaste cour ou place se dresse une fontaine de pierre d’où coule une eau limpide que les explorateurs ont goûtée ; ils lui ont trouvé un goût prononcé de chaux. Près de la fontaine gisaient des portions d’un squelette humain. Les os d’une jambe ont été mesurés par le recorder ; le fémur est long de quatre pieds et demi et le tibia de quatre pieds trois pouces ; d’où l’on déduit que l’homme devait avoir une taille triple de la taille moyenne de nos jours. Les explorateurs ont trouvé aussi des couteaux de bronze et de silex, des scies métalliques et beaucoup d’autres outils dont le travail, quoique grossier, dénote un état relativement avancé de civilisation ». Il est apparu rapidement que cette nouvelle était une falsification. Mais de nos jours encore certains sont prêts à y croire comme le constate avec consternation le blog « Anthropology » d’Andy White. En mai 1902, dans la presse, c’est bien le réveil du volcan de la Montagne-Pelée, au-dessus de Saint-Pierre de la Martinique, que la comparaison avec Pompéi fut la plus significative. Dans ce cas, il ne s’agissait plus d’une « petite Pompéi », mais, à juste titre, d’une « nouvelle Pompéi ».


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